Comment entrer dans un collectif de photographes ? - Destination Reportage

Comment entrer dans un collectif de photographes ?

Salut à tous, et bienvenue dans le Podcast Photographe Pro 2.0 !

Je m’appelle Fred, et dans ce podcast, je vais partager avec vous des conseils et des stratégies pour vous aider à vivre de la photo.

Dans ce nouveau format, on va parler webmarketing, techniques de vente, réseaux sociaux à travers des interviews de photographes professionnels reconnus, et d’experts dans différentes thématiques qui vont vous aider à faire grandir votre activité de photographe.

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Ce n’est pas la première fois que je vous parle de Wilfrid Estève. Je l’ai déjà longuement interviewé sur le blog destination reportage et également sur ma chaîne YouTube.

Mais en même temps, ce photographe possèdent tellement de casquettes différentes qu’il était nécessaire qu’il intervienne dans ce podcast à destination des professionnels.

Depuis le début des années 90, Wilfrid est passé par différentes structures, que ce soit des collectifs, des agences ou des institutions, qu’il a désormais un très grand recul sur l’univers de la photo.

Aujourd’hui, il est directeur de l’une des principales structures de photographes indépendants en francophonie : Hans Lucas.

En quelques années, cette plateforme, entre agence et collectif, a réuni plus de 300 photographes à travers le monde.

Dans cet entretien, Wilfrid nous explique ce qu’est exactement Hans Lucas et comment il gère cette structure dont le nom est un clin d’oeil à Jean-Luc Godard. Car Hans Lucas fut son pseudonyme en tant que critique.

Chaque mois, entre 90 et 120 photographes candidatent pour intégrer la structure mais seuls 5 en moyenne sont acceptés et cooptés.

Comment Wilfrid choisi les heureux élus, sur quels critères et quel est l’intérêt de rejoindre Hans Lucas ?

Je lui pose toutes les questions que vous vous posez et je reviens avec lui sur la situation des photojournalistes aujourd’hui.
On parle de la diffusion de nos images mais aussi comment être plus efficaces et productifs sur le terrain.

On aborde aussi la question des tarifs, notamment de la presse en ligne et la presse traditionnelle, y compris des chaînes de Télévision.

Enfin, étant donné que c’est aussi sa spécialité, on parle longuement de storytelling et d’écriture photographique.

En plus de sa grande expérience dans l’univers de la photographie et de la production audiovisuelle, Wilfrid a surtout une grande qualité : il est optimiste. Il sait voir les opportunités et aime les partager.

 

Vous pouvez écouter et télécharger cet épisode du podcast sur iTunes en cliquant ici !

 

 

 

 

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Transcription écrite de l’épisode :

 

F : Salut Wilfrid ! Merci de venir dans ce podcast et de revenir dans un format que j’ai tourné puisque tu avais déjà répondu à des questions dans la vidéo YouTube qui est postée dans le lien de la description de cet épisode. On avait parlé de la presse, de comment on vit de la presse, puisque toi, tu es photo journaliste aussi à la base. Tu as plusieurs casquettes, est-ce que tu peux nous dire ce que tu fais aujourd’hui comme activité, comment tu te définis ?

W : Alors Bonjour ! Merci de me recevoir à nouveau. Quelques mots sur mon parcours : je suis photographe depuis 1994. J’ai fait le plus gros de mon parcours dans les médias : du photo journalisme, également du portrait. Aujourd’hui, je suis plus dans une démarche plutôt documentaire. Je suis passé par plusieurs structures. La première L’œil public, j’y suis resté 9 ans. Il y a eu Pitchertank dont j’étais vice-président. Je suis parti par la création 2004-2006. Ensuite il y a eu l’agence Myop que j’ai codirigée jusqu’en 2010. Et ensuite je me suis attaché à développer le studio Hans Lucas qui existe depuis 2006 dont la principale activité était la production de court métrage photographique POM, vidéographie et de web documentaire. On développer une partie enseignement en lien avec des universités. On a un diplôme universitaire à l’université de Perpignan qui marche assez bien d’ailleurs dans lequel tu interviens. On est avec d’autres universités et des écoles supérieures de journalisme de photographie. Et depuis 2011, on a développé un logiciel qui s’appelle RMES qui a vu la création de la Plateforme Hans Lucas de diffusion des œuvres de nos membres photographes. Et donc je me partage entre la direction d’Hans Lucas qui me prend quand même pas mal de temps, toujours de la photographie et de l’enseignement. À côté, je suis président de Freelens qui est une association reconnue d’utilité publique, accès sur la photographie. J’ai été longtemps président d’organisation professionnelle notamment l’ANJRPC qui regroupait les photos journalistes en France. On a cofondé l’UPP (l’Union des Photographes Professionnels). Et donc président de Freelens et vice-président de la foire Photo Doc de photographie documentaire qui se passe à Paris.

