Dimitri Beck : Comment vendre à la presse ? - Destination Reportage

Dimitri Beck : Comment vendre à la presse ?

Salut à tous, et bienvenue dans le Podcast Photographe Pro 2.0 !

Je m’appelle Fred, et dans ce podcast, je vais partager avec vous des conseils et des stratégies pour vous aider à vivre de la photo.

Dans ce nouveau format, on va parler webmarketing, techniques de vente, réseaux sociaux à travers des interviews de photographes professionnels reconnus, et d’experts dans différentes thématiques qui vont vous aider à faire grandir votre activité de photographe.

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Si vous êtes photographes ou que vous vous intéressez à la photographie, vous connaissez forcément le magazine Polka. Ce trimestriel est devenu très rapidement l’une des références de la photo de part sa grande qualité papier et éditoriale.

Dans ce long épisode, vous allez rencontrer son directeur de la photographie, Dimitri Beck.

Long épisode parce que, comme vous aller l’entendre, Dimitri partage énormément de conseils pour vous aider à vendre vos reportages à un média ou une galerie. Dans ce podcast, on va voir ensemble

  • Ce qu’est polka et comment ce magazine fonctionne ?
  • Pourquoi il faut défendre les photojournaliste aujourd’hui plus qu’avant
  • On se pose la traditionnelle question « Est ce que le photo journalisme est mort ? »
  • Mais aussi et surtout comment faire pour être publié dans Polka ou plus largement dans un magazine ?

Bonne écoute !

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Transcription écrite de l’épisode :

Salut à tous, et bienvenue dans le podcast Photographe Pro 2.0!

Je m’appelle Fred, et dans ce podcast, je vais partager avec vous des conseils et des stratégies pour vous aider à vivre de la photo. Dans ce nouveau format, on va parler webmarketing, techniques de vente, réseaux sociaux à travers des interviews de photographes professionnels reconnus, et d’experts de différentes thématiques qui vont vous aider à faire grandir votre activité de photographe.

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Si vous êtes photographes ou que vous vous intéressez à la photographie, vous connaissez forcément le magazine Polka. Ce trimestriel est devenu très rapidement l’une des références de la photo, de par sa grande qualité de papier éditorial. Dans ce long épisode, vous allez rencontrer son directeur de la photographie Dimitri BECK. Long épisode, parce que comme vous allez l’entendre, Dimitri partage énormément de conseils pour vous aider à vendre vos reportages à un média ou une galerie. Dans ce podcast, on va voir ensemble ce qu’est Polka, et comment le magazine fonctionne. Pourquoi faut-il défendre les photojournalistes aujourd’hui plus qu’avant? Ensuite, on se pose la traditionnelle question « Est-ce que le photojournalisme est mort ? ». Mais aussi et surtout comment faire pour être publié dans Polka, ou + largement dans un magazine.

Je vous souhaite une bonne écoute !

– DEBUT de l’interview –

Dimitri BECK, directeur de la photographie du magazine Polka:

Je suis Dimitri BECK, le directeur de la photographie de Polka. On est un magazine, une galerie, et un site internet, également présents sur les réseaux sociaux. Je m’occupe donc de toute la photographie: que ce soit les commandes, les achats de sujets, ou les angles des sujets photos. On est basé à Paris. On a la galerie qui est au 12 rue Saint -Gilles, dans le 3ème arrondissement (dans le bas du Marais). Le magazine est diffusé en France, mais aussi dans les grandes capitales internationales, et beaucoup en Europe.

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

Polka, comment ça fonctionne concrètement?

Dimitri BECK, directeur de la photographie du magazine Polka:

Polka, c’est déjà né il y a 10 ans. On fête nos 10 ans, et c’est en fait la passion pour le photojournalisme. Et notre slogan, c’est: « Chaque photo a son histoire ». C’est en partant de ce principe qu’une photographie racontait quelque chose, qu’il y avait une histoire derrière. Que ce soit une belle photo, une photo surprenante, étonnante: il y a toujours quelque chose à raconter. Et c’est ce que l’on recherche quand on fait nos choix photos, quand on s’intéresse à un sujet, et même à un photographe. Que l’on retrouve autant dans le magazine, mais également à la galerie. Ce sont des photographes qui sont soit dans le photojournalisme pur, traditionnel. Ou dans la photographie documentaire. Et même quand certains photographes ont parfois une patte un peu plasticienne, comme William KLEIN, ils racontent toujours quelque chose de toute façon, ce sont toujours des témoins de leurs temps.

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

Quand on lit parfois les éditos d’Alain GENESTAR, on sent qu’il y a aussi la volonté de défendre le fait des journalistes? 

Dimitri BECK, directeur de la photographie du magazine Polka:

Evidemment,  parce que ce métier est difficile. La photographie, c’est un spectre très large. Il y a l’aspect journalistique, -donc avec les photojournalistes, et puis il y a des artistes, -qui peuvent être complètement abstraits et qui utilisent la photographie pour exprimer un regard, une attention, une émotion. Nous, on s’y intéresse quand même, et on publie principalement des photographes qui sont des témoins de leurs temps. Qui expliquent parfois la complexité de ce qui peut se produire dans la société, ses changements. Et des sujets sur lesquels on revient souvent: le thème de l’exode, la migration, on l’appelle comme on veut. Mais c’est quelque chose qui revient très régulièrement car c’est de notre temps: qui nous bouleverse, qui conditionne énormément de choses, autant la politique internationale que nationale. Mais dans la photographie et dans les éditos d’Alain GENESTAR, il est fondamental de souligner l’importance des photographes, de leurs regards. Parce que ce sont eux qui vont sur le terrain, qui s’engagent, qui prennent du temps, qui prennent des risques. A tel point qu’il y en a même qui y laissent leur peau pour raconter une histoire. Que ce soit en Syrie, mais aussi parfois en bas de chez soi: toutes les histoires sont importantes et doivent être racontées. Et c’est ce qu’il faut défendre.

En particulier dans le photojournalisme, ce secteur là est mal mené, il connaît un bouleversement économique. Les journaux aujourd’hui ont du mal à s’en sortir financièrement. L’économie n’est plus du tout la même et puis il y a eu un vrai changement avec le passage au numérique. Donc ça a bouleversé toute l’économie, à la fois de la presse et des photographes. Mais également, cette technologie a changé la donne. Alors, le positif: c’est que ça a permis de travailler avec des photographes que l’on ne connaissait pas, que l’on ne pouvait pas rencontrer très facilement. Etre en contact avec eux ou les découvrir entre autre grâce aux réseaux sociaux.

