Cyril Abad, la Street Photography pour s’émerveiller du quotidien

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Apprendre la photographie de rue avec un pro

Suite au 23ème épisode du Vlog Photo (disponible sur la chaîne YouTube du blog), rencontre avec le photographe Cyril Abad, membre du Studio Hans Lucas et grand amoureux de “Street Photography”.

Est ce que tu peux te présenter ?

Je fais partie du studio Hans Lucas depuis bientôt un an et photographe indépendant depuis une dizaine d’années. je vis principalement de la photographie corporate. Je consacre de reste du temps à réaliser mes propres sujets.

En parallèle depuis quelques années je pratique assidûment la photographie de rue, au gré de mes voyages mais mon terrain de jeu favori reste mon quartier, le 20ème.

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Pourquoi cette passion pour la “street photography” ?

La photo de rue est aussi vieille que la photographie elle-même. Et de tous temps des photographes ont arpenté les rues faisant miel du quotidien pour tenter d’en proposer une représentation singulière. Cette simple idée de réinventer son quotidien est très stimulante.

Chercher à extraire de lieux et de moments de vies banals des images oniriques est tout simplement fascinant.

La rue est un théâtre géant qui joue un spectacle éternellement renouvelé. la street nourrit ma photographie, entretient ma passion pour l’image et me maintient dans cet état d’excitation entre deux reportages.

Tu es pourtant un grand voyageur et tu arrives à photographier avec passion ton quotidien à Paris…

Je crois même que c’est ce que je préfère ! Je prends énormément de plaisir à pérégriner dans les rues de Paris. C’est thérapeutique, cela stimule mon œil et me permet d’explorer d’autres formes visuelles, en malmenant à loisir ma zone de confort. je ne suis pas en commande, je peux donc tout m’autoriser et improviser.

C’est donc un « hobby », un plaisir ?

C’est bien évidemment une source de plaisir infini mais j’essaie de m’imposer des règles, de mettre des cadres. La série que je fais depuis plus d’un an sur mon quartier et que j’ai appelé le “20ème rugissant” est structurée comme ça : une zone géographique bien définie, c’est le 20ème, point.

Pourquoi « rugissant » ?

On dirait un oxymore. J’habite dans le 20ème à l’intersection de la rue Pelleport et l’avenue Gambetta. La Rue Pelleport est une rue plutôt pentue, arpentée à longueur de journée par beaucoup de personnes âgées. Du coup, gravir Pelleport est une véritable épreuve pour elles. Ce qui m’a toujours beaucoup touché.

Dans « Rugissant » il y a une sorte de force qui n’est pas facilement associable à une personne âgée, c’est un paradoxe, une opposition.

C’est quoi pour toi la définition de la photographie de rue ?

Je pense que la photo de rue est une photographie qui documente un quotidien plutôt urbain. mais cela ne se réduit pas à la ville bien sur, le travail de Paul Russel sur les plages anglaises ou celui de Martin Parr et son travail sur la station balnéaire de New Brighton en est la parfait illustration. Robert Frank que je considère comme un des pères fondateurs de la Street, nous entraine dans « The americans » bien loin des chemins balisés et goudronnés.

C’est une photographie sociale, qui observe la vie dans toute sa complexité. Un outil qui peut nous aider à mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons.

Est ce que tu comptes vivre de cette activité photographique ?

Il n’est ici question que de passion. Faire de la photo de rue un business ne m’a jamais effleuré l’esprit. C’est un sanctuaire. Et puis mon activité corpo fait le job à merveille. Mon intention est autre, produire des reportages en puisant dans cette écriture photographique particulière que l’on associe naturellement plus au « snapshot » qu’au storytelling.

C’est donc un « simple » entraînement pour toi ?

Je ne le perçois pas comme un entraînement, mais plus comme un challenge. Dans un environnement familier, mon œil est naturellement blasé. Il n’y a rien d’exotique alors que quand je pars en reportage à l’étranger j’ai envie de tout photographier. Et c’est là que les choses deviennent intéressantes. Sur le qui-vive en permanence, tu cherches dans le flot de la vie courante, les « accidents », les collisions entre les gens, les regards, les gestes étonnants, les connivences entre un personnage au premier plan et un personnage à l’arrière plan. ce faisant tu sollicites ton œil sur différents niveaux de l’image, tu « improve » ton oeil.

Finalement c’est d’une richesse inouïe ! J’ai du mal à comprendre les photographes qui posent leur boitier quand ils rentrent de reportage et qui n’ont pas cette envie tout de suite de refaire des photos.

C’est aussi excitant ce qui se passe en bas de chez toi que ce qui se passe à 10 000km. Je prends autant de plaisir si ce n’est plus à déambuler et à chercher des idées. Des idées qui sont clairement influencées par toute la culture de photographie de rue, celle des grands photographes humanistes de Walker Evans à Robert Frank en passant par Alex Webb et Trent Parke, et tant d’autres; la liste est longue. Une source d’inspiration infinie dont on essaie tous de s’affranchir pour produire notre propre photographie.

Je finirai par 2 phrase de deux photographes de l’« Ecole anglaise » qui résument pour moi assez bien ma vision de la discipline :

« Avant tout, la photographie de rue exprime de l’empathie. elle montre l’élégance et parfois les absurdités qui peuplent l’existence des gens ordinaires » David Gibson

« J’allais à la pêche quand j’étais gosse, et pour moi, aujourd’hui, la rue c’est comme une rivière : vous ne savez pas ce qu’elle va vous donner ni même si elle daignera vous donner quelque chose » Nick Turpin

Plus d’infos sur Cyril Abad 

Crédit photo de Une : Hervé Bégou

Vlog Photo sur YouTube

Categories: Destination photo

Photojournaliste professionnel et passionné, auteur du blog Destination Reportage.

4 commentaires

  1. Merci pour ce très intéressant reportage qui vient à point nommé puisque la street photographie sera le sujet du club photo dont je fais partie!

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