F : Donc, tu as quelques activités ?

W : J’ai quelques activités, mais c’est beaucoup de complémentarité en fait. Moi je suis quelqu’un de réseau. Le réseau je le matérialise dans les plateformes sociales ou dans Hans Lucas qui est une communauté. Mais après, bien au-delà d’Hans Lucas, je suis quelqu’un qui anime des réseaux, qui vont vraiment au-delà d’Hans Lucas.

F : Hans Lucas c’est quoi ? C’est une agence ? C’est un collectif ?

W : Non alors Hans Lucas c’est une, dont je disais 3 activités, la dernière activité qu’on a développé, c’est le développement d’un logiciel qui s’appelle RMES qui a vu la création d’une plateforme. Donc nous sommes une plateforme, nous diffuserons les œuvres de nos membres. Le plus gros de mon activité, moi je pense, avant les membres, c’est quand même… Tout est centré sur eux. La deuxième par ricochet on parle de diffusion bien évidemment, mais la première c’est quand même accompagné le membre dans l’ensemble de ces activités. Donc évidemment la diffusion. Il y a une activité de conseil, de mise en relation, d’accompagnement aussi. Au regard de mon parcours en fait, un photographe est quelqu’un qui est seul dans sa pratique, très individualiste, ce qui est normal sur le terrain. Par contre, au niveau professionnel il faut arriver « à casser cette solitude », l’amener à échanger sur les pratiques du métier, le marché, ce qu’il est ! Le marché des médias, de la photographie, c’est un marché qui évolue. Moi, je dirai qui est très mouvant, qui évolue rapidement. Alors de par, déjà de manière conjoncturelle, mais aussi de par les acteurs qui sont identifiés dans les rédactions. C’est les acteurs qui certains sont là, mais bon après il y a beaucoup de gens qui changent. Une rédaction, c’est très compliqué à appréhender, on passe par qui ? On passe par un rédacteur en chef ? Par un rédacteur en chef adjoint ? Un chef de rubrique ? Un directeur artistique ? Un chef photo, une iconographe ?

En fait, nous, on est là pour un petit peu rationaliser, pousser les photographes à avoir des objectifs. Le fait qu’ils les tiennent, répondre à toutes les questions qu’ils se posent ou qu’ils ne se posent pas encore. J’existe sur le marché depuis 24 ans quand même, ce qui n’est pas mal. Donc j’ai vu beaucoup de choses se passer. Je ne connais pas mal de monde. Mais derrière moi, il y a une communauté de « Lucassiens », moi je les appelle comme ça, qui s’investissent beaucoup sur les retours faits sur les pratiques ou sur le marché du coup. Je pense qu’on est une trentaine ! On va palper le pouls du marché, on va dire ça comme ça. Et ce qui est intéressant avec l’ensemble des membres, c’est qu’on est dans des pratiques complètement différentes qui vont de la photographie plasticienne, documentariste, enfin du documentaire, photojournalisme, portrait, illustration créative… Et en fait, on arrive à avoir quelque chose de très représentatif de l’ensemble des marchés. Parce qu’évidemment, ce qui est amusant, c’est de prendre un photographe un petit peu par le bras et de le tirer du photojournalisme en disant : « Regarde, il n’y a pas que les médias dans la vie, tu peux sur la maison d’édition, tu peux aller aussi sur du corporate. Tu peux aussi aller faire un petit tour du côté des galeries, des festivals », etc. Un photographe n’a pas d’emblée, à la fois la multiplicité des facettes qui composent aujourd’hui le marché de la photographie ni non plus l’envie ni les codes. En fait, on passe d’un milieu à l’autre. Les gens, les acteurs changent et les manières de se présenter changent. On ne démarche pas une galerie comme on démarche un média. Idem pour une maison d’édition. Là, je pense, je parle du côté éditorial c’est-à-dire qu’on ne va pas présenter un synopsis à une maison d’édition. On va penser à un projet, enfin différemment éditorialisé. Et y compris les gens qui veulent sauter, parce qu’il y a un projet qui a vraiment de la consistance et qui peut se décliner en épisode, sauter d’un marché des médias print à de la télé. Tout ça, nous on est là pour un petit peu titiller, aller chercher les membres dans l’horizon des possibles. Dire voilà, tu es un peu mono sur une vision très monomaniaque, regarde ce qui se passe à côté pour augmenter les revenus du membre. Dans ce côté-conseil, moi je trouve c’est le plus compliqué à faire parce qu’on est sur des profils très différents et l’idée c’est d’arriver à définir quel objectif le photographe veut réaliser, sur combien de temps. Et l’idée c’est de se dire, voilà tu en es où maintenant ? Et comment ça va évoluer ? Moi j’ai un œil sur tous les folios, sur énormément de choses qui passent dans la communauté. Les groupes de photographes s’organisent aussi entre eux. On est là pour activer, générer de la rencontre et de l’échange. Ça, c’est vraiment le truc principal. Et après il y a la diffusion qui est encore autre chose. Une autre problématique

F : On va parler de la diffusion après, mais en gros c’est un peu comme un incubateur de start-up ?