L’inconvénient: c’est effectivement que la concurrence est beaucoup  plus importante et on voit beaucoup de choses donc il faut prendre du temps pour essayer de faire des choix, pour essayer de repérer les photographes qui nous correspondent bien ou qui travaillent spécifiquement sur tel ou tel sujet. Donc le choix et la palette des opportunités est immense, elle n’a jamais été aussi importante. C’est vertigineux, ça c’est le côté aussi très positif, mais il faut prendre le temps de s’arrêter et c’est ce qu’on essaye de faire à Polka, comme nous aussi, c’est notre approche.

On a un rythme trimestriel donc on doit à un moment donné faire des choix pour avoir ce parti pris de parler d’un sujet en particulier. Et bien il va durer au moins 3 mois dans le magazine. Donc il doit être important éditorialement et photographiquement aussi pour justifier de le publier. Et souvent les éditos d’Alain GENESTAR parlent du photojournalisme, l’importance et l’engagement de ses photographes. Parce que comme je disais, ils sont malmenés, c’est très difficile, c’est même décourageant et nous on essaye, voilà, de leur accorder une place. Il n’y a pas que nous, évidemment, mais on a la volonté d’être parmi ces différents acteurs qui contribuent à la production du photojournalisme, à l’accompagner, à éduquer, mais dans le bon sens du terme. Tout simplement sans prétention. De donner les clés de compréhension du regard, les clés de compréhension à nos lecteurs et au public pour qu’ils prennent conscience de ce que ça veut dire d’avoir un regard. Le temps que ça nécessite de travailler sur tel ou tel sujet aussi, car parfois ça s’étire sur des jours, des semaines, des mois voir des années. Et on n’a pas forcément conscience de tout ça lorsqu’on voit un travail comme ça: il est accompli, il est publié. Et parfois c’est un engagement, c’est compliqué pour pouvoir le faire.

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

Est-ce que tu dirais qu’il y a un manque de support justement comme celui proposé par Polka, pour les photographes de presse par exemple, ou pour les femmes photographes?

Dimitri BECK, directeur de la photographie du magazine Polka:

Je dirais qu’il y a un manque pour les photographes de presse parce qu’il y en a beaucoup qui doivent, et veulent vivre de ce métier. Donc finalement quand on les écoute et quand on entend leur frustration, et bien on se dit qu’il n’y en a pas assez des magazines comme Polka ou des supports comme Polka. Donc oui on peut imaginer ça.

Après c’est vrai qu’on a vu émerger grâce au numérique, sur internet, des plateformes, des nouveaux médias, qui donnent une part importante à la photographie et aux photographes. L’inconvénient, c’est qu’ils sont rarement payés pour ce travail là. Ou même quand il y a un budget, c’est quand même souvent minime car on est pas encore dans l’économie qui est presque plus celle d’une économe industrielle qui est celle liée à la presse papier qui a quand même encore un petit peu les moyens même si ça se réduit comme peau de chagrin. Mais il y a encore un petit peu d’argent dans ce secteur là. On est donc dans une période de transition. Il y a quelques années, c’était à la fin des années 2007-2008 à peu près. Même jusqu’à 2010, souvent on entendait cette question: « Est-ce que le photojournalisme est mort ? ». Et nous quand on a démarré Polka il y a 10 ans, on savait que la réponses était évidemment non. Mais il fallait trouver une manière pour entraîner une économie autours de la photographie, pour continuer à publier du photojournalisme de qualité, pour essayer de produire des reportages, pour essayer d’acheter des reportages exclusifs. Et donc on a créé ce magazine mais avec aussi un modèle économique plus étoffé, divers, qui s’est ouvert avec la galerie qui permet aussi pour nous en vendant des tirages, d’apporter une économie à des photographes, mais également au magazine. Et il y a un système de vase communiquant, et puis même d’interaction et de synergie entre nous, entre la galerie, le magazine, et le site internet.

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

Comment ça se passe concrètement, un photographe qui va être exposé dans cette galerie?

Dimitri BECK, directeur de la photographie du magazine Polka:

Alors il se présente. Certains se présentent à nous. Faut savoir qu’on a un peu + d’une vingtaine de photographes représentés aujourd’hui. Et une vingtaine encore qui sont associés, donc qui ne sont pas forcément exclusifs chez nous. Donc les gens peuvent se présenter comme ils présentent leur travail à un magazine. Si ce n’est que nous on ne peut pas intégrer tous les mois, ni même tous les ans, un nouveau photographe. Et puis chaque nouveau photographe qui rentre à la galerie doit être complémentaire, différent de ceux qui nous ont déjà rejoint précédemment. Parce que sinon, ils rentreraient en compétition. Chacun doit avoir son espace, son mode de narration, sa signature visuelle et ça c’est assez important. Ensuite, parfois on conseille des photographes aussi: en leur disant peut-être qu’on ne peut pas chez Polka, mais il y a peut-être d’autres endroits où aller. Et si ce n’est pas pour la galerie, ça peut intéresser aussi le magazine. Nous, on prend ce temps. Malheureusement on passe + de temps à dire non à des photographes et on est obligé de faire des choix très serrés parce que nous avons un rythme assez lent, qui est trimestriel pour le magazine. Mais on se nourrit, et bonne surprise, une découverte peut venir d’internet et décidée d’être publiée dans le prochain numéro. Comme parfois c’est arrivé: il y a des photographes que je connais depuis de nombreuses années et on ne les a toujours pas publiés dans le magazine. Pas parce qu’ils ne sont pas bons. On pourrait continuer pendant de nombreuses années à publier des photographes très bons qu’on n’a pas encore déjà publié. Mais en fait c’est aussi que leur travail trouve sa place dans une édition. C’est à dire qu’on a toujours un équilibre, on cherche toujours à veiller à avoir un équilibre entre les différents sujets dans le magazine. Entre je dirais les couleurs, c’est à dire du noir et blanc, des sujets couleurs, des thématiques. Ca peut être du conflit, ça peut être un sujet société, être en France aussi, du sport, de la mode. Donc c’est aussi ce mélange là parfait des sujets qui arrivent hop, pile au bon moment. D’autres ça met plus longtemps à pouvoir les intégrer.

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

Y a-t-il une différence concernant le choix éditorial que tu fais ou que vous faites en équipe, entre Polka et un autre bureau photos pour la publication du Figaro par exemple?

Dimitri BECK, directeur de la photographie du magazine Polka:

Chacun a sa personnalité. Et c’est ça qui est important. C’est comme nous quand on s’adresse à un photographe, c’est sa personnalité qui nous intéresse. Polka avec ce rythme trimestriel regarde, suit l’actualité mais n’est pas de l’actualité chaude. Et il faut avoir souvent un travail étoffé, et trouver une histoire qui se raconte bien au fil des pages sur 6-8-10, parfois 16 pages dans le magazine. Visuellement on doit comprendre l’histoire qu’on nous raconte. Et parfois, une histoire est très bonne mais elle est très courte. Et peut-être que les photos seraient un peu répétitives donc ce sont des formats + courts qu’on peut trouver dans d’autres publications.

Nous, on décide de certains sujets à la rédaction, et on contacte un photographe et on produit ce sujet-là. Parfois c’est une production 100% nouvelle et dans certains cas on découvre le travail d’un photographe qui nous intéresse et on se dit tiens, on va lui demander de continuer à travailler sur cet aspect-là, cet angle-là de son histoire, pour l’affiner, pour qu’il le fasse pour nous. Donc on est dans la continuité de la production d’un reportage que le photographe a déjà initié. Mais on le fait de façon + spécifique pour nous. Et puis on a ensuite notre journaliste. Ca peut être Elisa MIGNOT qui est notre reporter qui va aller sur le terrain, avec le photographe. Ou sur le terrain du photographe pour raconter l’histoire et/ou parfois c’est un correspondant. Ca peut être aussi un sociologue. Il y a différentes ouvertures et angles possibles pour la partie éditoriale. Et ça c’est aussi le travail d’Alexandra NAWAWI qui est la rédactrice en chef, de travailler sur cet aspect-là je dirais du texte, mais finalement du contenu de l’écrit. Et c’est cet équilibre là que l’on trouve entre la partie photographique et la partie écrite qui fait un ensemble, un reportage complet dans Polka.

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

Concrètement, comment ………………………………………… (13:52 à 13:58) pour Polka ?

Dimitri BECK, directeur de la photographie du magazine Polka:

Alors là, ça dépend. Je dirais que nos budgets pour un sujet dans le magazine vont de à peu près 1 200€ à plusieurs milliers d’euros. Tout dépend du nombre de la pagination dans le magazine. Que ce soit un 6 pages ou un 16 pages, effectivement le budget n’est pas le même. Et puis on essaye de tenir compte des difficultés du sujet de reportage. Donc voilà, on est dans cette grille tarifaire là. Bien évidemment, ce n’est pas l’Eldorado, loin de là. En revanche, on essaye d’avoir un tarif qui nous semble honnête et nécessaire pour pouvoir faire un travail convenable pour un photographe. On sait que voilà, il a une 1ère publication chez nous et parfois ça va entraîner d’autres publications. Et nous ce qu’on souhaite, c’est avoir une exclusivité, une 1ère publication en France. Le sujet peut par exemple être publié aux Etats-Unis, ça ne nous posera pas de problème. En revanche, conserver cette exclusivité pour la France, c’est très important pour nous. Car on part du principe que ce que l’on voit dans Polka, ne doit pas avoir été vu dans une autre publication en France au moment où on le fait. Ca peut arriver 2 ou 3 mois après, mais on essaye de garder cette exclusivité là. Et on se débrouille, ça aussi c’est un travail d’engagement de la part de toute l’équipe de Polka pour essayer de maintenir, de garder cette liberté-là pour essayer de proposer une qualité éditoriale exigeante à notre public.

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

Est-ce les mêmes tarifs pour un travail sur commande, que pour un travail que vous achetez déjà fait?

Dimitri BECK, directeur de la photographie du magazine Polka:

Oui, exactement. La différence c’est que dans certains cas, comme on commande, et bien il y a les frais. Et là on les intègre aussi au delà de la page bien évidemment. Ce qu’on n’a pas forcément quand on achète un sujet exclusif. Là, on négocie un forfait pour l’achat du sujet, sa publication. Mais là en revanche, quand on envoie un photographe sur le terrain, bien évidemment on l’accompagne jusqu’au bout pour pouvoir effectivement réaliser le reportage.

Et ça nous est arrivé d’envoyer des reporters, ça peut être 1 jour, 5 jours, 1 semaine, jusqu’à presque 2 semaines sur le terrain. L’un des + longs reportages photo qu’on ait pu faire je pense que c’était avec Stanley GREENE. Probablement en Haïti, où il a fait une dizaine/douzaine de jours il me semble.

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

N’y a-t-il pas de tarifs à la journée comme dans la plupart des ……………………. (16:32) ?

Dimitri BECK, directeur de la photographie du magazine Polka:

Non. On essaye de tenir quand même un budget qui est ce qu’il est, comme on dit. Un budget qui reste modeste mais conséquent et qui permet de faire les choses. Et ça, c’est important aussi. Donc on essaye de se donner ces moyens-là. Si on fait un sujet qui est comment dire, coûteux vraiment coûteux parce qu’il est complexe à réaliser et qu’il peut coûter cher sur un terrain compliqué: et bien on l’a pas forcément dans chaque édition, voilà. On essaye de maintenir un équilibre dans chaque numéro. Après ce qui est important c’est que voilà, on paye, on se doit de payer tous les photographes à l’exception de ceux qui renvoient aux expositions, à des livres, quand il s’agit de la promotion de quelque chose qui existe par ailleurs. Là, souvent, comme beaucoup de publications, on fait appel, on a des photos libres de droit. Mais ça c’est une part finalement assez moindre par rapport à l’ensemble du magazine. Puisque toute la partie magazine, et bien ce sont des productions, des achats de sujets de reportage.

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

Tu parlais de la galerie. Quand par exemple un photographe qui est représenté par Polka vend des tirages via la galerie, comment ça se passe en fait ? Il est contacté directement ou c’est Polka qui encaisse pour le photographe et le lui reverse ?

Dimitri BECK, directeur de la photographie du magazine Polka:

Absolument! Polka récupère l’argent, on achète à Polka, et on redistribue 50% au photographe. Nous, on prend tous les risques: on a le lieu, l’exposition, on s’occupe de toute la logistique. On fait toute la communication derrière, on assure la promotion du photographe. Certains photographes parfois font leurs tirages eux-mêmes. Certains ont leur laboratoire donc ils nous fournissent les tirages et après, nous on va s’occuper éventuellement de l’encadrement.