W : Alors oui. C’est amusant parce que nous, dans Hans Lucas, on va parler des entrées et des départs. Il faut savoir que j’ai en moyenne – moi, c’est un chiffre qui m’inquiète, qui m’alarme entre 90 et 120 candidatures par moi avec des piques. Il y a eu un pique en avril 2016 de 147 candidatures. Le dernier, en décembre 2017, donc il y a 4 mois, on était à 167 candidatures. Je ne sais pas si vous imaginez. Enfin, moi, les mails, c’est le gros de mon temps c’est quand même de répondre aux mails. Je réponds à quasiment tous les mails que je reçois. Je vais voir les sites. J’explique pourquoi la candidature est pertinente ou pas. Je donne des rendez-vous plus tard ou même je n’hésite pas à parler avec la personne au téléphone pour expliquer ce qui ne va pas. Quand on arrive avec 167 candidatures sur des piques comme ça par mois, ça pose des questions sur le marché de la diffusion en France. Sur la place du photographe dans le marché. Alors c’est tout type de photographe, c’est des photographes qui ont une vingtaine d’années de parcours qui viennent me voir. Parce qu’ils veulent quitter des structures, parce qu’ils veulent voir, se relancer différemment. J’ai des photographes indépendants, en tout cas c’est quand même un outil pour photographe indépendant. Donc pour moi c’est le profil idéal, le photographe indépendant qui est là pour un petit peu décupler ses ambitions et sa diffusion. Ensuite, on a des émergents qui sont là, on n’hésite pas à prendre des gens « à fort potentiel » qui sont encore en école. On a fait rentrer pour la petite histoire, le plus jeune photographe qui est entré à Hans Lucas. Tout ça, c’est sous condition. Il y a un vrai accompagnement. Il avait 15 ans. Et ç’a été une année avec lui pleine d’interrogation, il absorbait énormément de choses. C’était génial pour lui, pour nous aussi en fait. Nous on s’autorise le droit à l’erreur en sachant qu’on pose un cadre avec ce cadre-là, en fait, on fait tout pour accompagner la personne. Donc on a à peu près 90-120 candidatures avec des piques tous les mois. Et le projet d’Hans Lucas depuis le début de la plateforme était d’intégrer 5 personnes par mois. On se tient à ces 5 personnes, quand on ne les a pas, des fois, c’est moins. Des fois, ça peut être un peu plus, mais on est grosso modo sur 5-6-7 entrées par mois maximum. Quand on le met en rapport en fait avec le nombre de candidatures qu’on a, c’est peu. Déjà là on est en 2018, à Hans Lucas il y a du monde. Eh bien, oui, il y a du monde, parce que le projet dès le départ était d’intégrer tous les mois jusqu’à 5 photographes. Au bout de 2011-2018, quasiment 7 ans d’activité, eh bien, oui ça fait du monde. Alors les gens ils se réveillent aujourd’hui. Mais ce n’est en rien avec la quantité de demandes que je reçois. Hans Lucas en 3 mois pourrait être multiplié par 2. Sauf que dans 3 mois, il y aura au minimum 15 membres en plus au maximum, il y en aura peut-être 17.

F : Qu’est-ce qu’il faut faire pour entrer chez Hans Lucas ?

W : Moi, chez Hans Lucas, j’ai 3 types de paramètres. Évidemment, l’écriture photo, il doit se passer quelque chose au niveau de l’écriture photo. On est sur un cadrage, une esthétique, un côté informatif, ensuite on est sur la cohérence des séries qui sont présentées. Pour moi, il doit y avoir un parcours qui se dessine au-delà de ça. Ensuite, on est sur le relationnel parce que c’est une communauté. Donc on essaie de ne pas prendre des « casse-pieds » parce que ça affecte aussi les échanges de la communauté. Ensuite, il y a le potentiel. C’est-à-dire que moi avec le recul que j’ai, le nombre de membres qui sont dans Hans Lucas je vois très bien à peu près le degré d’avancement que peut prendre la trajectoire du candidat. Souvent, ça décolle au bout de 6-8 mois. Donc je regarde un petit peu le potentiel de la personne. Donc c’est le relationnel, l’écriture photographique, le potentiel de la personne. Voilà, ça, c’est les 3 gros critères. Je peux refuser de très bons photographes un peu casse-pieds. Je peux prendre des gens où je sens qu’il y a vraiment le potentiel qui est là et faire de beaux paris en général où on se plante peu. Alors après ce que je sais c’est que je vais passer plus de temps à accompagner la personne, mais ça, ça me regarde. Mais je sais que voilà, il y a un potentiel qui est intéressant à développer. Et ensuite on va mettre en place tout le travail autour de ses objectifs, les objectifs visés. La manière dont il va utiliser la plateforme, les métadonnées. On va les former vraiment aux métadonnées. Et puis après on va l’aider à identifier les acteurs avec qui il veut travailler, le pousser sur des rédactions, présenter des projets aux rédactions. Voilà, la vie un petit peu de la plateforme.