Il y a plusieurs cas de figure en fait. Chaque fois ça peut être différent. Certains ont des tirages tous prêts et d’autres il faut lancer la production complète. Donc on travaille avec des photographes différents. Certains sont très installés, comme William KLEIN, Sebastião SALGADO. D’autres plus jeunes, moins connus en France mais qu’on a fait découvrir, comme Alexander GRONSKY, comme Yves MARCHAND et Romain MEFFRE, comme Joakim ESKILDSEN, qui sont des photographes plus jeunes et qui nous accompagnent depuis maintenant de nombreuses années. Joakim, on le représente depuis 2009. On a commencé à l’exposer même en 2008, et Alexander GRONSKY en 2009. Donc on essaye d’avoir toujours cet équilibre, de porter, d’apporter, de faire découvrir des photographes pas connus en France.

Et puis on a cette chance d’avoir de grandes signatures et on a eu des parrains comme Sebastião SALGADO, Marc RIBOUD, qui dès le départ nous ont fait confiance, ont été à nos côtés. Ce qui nous a permis à la fois d’être plus vite connu, c’est tout à fait possible, parce que c’est vrai que ça y contribue. Et puis aussi de faire des choses assez extraordinaires avec eux.

Et avec William KLEIN on a fait une vraie production à la fois sur le travail sur Ali, où il a réalisé de nouveaux contacts peints à partir de son film sur Mohamed Ali. Donc ça c’était une 1ère à Polka, c’était il y a quelques années de ça. Et puis on a été les premiers. Moi je suis parti en commande avec lui pour couvrir le mariage royal en 2011 à Londres par exemple. J’étais assez côté pour pouvoir faire ce reportage-là, qu’on a exposé ensuite à la galerie.

Et puis avec d’autres effectivement comme Yves MARCHAND et Romain MEFFRE, on essaye de les accompagner dans la réalisation de leurs nouvelles productions, et puis de continuer à les représenter. Donc régulièrement on fait des expositions avec eux. Que ce soit à la galerie d’ailleurs, ou bien hors les murs ou lors de foires comme on a été à New York l’année dernière. On y sera cette année. Egalement à Miami, c’est aussi notre engagement vis à vis des photographes de les exposer et de les représenter à Paris, en France, si on peut, et à l’étranger.

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

J’ai une question: être publié dans Polka, c’est la classe! Mais c’est quelque chose qui crée aussi pas mal de frustration chez les photographes, je pense que tu le vois tous les jours?  En France, on a l’impression parfois pour les photographes de presse qu’il y a un certain mépris de la part de certains iconographes auprès des photographes, qu’ils soient indépendants ou pas. A tort ou à raison, qu’est-ce que toi tu en penses de ça ?

Dimitri BECK, directeur de la photographie du magazine Polka:

Je pense que nous, on aime ce qu’on fait. On s’est battu pour faire ce magazine, cette galerie: que ça ait du sens, que ça défende la photographie, que ce soit un espace d’expression pour les photographes et d’essayer de trouver une économie où ils puissent s’y retrouver aussi, et que ce ne soit pas gratuit. Et d’essayer de trouver des moyens pour qu’ils puissent continuer à vivre de leur métier, continuer à produire, même si ce que l’on apporte pour certains par rapport à ce qu’ils peuvent dépenser, peut rester modeste. Mais ça a le mérite d’exister et ça permet à certains d’avancer de continuer à avancer dans leur vision, dans leur métier, dans la production de leur travail.

Beaucoup de photographes nous disent « On rêve d’être publié dans Polka », et je dirais que nous on rêve de les publier aussi, c’est un échange. On est heureux de publier des sujets de reportage, c’est un vrai échange, ce n’est pas à sens unique. Et c’est ça qui est important. C’est que nous, on a envie de faire un bon magazine, de trouver des choses extraordinaires, différentes, que l’on ne voit pas par ailleurs. C’est pour ça qu’on essaye de garder cette exigence là d’avoir une 1ère publication en France d’un sujet de reportage dans Polka. Et ça, on y tient.

Ensuite, malheureusement moi je vois, je m’étais fait une règle d’or au tout début de Polka, de pouvoir répondre à tous les photographes, même par e-mail. C’est juste impossible malheureusement. Et aujourd’hui vu le contexte économique, les équipes des services photo se réduisent souvent, ou ils ont de + en + d’activités, on leur en demande +, ils sont beaucoup + sollicités, c’est difficile pour eux d’être présent parce qu’ils n’arrivent pas entre la direction, c’est à dire la rédaction, et avec les photographes, de faire passer les sujets. D’être entendus par rapport à une rédaction en chef, pour comprendre que la photographie, que les photojournalistes, c’est un sujet de reportage, c’est un angle qui a une vraie valeur ajoutée. Et que malheureusement, il y a certaines directions de journaux qui ont tendance à penser que la photographie ou que le travail des photographes n’est là que pour illustrer et faire beau dans des pages. Et nous, avec d’autres, on est la preuve du contraire. On se bat pour faire des doubles pages, pour imposer le travail des photographes, pour y croire et pour dire, pour prouver et c’est les lecteurs qui nous le rendent bien finalement, qui nous prouvent qu’on n’a pas tort, que l’aspect visuel, que la photographie raconte quelque chose est vraiment importante et attire les lecteurs.

Donc aujourd’hui c’est compliqué parce que dans les années 2000, et bien beaucoup de rédactions ont fait des choix, des coupes drastiques dans leurs budgets, et c’est la photographie qui  souvent a été pénalisée: réduire le budget pour acheter les reportages, acheter ne serait-ce qu’une photographie. Et même produire. Et c’est ça qui est difficile. Et beaucoup de responsables photo ou d’iconographes sont très frustrés, ne se sentent pas écoutés de l’autre côté. Pourtant, ils essayent de défendre les travaux de certains photographes et parfois c’est, je ne vais pas dire schizophrénique, mais ils sont dans une situation difficile.

Et aujourd’hui, il y a beaucoup de photographes. La concurrence est très importante en France, mais également venue de l’extérieur. Et effectivement, quand vous devez publier un sujet en Ukraine, et bien ce n’est pas forcément un photographe français que vous allez envoyer en Ukraine. Il y a de très bons photographes ukrainiens pour travailler sur place, et qui suivent le quotidien, l’évolution d’un sujet. Donc on va éventuellement faire appel à eux.

Ce qui n’était pas forcément le cas pendant la guerre du Vietnam. Les quelques photographes vietnamiens travaillaient du côté Nord. Dans le Vietcong (sud du Vietnam), c’était d’autres problématiques donc c’était toujours des photographes qui venaient soit des Etats-Unis ou du monde occidental qui allaient sur le terrain. Aujourd’hui, on peut avoir un photographe du Bangladesh qui peut faire un travail admirable pour parler de quelque chose qui se passe à la frontière entre le Bangladesh et l’Inde, qui se passe au Bengladesh, dans leur propre pays. Donc c’est une ouverture, aussi, c’est quelque chose de très positif mais effectivement voilà, ça perturbe aussi la donne et sachant qu’aujourd’hui il y a beaucoup de bons photographes, il y a pleins d’écoles, il y a pleins de workshops. Et on est là en ce moment pour former peut-être les professionnels de demain, ou affiner le travail de ceux qui sont déjà professionnels. Donc c’est compliqué.

Mais après, il y a des cas oui, il y a des gens qui ne sont peut-être pas assez à l’écoute, pas assez ouverts, mais il y en a pleins d’autres qui font un travail de fourmi, qui ne sont pas vus, pas entendus, et qui sont là pour défendre aussi le travail des photographes. Et je crois que les photographes doivent essayer de comprendre que le travail dans une rédaction est parfois compliqué, qu’il y a des batailles en interne. Que d’imposer la photographie, un sujet de reportage de qualité, ça a un prix et qu’ils sont même obligés de batailler pour pouvoir offrir un espace à ça. Et c’est un travail d’équipe finalement, voilà.

Donc c’est compliqué pour tout le monde. C’est compliqué pour les photographes d’en vivre, de s’engager sur le terrain. Mais ensuite voilà c’est une chaîne complète pour pouvoir réaliser et finalement être publié dans un magazine.

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

C’est intéressant car on n’a pas forcément conscience de ça en fait! Est-ce que tu penses aussi qu’il y a le problème du côté des photographes, qui ne savent pas forcément comment communiquer avec l’iconographe ? Non seulement ils ne connaissent pas cette situation là car il y a des démarches très précises, mais aussi l’iconographe est parfois aujourd’hui un employé qui n’a pas forcément toujours son mot à dire dans cette relation. Quels conseils donner à un photographe pour optimiser et augmenter ses chances d’être entendu par l’iconographe, pour lui-même être entendu par la rédaction?

Dimitri BECK, directeur de la photographie du magazine Polka:

Déjà, être très clair sur la manière dont on présente son travail. Bien sûr il y a par e-mail, mais il faut être simple, succinct, précis, mettre un titre de reportage dès l’objet de l’e-mail, il faut faire une sélection en basse définition, poster un sujet complet. Vraiment un vrai beau sujet. Comme avant, les gens arrivaient avec des planches contact, où c’était avec des diapos ou des sélections de photos. Et il y avait un sujet de reportage clé en mains en 20 images, en 40 photos, peu importe. Et il y avait un synopsis, c’est très rigoureux sur la manière de présenter son travail. C’est essentiel.

Ensuite, il ne faut pas se tromper d’interlocuteur.

Et puis ensuite, il faut assumer le fait qu’ on ne lit pas, et c’est ce que je disais tout à l’heure. Malheureusement je ne peux pas voir tous les e-mails, même si ils sont adressés personnellement, et ce n’est pas uniquement des gens que je ne connais pas. Parce que moi-même, souvent ça m’arrive de répondre à des photographes que je ne connais absolument pas. Qui sont d’ailleurs de jeunes photographes, donc qui ne sont pas connus non plus. Mais parce que l’e-mail est sous mes yeux et je vois que j’ai le temps d’y répondre donc j’y réponds tout de suite. Et d’autres qui sont peut-être des grandes signatures tout au moins bien installées dans le métier, ben je vais passer à côté de leur e-mail. Et ils vont me dire « ben oui, tu m’as pas répondu ». Mais on ne peut pas tout voir donc moi ce que je dis souvent des photographes, ou quand j’interviens pour parler des photographes, je dis « Ne prenez rien personnellement, insistez repostez le même e-mail comme si vous l’aviez posté pour la 1ère fois et insistez. Attendez peut-être 2 semaines, il faut savoir aussi dans un hebdomadaire, il y a un bouclage du froid, il y a un bouclage du chaud, il y a un temps d’impression, puis il y a un moment peut-être quelques heures ou une journée de décompression dans certains cas. Pas toujours. Et avec un mensuel c’est encore autre chose. Il faut connaître le rythme d’une publication. Ses temps forts, ses moments de creux, où là peut-être les iconographes en particulier, les responsables des rédactions, sont un petit peu + disponibles pour pouvoir les solliciter et envoyer l’e-mail ». Donc il faut connaître la presse.

Quand on s’adresse à la presse, ensuite quand on travaille avec des festivals, quand on travaille pour des résidences, quand on postule à une résidence ou à un prix, c’est une autre manière de fonctionner. Ce qui est certain, c’est qu’aujourd’hui, le photographe au-delà d’être un bon photographe, d’avoir une qualité photographique je veux pas dire irréprochable mais bonne, belle, tenue, construite: il faut savoir présenter son travail.

Aujourd’hui, c’est juste impératif. Avant, les iconographes et les gens de la photo pouvaient prendre ou prenaient + le temps d’aller découvrir des gens, de construire avec eux. Maintenant, ils sont moins disponibles. Donc il faut l’assumer ça. C’est au photographe de trouver le moyen d’être + professionnel, d’arriver avec quelque chose de bien affirmé et ce n’est pas forcément clé en mains non plus. Mais d’aboutir avec un projet construit, bien écrit, et quand je dis bien écrit ce n’est pas de la littérature, mais c’est un synopsis. Il y a un titre, qui est informatif ou qui est très accrocheur, et qui tient en 1 page, on sait de quoi on parle, et on sait ce qu’on va voir en photographie. Que ce soit même artistique, on ressent à travers les mots ce qui se cache derrière même une patte, une signature + artistique qu’une écriture qui serait photojournalistique où là on sent tout le déroulé d’une histoire, d’un reportage, prendre le format classique. Mais de l’exploitation des mines de diamants, jusqu’au consommateur. Bon ben ça c’est une écriture évidente, très classique, mais en fait il faut garder ça en tête pour se dire « je raconte une histoire ». Et là, c’est au photographe de trouver la manière, le point de vue qui peut être le siens et on peut être original.