F : C’est un peu comme une école en fait. Une école photo, mais sur la partie plus vente ?

W : Non en fait. Pour moi l’école photo. Enfin oui, il y a un côté… Disons, pour moi, la photo c’est comme tous les métiers. On en apprend tous les jours. Moi, j’apprends tous les jours. Sauf que là, c’est d’emblée dit dans le projet, c’est énoncé. Hans Lucas répond à toutes les questions que peut se poser un professionnel. Hans Lucas peut amener cette espèce de transversalité dans le parcours professionnel. Le fait de passer d’un domaine à un autre. Mais ça, pareil, aussi dans l’ensemble du répertoire de nos clients est donné aux photographes, mais ce n’est pas pour qu’il en fasse n’importe quoi. Après derrière on va cadrer les échanges, on va l’accompagner là-dedans. Ben tout simplement parce que c’est quand même un vrai besoin d’être accompagné au jour le jour. Quand on est dans une entreprise, on est encadré, on a des supérieurs, on a des collègues. On cerne rapidement où sont les limites de l’échange professionnel, dans quoi on peut se projeter. Quand on est photographe seul, c’est extrêmement compliqué. Donc on essaie d’amener de la cohérence et de l’harmoniser, en fait, dans tout ça et de répondre aux questions en fixant, on est très réaliste. On essaie de dire OK. Si tu veux aller dans cette direction-là, les acteurs qu’il te faut identifier, il faut aussi qu’ils t’identifient de leur côté. C’est ces personnes-là. Donc maintenant on va travailler sur la manière de te présenter. L’argumentation que tu vas avoir. Ce qui veut dire que tu as des objectifs qui doivent être aussi affirmés, etc. Et c’est ce côté d’accompagnement qui est assez fort. Mais c’est un accompagnement qui est un petit peu au jour le jour. Alors il y a des gens qui viennent vers moi de manière très naturelle. Il y a des gens qui se mettent en retrait et qui deviennent un peu trop discrets du coup, je vais à eux. Tous les ans, je fais des mises au point avec quasiment tout le monde. Et après dans la semaine, je vois de manière individuelle ou des petits groupes de 4-5 personnes, je pense, une trentaine de membres. Et c’est des entretiens d’une demi-heure, trois quarts d’heure. C’est normé. C’est à dire, j’ai un entretien. Je sais pourquoi. Quel est le sujet de l’entretien et une fois qu’on a répondu aux questions, on se dit au revoir. Mais c’est assez cadré. On n’est pas là pour boire des bières ni pour parler entre amis, on est là pour travailler en fait. Ou se fixer un petit peu plus un contexte.

F : D’accord. Est-ce que tu peux me parler un peu de la partie diffusion parce que quand on met ces photos en ligne sur une plateforme qui s’appelle RMES, donc un logiciel, et ensuite ces photos, elles vivent sur le site Hans Lucas ?

W : Alors, tout l’intérêt de la diffusion réside dans le paramétrage de qu’est-ce qu’on envoie et à qui. Nous, aujourd’hui, on essaie d’imposer nos conditions à la diffusion. C’est-à-dire qu’au niveau des agences étrangères par exemple, les conditions, nous que l’on souhaite, qui seront validées ou pas, quand ce n’est pas validé nous on refuse. En fait, c’est que le membre touche 60 % du revenu de ces ventes et qui sont en direct avec l’agence partenaire. C’est-à-dire que ça ne passe pas par Hans Lucas. Ça, c’est nos conditions aux Pays-Bas par exemple. On a un contrat avec l’AFP aussi. Les commissions sont un petit peu différentes, c’est 50-50. Sur lequel l’AFP nous ouvre les 12 000 clients qu’ils ont dans leurs réseaux de diffusion, ce qui est énorme ! Nous, RMES, aujourd’hui, Hans Lucas on a 500 clients principalement des médias. Derrière on passe par PixPalace. Alors de mémoire je pense qu’il doit y avoir à peu près 900. C’est des clients plus généralistes, c’est-à-dire qu’on pourrait avoir par exemple un top santé, ou que sais-je, quelque chose de très généraliste. Oui francophone, qui ne sera pas sur Hans Lucas. Hans Lucas c’est des gens qui viennent pour regarder clairement un type d’écriture qu’ils aiment bien qu’ils retrouvent sur Hans Lucas. On passe de 500 à 900 clients, on peut aller sur l’AFP. Mais PixPalace et Hans Lucas, on est en direct avec le client et à 100 % de la vente. Les membres d’Hans Lucas payent un abonnement. Quand on est sur l’AFP ou quand on est avec des agences à l’étranger, évidemment on laisse un pourcentage. Donc là, en fait l’idée ce n’est pas de tout mettre d’emblée sur une série. On va mettre 10-15 % de la série peut-être sur l’AFP pour un petit peu donner à voir, mais ne pas « griller » un sujet qu’on pourrait traiter en direct en fait par Hans Lucas ou par PixPalace. Donc, nous on va mener une prise de conscience, de qu’est-ce qu’on diffuse. Quel est l’intérêt en fait pour tout le monde y compris pour l’AFP, mais y compris pour le membre ? Et comment le membre va un petit peu s’intégrer au mieux dans sa diffusion ? Il y a plein de paramètres sur lesquels on peut bouger. En fait, c’est un petit peu le nerf de la guerre, y compris dans qu’est-ce qu’on produit. Évidemment, tout le monde adore les histoires un petit peu longues en France ou à l’étranger. Sauf que moi j’éveille le membre sur le fait que les médias ne demandent pas forcément ça. Et que ce n’est pas un folio qui va faire vivre un photographe à l’année. Alors on fait des exercices qui sont aussi amusants. On va sur PixPalace regarder des statistiques. Ou alors on regarde la presse et on s’aperçoit que tout ce qui est lié, l’illustration de société ça dit renseignement, santé, éducation, consommation, etc., c’est quand même, moi je dirai, 70 %. Enfin, les marronniers typiques ! Et donc on va éveiller les membres à aller sur ces problématiques-là ou ces thématiques-là, mais avec leur propre regard en fait. Une subjectivité, quelque chose aussi de qualité. Évidemment, on ne va peut-être pas le pousser en avant sur l’espace hauteur d’Hans Lucas, chacun des membres, mais on va les faire tourner dans la base de données. Et en fait, c’est le type de photo qui, quand même, ramène le plus d’argent aux membres. Je vais citer deux trucs très bêtes. Il y a eu un scandale sur un médicament qui concernait la thyroïde. Quelqu’un a rapidement fait des photos chez nous. Je crois qu’il a eu 20-25 publications. Pareil, il y a eu une pénurie de beurre à un moment. Il y a eu deux membres qui ont shooté du beurre sur une table. Ce n’était pas mal, il y a eu une petite mise en scène, ça a fait une vingtaine de publications.

F : Ça représente combien ça ?

W : Eh bien, ça dépend si c’est de la photo web, si c’est de la photo print. Nous, on s’accorde sur des barèmes. Le web on essaie de ne pas descendre en dessous de 30 € la photographie. On fait des pics à 50-80-120 €, ça dépend de l’exclusivité aussi. Jusqu’à 120 € la photo web. Sinon 30-40-50 €, ça dépend en fait qui a pris. Ça bouge beaucoup. Et après en print, c’est le nombre de tirage, de publication et la taille de la photographie dans la publication. Donc là on est facilement au-dessus de 200 € la publication. Voilà, il y a des rédactions qui aiment bien, qui nous suivent beaucoup, je pense à la Croix qui vient régulièrement. Libé nous fait bosser, Les quotidiens nous font bosser, Le Monde aussi. Moi, je serre un petit peu de filtres. Parfois, j’ai des iconographes qui m’appellent pour savoir qui est où ! Parce que les membres ont un peu tendance à oublier de se géolocaliser quand ils bougent. Et c’est vrai qu’on a une carte qui est assez suivie par… Donc, en fait l’idée, c’est qu’on est repéré par la diffusion soit d’archives, ou alors – je ne parle pas de la mode de beurre hein, je parle d’autre chose là – (rires) directement de la production par rapport à des synopsis. Mais l’idée, c’est de déclencher un système de commande en fait et de devenir régulier avec les relations. C’est ce qui se passe quand même de manière régulière avec quelqu’un qui est motivé, rigoureux. On a tendance à oublier que la photographie, enfin être indépendant c’est compliqué, et exercé le métier de photographe il faut vraiment réfléchir. Avoir une force de proposition de travail, et être très rigoureux. Quand on a un petit peu une démarche qui est pro, au bout d’un moment ça commence. L’activité débute et voilà. Mais il faut réfléchir à tout ça.

F : Donc là, tu es en train de me dire que via Hans Lucas, le photographe il a un peu 3 modes de diffusion de ses images. Il peut passer en direct grâce au listing client, il peut contacter les rédactions, dire : « J’ai telle synopsis, telle histoire ». Il peut aussi ensuite, une fois que ça, c’est fait, mettre ses photos dans une banque de données qui peuvent ensuite être consultable un peu avec du référencement naturel du coup via les IPTC et les métadonnées ?

W : Oui, oui, tout à fait.

F : Et après, éventuellement, il peut être contacté directement pour faire une production en commande.