Dans mon métier, on est en attente, on est curieux de cette originalité, de ce point de vue là. Vraiment. Et après et bien c’est en allant dans des festivals, en allant rencontrer des photographes, et je prends souvent cet exemple-là : je dis « vous savez pendant des festivals, et des lectures de portfolios et ainsi de suite à des moments, c’est un milieu où on aime partager, il y a des moments de rencontre ». On peut se retrouver au bar que ce soit pour prendre un verre ou un café. Et d’un seul coup, on se retrouve à côte de tel ou tel éditeur photo, qui ne nous a jamais répondu aux e-mails, parce qu’il ne les a pas vu, parce qu’il n’était pas disponible ou je ne sais quoi. Et d’un seul coup, paf, là c’est dans la minute qu’il faut être capable de pitcher l’histoire, donc il faut être précis, c’est à dire être préparé et dans ce cas là, il se dit « ça m’intéresse, et bien envoie-moi ton sujet, renvoie-le moi je vais regarder ». Et bien c’est comme ça que ça se passe aussi.

C’est effectivement un travail constant et très en demande parce que oui, il faut créer, aller vers l’autre, il faut aller à la pêche énormément, ce qui est difficile, fatiguant et souvent très frustrant. Mais c’est inhérent à ce métier-là aujourd’hui, et souvent je dis à des photographes « vous savez être photographe c’est peut-être 5% de votre temps que vous passez à appuyer réellement, faire votre photographie, aussi belle et bonne soit-elle. Tout le reste, c’est de la préparation ». Réfléchir, construire un sujet, l’écrire, écrire son reportage. Ca vous fait penser à votre photographie, ça vous fait évoluer dans votre photographie, et ça vous fait construire un sujet. Et ensuite aller le démarcher, en parler, je parle même pas du temps, du travail sur le terrain. Et puis après ben une fois qu’on a vendu, c’est aussi malheureusement aller quémander pour essayer d’être payé. Ca aussi c’est du temps perdu, on le sait. Mais c’est comme ça.

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

Quand tu dis « c’est 5% du temps vraiment à réellement faire des photos » et finalement, est-ce que le photographe indépendant aujourd’hui, c’est pas + un commercial qu’un photographe ?

Dimitri BECK, directeur de la photographie du magazine Polka:

Je ne pense pas, mais il est obligé à un moment donné, de prendre la casquette du commercial. Effectivement ça semble péjoratif. Mais de celui qui vend son regard, qui propose en fait. Quand on utilise ces mots-là, c’est du marketing, donc un « vade retro satana ». On a tous du mal en +, on parle à des journalistes dans certains cas, donc voilà c’est comme si on parlait de pub à un journaliste. Comment on peut être écouté, quand on est un auteur, quand on a une idée de reportage, et bien comment on arrive à être entendu? Il faut savoir être entendu, et ensuite le journal, et bien lui, doit aussi savoir être entendu. C’est à dire lu, vendu, et si on n’est pas bien entendu, et bien on ne sera jamais vendu. Donc tout le monde a sa responsabilité à un moment donné. Je crois qu’il faut l’intégrer.

Et souvent, je rencontre des jeunes photographes, parfois même un peu moins jeunes qui ne connaissent pas bien les rubriques. Qui disent « ah ben tiens, pour votre rubrique voyage ». Mais pardon, on n’a pas de rubrique voyage à Polka! Et il faut connaître le type pour s’adresser à lui, pour dire ben tiens, je pense que mon travail, ma vision et mon idée elle va bien dans votre espace pour telle ou telle raison. C’est là de se dire, il y a une connaissance de l’autre, il faut s’intéresser à l’autre. Et voilà, on ne vient pas forcément vous chercher. Ca arrive dans quelques cas, mais c’est rare. Il faut plus souvent aller à la pêche et aller vers les autres, que de se dire « oui, restons assis et ça va venir tout seul ». C’est vrai que ça ne marche pas comme ça.

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

C’est bien que tu le rappelles! Et toi en tant que professionnel de la presse et de cet organisme aussi, quelle est ta vision ? Est-ce que tu es optimiste? Négatif? Sur les évolutions du métier, parce qu’on parle vraiment d’être capable de se vendre en +, c’est à dire vendre son image, sa perspective, un peu comme un artiste. Et aussi c’est très social, comme tu dis ce travail de démarchage etc. Des tarifs qui sont de plus en plus bas, des médias qui se cassent la figure, d’autres qui se créent mais n’ont pas forcément des budgets de folie. Qu’est-ce que tu dirais de cette évolution-là ? Est-ce que tu restes optimiste pour les journalistes?

Dimitri BECK, directeur de la photographie du magazine Polka:

Et bien profondément, je suis un optimiste. Mais ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas se battre. Donc on doit se battre tous les jours. Nous à notre niveau, on a beau avoir un magazine, j’ai beau être salarié de mon magazine, et bien on doit se battre aussi. On doit se battre pour qu’il continue à être connu, qu’il touche des lecteurs, qu’on soit vu, qu’on soit intéressant. Nous on a notre part de bataille et il faut être aussi optimiste parce que quand on entend les chiffres de la vente des journaux, ça baisse de 3-5% minimum chaque année. Nous on arrive à rester stable, par chance ou peu importe. D’autres y arrivent aussi, d’autres même se créent et trouvent leurs lecteurs. Donc voilà, ça c’est sain. C’est normal. Ce n’est pas les petites œuvres, on n’est pas dans des ONG. Donc oui, il faut se battre.  Mais pour faire ce métier, quand certains reporters risquent leurs vies, prennent le temps, quand vous avez les signes qui disent « interdit de photographier », les gens dans la rue qui vous disent « non non non non je veux pas être photographié », machin, il faut se battre constamment. Mais pourquoi on le fait? Si on sait pourquoi on le fait déjà, il y a beaucoup de questions, ce n’est pas qu’on ne se les pose pas, mais elles ne vous affectent pas dans votre chemin. Et quand on a envie de faire un journal, temps que ça a du sens, temps qu’on s’y retrouve et qu’on pense qu’on est utile, qu’on informe les gens, et qu’on porte des histoires importantes, qui informent, qui sont touchantes, qui nous sensibilisent, qui nous font pleurer ou qui nous font rire, et bien je crois que tout ça a du sens et ça vaut le coup de se battre.

Et je rencontre tellement de photographes qui malgré la difficulté de faire ce travail, s’acharnent, insistent, c’est très difficile et on le voit d’ailleurs avec les réseaux sociaux. On le sent parfois quand certains ont des coups de mou et l’expriment, mais c’est humain. Parce que c’est une vraie bataille, et c’est pour ça que certains se mettent aussi en collectif. Et c’est important que des photographes se trouvent des binômes, discutent entre eux, partagent. Parce que c’est un métier qui est très seul. On est sur le terrain seul, on construit seul, on pense seul, on n’a pas forcément les réponses à tout, on doute beaucoup. Donc il faut trouver les parades, les moyens, quand un magazine ne vous répond pas, quand pleins de magazines ne vous répondent pas. Combien de photographes m’ont dit « Mais aucun journal n’a pris le temps de nous répondre, alors que je suis parti, j’ai fait ça, et j’ai vendu aucune photographie. » Qu’est-ce que c’est terrible d’entendre ça! Et bien il y en a qui se battent, qui trouvent le moyen. Donc après ben quand on est très journaliste, c’est vrai que c’est compliqué et que certains comme on dit font du corporate, ils font de l’institutionnel, certains vont faire des mariages, certains vont travailler pour une entreprise, faire des portraits, des travaux de commande comme ça. Il n’y a pas de mal à ça parce qu’on crée aussi.