W : Oui, oui, ça, c’est les 3 paramètres sur lesquels on joue en fait. Après, il y a les autres projets, les projets qui peuvent être faits avec des maisons d’édition. Il y en a quand même ! Il y a des projets d’expo, d’atelier, de résidence, il y a plein d’autres choses à côté qui vivent assez bien. Il y a aussi la vidéo. Je n’arrête pas de rabâcher les oreilles aux membres, pas de se mettre à la vidéo, mais de proposer des prestations vidéos en plus. Les budgets sont quand même beaucoup plus confortables. Alors typiquement, on avait un membre à Carcassonne qui a « couvert » l’attentat à Trèbes et à Carcassonne, qui a fait de la photo, mais qui a eu le réflexe de faire de la vidéo aussi. Eh bien, il a vendu quasiment que de la vidéo. Et heureusement qu’il a eu ce réflexe-là. Alors la minute, on est entre 400 et 600 €.

F : À qui il a vendu ça ?

W : Alors il a vendu ça à TF1, à BFM, il a fait 4-5 chaines d’information différentes.

F : Il avait quoi comme type d’image qu’eux n’avaient pas ?

W : En fait, il était le premier à être arrivé sur place. Donc voilà il était devant tout le monde. Alors je le dis parce que ça a suscité des débats, il a arrêté de filmer des choses qui, moralement et éthiquement, il ne souhaitait pas faire. Donc ça, il ne l’a pas fait. Lui, il est resté sur l’arrivée des forces de l’ordre, etc. Mais il a filmé ça bêtement, et c’est ce qu’il a vendu. Voilà, alors c’est toujours pareil de se positionner par rapport aux agences filaires qui sont très présentes auprès des médias. Je reviens sur la relation qu’on a avec l’AFP. L’AFP ça été une belle aventure, enfin c’était toujours une belle aventure, parce que c’est de gens qui nous ont vraiment formés sur la gestion du méta donnée, qui nous accompagnent, qui ne nous cassent pas les prix par rapport à ce que j’ai vu passé. Après la vraie question, c’est le cout de la photographie sur le web. Ça, c’est une vraie question. Et donc l’idée c’est toujours de se dire dans le contexte actuel, quels sont les meilleurs fils à tirer pour s’en sortir ?

F : Tu parlais d’écriture, c’est un terme qui revient régulièrement quand tu par d’Hans Lucas, le fait que le photographe ait une écriture particulière. Est-ce que tu peux nous dire ce que c’est une écriture photographique ?