Quand on sait aussi pourquoi on le fait. Et bien d’autres se disent « je vais travailler, je vais faire un travail personnel parce que j’y crois, parce que c’est là où je vais mettre mon énergie, parce que j’ai envie de faire, parce que j’aime ça ». Donc dans ce cas-là, je pense qu’on a moins d’amertume et ça n’enlève rien au fait que c’est difficile mais je crois que comme ici avec cette master class, des workshops, des festivals, les photographes doivent partager: partager leur expérience, trouver les personnes avec lesquelles ils ont des affinités pour comprendre comment il faut faire, quelles solutions ils pourraient trouver pour trouver un contact, pour peut-être continuer à faire + rapidement un sujet, ou réussir à le faire.

Après il faut être aussi attentif parce qu’il y a en a qui peuvent piquer des sujets. Il ne faut pas forcément mettre sur la place publique et sur les réseaux sociaux ses intentions et ses projets. Mais il y a l’art et la manière. Il y a une manière de faire pour essayer de continuer à avancer et je crois que c’est important pour chacun, de trouver les moyens d’avancer soi-même dans son investissement, son engagement. Et c’est ça voilà, nous on s’est engagé à faire un magazine, une galerie, que l’ensemble fonctionne en commun, qu’il y ait des synergies, d’essayer de continuer à produire la photographie, d’acheter de la photographie et de produire du journalisme de qualité, inédit. Et c’est ça le journalisme, c’est quand on prend le temps d’aller voir, d’être curieux et c’est tellement fascinant ce qui se produit, ce qu’il y a à voir encore. C’est sans fin que oui, il faut rester optimiste.

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

Une dernière question: est-ce que la solution pour le photojournalisme à ce problème là, ce ne serait pas l’art? Tu parles par exemple de la galerie qui vient compléter le business modèle de Polka. On a l’impression que les photos sont beaucoup moins travaillées journalistiquement parlant. Dans le cadrage, dans la composition, par rapport au choix des sujets. Est-ce que c’est une obligation ou c’est vraiment la réponse absolue pour réussir à alerter la presse?

Dimitri BECK, directeur de la photographie du magazine Polka:

La réponse, je l’ai entendue il y a quelques jours avec le photographe Sud-Africain qui s’appelle David GOLDBLATT, qui a une grande rétrospective au Centre Pompidou à Paris. Et qui a dit « Souvent, vous dites rentrer dans le monde de l’art, vous avez fait de l’art, êtes-vous un artiste? Non ! Ce n’est pas à moi de le déterminer, c’est vous qui voulez que ce soit de l’art, vous le voyez comme de l’art. Moi, je fais mon travail, je suis un photographe documentaire et voilà ce que je fais. Ca rentre dans le monde de l’art, ça n’y rentre pas, peu m’importe. » Et finalement ce qui l’importe lui, c’est son regard. C’est raconter ses histoires, travailler sur ses séries, être témoin de l’actualité de son pays, de ses mutations, des traces, de l’histoire de son pays.

Alors oui, le marché de l’art semble attirer parce qu’on voit beaucoup d’argent. Surtout quand on entend qu’une photo peut être vendue plusieurs millions de dollars. Ca fait tourner la tête et c’est très attirant. Mais ce n’est pas un absolu. Et je ne crois pas qu’il y ait de la place pour tout le monde. Alors effectivement il y a des collectionneurs qui vont acheter des photos de guerre. Des photos très dures, ou des institutions parce que ce sont des témoignages très importants. Ca rentre dans l’Histoire de l’humanité. Mais il ne faut pas forcément avoir cette prétention-là. Je crois qu’il faut trouver sa voie, il y a aujourd’hui heureusement une complexité et plein d’opportunités entre les résidences, les festivals, de l’institutionnel, des ONG, ou encore la presse qui sont prêts à publier, accompagner, produire, apporter de l’argent, pour soutenir des travaux photographiques. Pour contribuer à produire de nouvelles choses.

Et puis il y a ce qui n’existait pas avant, comme les crowdfunding, donc les financements participatifs. Ca fait appel à tout le monde: voici mon projet pour même faire un livre et ainsi de suite. Aujourd’hui je crois qu’il ne faut même pas se poser la question du « tiens je vais quitter le monde de la presse pour aller sur le marché de l’art parce qu’il y a de l’argent sur le marché de l’art ». Tout le monde ne peut pas y aller sur le marché de l’art. Et puis pour être sur le marché de l’art, il faut avoir une légitimité. Il faut qu’une galerie décide de vous représenter, montrer votre travail. Est-ce que vous avez votre place dans une galerie? Et pourquoi? Quand on parle de guerre et qu’on montre la guerre, c’est compliqué. Alors il y a des photographes qui ont fait ce chemin-là, qui a surpris, qui a fait beaucoup, qui a fait même un peu grincer les dents à une époque avec Luc DELAHAYE, grand photojournaliste qui a été le 1er à se dire « Moi je vais faire comme des tableaux, des grandes œuvres. Arrêter un instant, un moment d’une humanité et questionner. Questionner à travers une photographie, un instant, une problématique ». Et tout le monde n’est pas forcément capable de faire ça. Et je ne pense pas qu’il y ait de la place pour tout le monde. Et une fois de + ce n’est pas un absolu, même si c’est très attirant parce qu’on se dit « ah tiens ça peut être la poule aux œufs d’or, ou le moyen de s’en sortir ».

Mais il ne faut pas forcément courir après l’argent parce que en fait je pense qu’on se détourne de ce qu’on veut. Pourquoi on fait vraiment ce métier, et l’essence même de ce métier, ou la raison pourquoi on fait de la photographie. Au tout au moins du photojournalisme, de la photographie documentaire.

Après il y en a d’autres, ils les rentrent directement sur le marché de l’art. Et puis ils vont être publiés dans la presse uniquement parce qu’ils sont présents en galerie ou qu’ils sont exposés, ou qu’ils sont dans un musée. Là c’est autre chose mais il y a toute cette complexité là et je crois que chacun, que ce soit nous dans la presse, les photographes et les gens d’image, on doit comprendre toute cette diversité-là. Et cette complexité là. Les passerelles possibles et les endroits où il ne faut pas se tromper non plus. Où on n’a pas forcément sa place et peut-être d’ailleurs ça peut être vulgaire de se présenter…et obscène!

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

Excuse-moi d’utiliser un grand mot, mais il ne faut-il pas être bon en marketing du coup pour entrer sur le marché de l’art, pour être à même de se vendre ? Vendre son identité, en + de ses photos vendre son positionnement, sa légitimité ?

Dimitri BECK, directeur de la photographie du magazine Polka:

Je ne pense pas qu’il faille regarder les choses aussi froidement et de façon aussi sévère. Il y a des photographes et des photojournalistes, c’était pas entre guillemet les meilleurs, ceux qui faisaient les plaques comme on dit dans le métier, dans la presse. Mais ils savaient raconter une histoire. Ils étaient fiables, efficaces, et ils étaient publiés régulièrement. Et c’était oui, peut-être de bons vendeurs, ils avaient les bons contacts, ils trouvaient la bonne manière d’intéresser tel ou tel magazine, très formatés dans certains cas, de la très bonne narration.

Et puis voilà, je pense que souvent on utilise de grands mots et de grandes démonstrations, on parle de vendre son âme et quand on est sur le marché de l’art, je crois que tout le monde rêve tous de quelque chose : c’est d’avoir les moyens de sa vision. Et pour un photographe, et ben c’est de pouvoir faire son travail, pouvoir en vivre. Certes, tous les coups ne sont pas permis. Comme par exemple tromper sur le terrain, chercher à faire poser les gens, prétendre à tricher sur la réalité en se disant « tiens les gens ne vont pas le voir et c’est la photo que les gens veulent ». Il y a des tricheurs aussi, et en photojournalisme, ça pose problème. Mais une fois de +, c’est un métier de passion. C’est ce qui fait qu’il y a des egos, c’est ce qui fait qu’il y a ces coups de colère, des coups de sang, ce qui fait qu’il y a des dépressions. Parce que c’est compliqué, beaucoup de gens y mettent de leur énergie, leur passion, leur santé, pour pouvoir le faire et une fois de +, je crois que c’est ça qui est le + beau, et quand vous rencontrez des photographes qui sont engagés sur ce terrain-là, quand ils arrivent avec une telle passion, la lumière dans les yeux qui pétillent, oui on est optimiste. On se dit oui ça existe. Oui il y a des gens et on est impressionné de les voir, on rêve que d’une chose: c’est de pouvoir les publier aussi. Ou du moins de leur dire « tiens vas voir telle personne, c’est pas pour moi parce que j’ai peut-être pas le budget qu’il faut, parce que ça a besoin d’être en + grand », ou je ne sais quoi.

Mais on est optimiste parce que quand on voit la richesse, la diversité, le nombre de photographes qui apportent des sujets de qualité, on est ravi. On se dit c’est bon, le métier, le photojournalisme, la photographie, c’est loin d’être mort. Après, il faut trouver les moyens dans tous les sens du terme pour pouvoir continuer à le faire convenablement. Ca c’est un peu l’enjeu de tout le monde, oui. Et je crois que ce qui est très important c’est que on sent, il y a des initiatives, c’est cette passion là, c’est ce feu là, qui existe dans beaucoup de gens. Et il faut comprendre que la difficulté pour certains quand ils ont le feu, et bien effectivement fait que c’est compliqué à vivre. Et que tout le monde se doit d’être, (c’est pas de la compassion), mais d’essayer d’être à l’écoute, de savoir donner, d’être ouvert pour pouvoir être + fluide, qu’il y ait + de passerelle dans ce métier-là. Je crois que c’est important. On doit tous faire ça, on a tous un rôle à jouer.

Parce que finalement, moi je ne pense pas en concurrence. Quand je vois de très bons sujets de reportages, initiés ou publiés dans tel ou tel magazine, même si c’est pas eux qui l’ont produit mais ce sont les 1ers à le publier, je dis « wow chapeau bas quel bon et beau sujet. Tant mieux et bravo! » Quand je vois une très bonne exposition, comme je vois là il y a le travail de Guillaume HERBAUT à l’Arche du Photojournalisme, là on prend le temps de voir la dimension du photographe, de son engagement, de revenir et de comprendre la complexité des histoires: et ben on le salue ça ! Et c’est optimiste sur l’essence de ce métier.

Après, quand on regarde certaines histoires, oui, comme Guillaume HERBAUT: il est optimiste sur l’humain. Après, l’humain, il est souvent broyé, c’est difficile et on s’inquiète pour l’humanité, pour nous tous. Mais tant qu’on vit, tant qu’il y a cette vie, ce feu là, il y a l’espoir qu’il y a toujours des solutions !

– FIN de l’interview –

Cet épisode du podcast est maintenant terminé! Si ce dernier vous a plu, et que vous voulez le soutenir, il vous suffit de vous abonner sur iTunes et de laisser une note de 5 étoiles, ainsi qu’un commentaire. Cela ne vous prendra qu’une minute, et aidera grandement au référencement du podcast.

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Je vous donne rendez-vous dans le prochain podcast du Photographe Pro 2.0. 

À bientôt!

Fred
Je m'appelle Fred et je suis reporter-photographe professionnel. En plus de mon travail pour la presse magazine, j'aide les autres photographes, qu'ils soient amateurs ou professionnels. Mon métier de photographe m'amène à voyager un peu partout à travers le monde. J'en profite donc pour partager ces expériences et ces découvertes à travers des reportages et des carnets de voyage sur cette chaîne YouTube. Si vous êtes photographe amateur et que vous êtes à la recherche de conseils et d'astuces pour progresser en photo, faire de meilleures images et vous faire davantage plaisir en photographie, alors cette chaîne est faite pour vous ! ► Téléchargez gratuitement mon dernier livre « J’apprends la Photographie en mode Reportage" : http://bit.ly/pdfmethodephoto Aujourd'hui, j'arrive à vivre pleinement de ma passion : la photographie et j'aide des milliers de photographes à y parvenir eux aussi. Si vous êtes pro ou que vous souhaitez le devenir, je partage avec vous mes meilleurs conseils marketing et business pour trouver plus de clients, vendre plus de photos et vivre concrètement de ce fabuleux métier. ► Ressources pour photographe professionnel : http://bit.ly/ressourcesphotographepro
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