W : Il y a l’écriture du photographe. Pour moi, c’est le point de vue qu’il doit avoir. C’est-à-dire une photographie est toujours subjective. Je ne connais pas de photographie objective. Donc même quand on est dans le cas d’un photojournaliste, quelle va être son affirmation ? Comment je vais ressentir son regard par rapport à un évènement ? C’est tout bête. Mais couvrir une manif ou que sais-je, il faut qu’on se positionne par rapport au sujet. C’est à dire, est-ce que le sujet va avoir un ascendant sur moi ou pas dans ma manière d’être. Quand je le couvre, est-ce que je vais derrière être en capacité de développer toute une narration sur un évènement. Une narration, c’est quoi ? C’est poser le décor, c’est aller sur les personnages, c’est trouver des articulations et faire en sorte que je revienne avec une quinzaine, une vingtaine de photos non redondante qui vont raconter une histoire de ce que j’ai vu en fait. Quand on couvre un évènement, il y a 2 types de photos qu’il faut ramener. C’est cette narration globale, et après c’est la photo symbole qui va résumer, cristalliser à lui seul l’évènement. C’est une photo qui peut être véhiculée beaucoup sur le web ou dans les journaux, il y a toujours un photographe qui se sort. Je reviens sur les manifs, mais bon. Sur l’ensemble des unes qui vont un petit peu s’imposer d’elles-mêmes, on va retrouver la même photo dans plusieurs journaux. Ça, c’est une photographie symbole qui résume un petit peu tout, qui a un fort impact émotionnel en plus, qu’elle soit informative. Et ensuite il y a beaucoup de gens qui la cherchent. Mais le vrai professionnel de type agencier, tel qu’on en a aussi à Hans Lucas. Je pense à Julien Miguet, Nicolas Messias, sont dans des logiques d’articulations de photographie et de rendre compte de l’ensemble de la manifestation de ce qui se passe en fait. Avec derrière aussi ce désir de trouver la photo symbolique. Donc évidemment ils vont aller sur un ensemble d’angles visuels en fait à décliner pour résumer au mieux, faire encore en fait un ensemble, une série avec l’évènement. Donc ça pour un photographe c’est compliqué d’arriver sur un évènement en se disant « OK, je peux imaginer l’ensemble des choses que je peux faire en prise de vue, plutôt que de me laisser absorber par ah oui ça bouge, il y a des fumigènes, il y a un mec qui se fait taper ou que sais-je » sur lequel on y va plus facilement parce que voilà, il y a une émotion qui arrive plus rapidement. Donc la première narration c’est comment le photographe a à se positionner par rapport à l’évènement qu’il couvre. Y compris dans le choix d’un objectif. Il est sur un zoom, il traite ça avec quelque chose qui va donner de la distance ou pas. Lui est-ce qu’il est conscient de la distance avec laquelle il est à l’aise avec le sujet. Ça veut dire qu’évidemment s’il y a quelqu’un qui n’ose pas trop aller au contact et qui se positionne à 8-10 mètres d’un sujet, c’est compliqué de faire ça en grand-angle. Il y a un ensemble de choses que le photographe doit en avoir conscience en fait. Après sinon, la narration c’est la manière dont l’histoire va se déployer. Est-ce que tous les ponts de l’histoire sont bien explorés. Ça, c’est côté média. C’est rigolo, ça c’est une anecdote. Les photographes sont très attentifs quand ils amènent les photos sur Hans Lucas à faire une galerie, un slide qui est très propre, etc. Sauf qu’à l’utilisation les iconographes ils ne vont jamais sur le slide. Ils font le shipmode. C’est à dire la planche contact de travail, c’est-à-dire que c’est une planche contact photo. Et l’iconographe va arriver avec une idée précise de la photo déjà d’emblée. Si c’est un quart de page, une demi-page, une pleine page, une Une ou une double page, s’il faut de l’espace pour mettre du texte, etc. Lui il s’en fiche de la narration globale. Lui va arriver pour une photo précise. Et donc c’est là où ça va un petit peu contredire l’aspect premier du terrain qui est de bien restituer l’évènement. Ça, c’est plus pour des séries sous forme de reportage ou autre. Mais globalement l’évènement tel qu’il est restitué en général, c’est souvent une photo ou deux photos fortes qui vont arriver. D’ailleurs les photographes quand ils couvrent des meetings, je leur dis, penser à faire. Ne travailler par exemple au bout d’un moment, vous passez une demi-heure sur une image de une. Et vous imaginez en termes de cadrage une verticale sur lequel il peut y avoir du texte, il peut y avoir un titre, etc. Mais c’est une Une. Ce n’est pas autre chose. Et c’est là où en fait les photographes devraient un petit peu réfléchir à comment sont utilisées leurs photographies dans les médias. Pareil, il faut savoir que le plus gros format qui utilisé en photographie aujourd’hui, le plus fréquemment (je ne veux pas dire de bêtise) c’est le quart de page. Et le quart de page en fait, c’est une photographie particulière. On est sur un plan quand même qui est un petit peu plus rapproché qu’éloigné, parce que c’est un format qui assez petit dans la page. Et tout ça il faut aussi le ramener. C’est comme la une, quand on part, on doit se dire « OK, est-ce que je laisse un évènement s’imposer à moi et je vais suivre ce qui se fait sans trop réfléchir au niveau des images », ou alors est-ce que je me pose 2 minutes pendant un après-midi à me dire, « OK est-ce que je pourrais avoir une photo symbolique, une photo qui puisse faire du quart de page, qui puisse faire une double d’ouverture ». C’est à tout ça qu’il faut penser. Il faut le faire d’une manière très naturelle ça, il ne faut pas se braquer, faut pas avoir un petit carnet et noter oui j’ai fait ci, j’ai fait ça. Tout ça, il faut l’intégrer. Pour mieux le recracher par la suite.

F : C’est intéressant ce que tu dis parce que ça on a l’habitude de le faire, peut-être à l’éditing, pas forcément à la prise de vue. Toi tu es en train de dire qu’il faut le faire vraiment, en pensée, tu construis le sujet de base.

W : Évidemment quand on va sur un sujet…

F : Ce n’est pas si évident pour tout le monde ça.

W : Si, mais il faut savoir qu’à la fin de la journée, de l’après-midi, il faut se dire : « J’espère que je n’ai pas que des photos redondantes. J’espère que je n’ai pas suivi par exemple qu’une seule partie de l’évènement ». Parce que quelque part c’est à la fois dommage, mais on n’a vu qu’une, comme quelqu’un qui fait une manif et qui va suivre qu’un politique dans la manif quoi. C’est pareil.

F : Ça, ça peut être un choix, comme tu l’as dit ça peut être un choix d’écriture de vouloir choisir par exemple le camp que des manifestants ou que des policiers, tu vois, choisir un peu son sujet, choisir une personne et pas deux.

W : Pour moi, ça, c’est un angle dans la grande histoire. Oui ça peut être un choix, ça peut-être un choix complètement affirmé. C’est à dire je ne suis que ça ou alors dans l’année, je ne fais que des politiques, la place des politiques dans les manifestations.

F : Mais tu te fermes des portes.

W : Une manif ça dure une demi-journée. Enfin, on parle de manif, mais c’est bien de parler d’autre chose aussi. Mais sur une manif ou un meeting, on a le temps de faire les choses. Évidemment on peut très bien se dire, je vais couvrir les militants dans les meetings. Voilà, mais on ne va pas passer 4 heures à faire des militants. Quand on est pro, on les a les réflexes. On repère les choses. Soit des scènes très visuelles parce que la personne est soit très excitée, soit habillée d’une manière assez voyante, etc. Ça se repère ça. Mais on fait autre chose aussi. On peut travailler, prendre complètement du recul, travailler sur le hors-champ. Il y a énormément de choses à faire en photo. Moi je m’inscris beaucoup dans une narration globale en fait quand je vois les choses, j’y vais pour un sujet, un reportage. Mais c’est vrai qu’un reportage peut-être une espèce d’ensemble de choses qui se passent dans un ensemble d’évènement en fait. Et ça peut devenir en soi un reportage. Mais je trouve que quand on arrive pour avoir fait beaucoup d’actus sur les lieux où il y a beaucoup d’émotion, de force, de chose qui se passe. C’est un peu réducteur de se dire, je ne fais que ça, point barre. Et puis les médias ils ne suivent pas forcément. Pourquoi on y va dans le lieu ? Parce qu’on a eu une bourse qui permet de travailler de manière en profondeur sur les militants dans telles parties, ou alors est-ce qu’on y va pour vendre des photos qu’on aura faites pendant l’évènement. C’est toutes ces questions en fait. L’un n’empêche pas l’autre d’ailleurs.

F : Dernière question, je pose tout le temps cette question aux gens que je fais passer dans le podcast, est-ce que, selon toi, un photographe c’est aussi un entrepreneur ?

W : Évidemment que c’est un entrepreneur. Déjà en termes de statut, il doit rendre des comptes quand il fait sa déclaration d’impôt. Il n’est pas dans une logique très… Il n’est pas dans la norme le photographe. Ensuite, oui parce qu’un photographe qui n’est pas à force de proposition, qui n’a pas cette espèce d’intuition du marché dans lequel il se projette, qui ne sait pas avec qui il peut ou il veut travailler et qui n’a pas été identifié, ça c’est des fortes démarches entrepreneuriales. Qui n’a pas adapté son argumentaire ni la manière de se présenter folio aux autres. Parce que faire un folio, OK, c’est quoi la cible du folio ? Ça doit parler à qui ? Qu’est-ce qu’il va mettre en avant dans sa production ? Ça, c’est une démarche d’entrepreneur ça. C’est un indépendant un photographe. C’est comme un graphiste, c’est comme un dirigeant de société, et en termes d’image il doit réfléchir à tout ça. Il ne se fond pas dans une masse globale, c’est un individu, donc oui c’est un entrepreneur. Sinon je n’en ai pas parlé, mais j’en parle, on n’a pas trop parlé des bourses. Je rappelle qu’on a la chance d’être en France. Et en France les auteurs sont quand même assez accompagnés. IL y a des sociétés d’auteur qui font ça très bien. La bourse Brouillon d’un rêve par exemple de la Scam étudie (je ne veux pas dire de bêtise, je crois, c’est 2 fois dans l’année) des projets. Mais il y a d’autres bourses en fait. IL y a des bourses en région, en mairie. Et en fait le photographe aujourd’hui, parce que tout à l’heure tu me disais oui dans un évènement on peut faire qu’une partie. Eh oui, on peut faire qu’une partie qu’on ne vendra pas forcément, mais on peut être soutenu par ça. Et ça en fait monter une bourse, monter un dossier, ça demande un travail intellectuel, de culture aussi, de quoi on a envie de parler. Comment on l’argumente, d’expliquer la temporalité, d’expliquer une note d’intention d’auteur ? C’est à dire pourquoi moi j’ai envie de parler de ce sujet-là. Une temporalité, ça dit aussi un planning, un budget. Et tout ça, ce sont des questions qu’on ne se posées pas, enfin moi quand j’ai débuté. Parce que ça n’existait pas ces dispositifs. D’ailleurs il y a la bourse là du Cnap. Mais tout ça, franchement depuis ces 5-6 dernières années, il y a beaucoup d’opportunité pour les photographes, mais ça doit passer par réfléchir à un dossier, le monter comme quand on démarche des boites de prod audiovisuel ou des chaines de télé. C’est exactement la même chose. Et aujourd’hui les auteurs en fait, ils ne peuvent pas faire que (moi le marché dans lequel je me projetais quand j’avais 20-25 ans, c’était un marché qui était uniquement sur du print, des médias et en fait, on passer des commandes et puis c’est tout), c’est à la fois quelque chose de super intéressant dans le devenir d’un professionnel que de se dire voilà : « Je n’ai peut-être pas la maturité pour arriver sur le montage d’un dossier de bourse, mais il faut que dans les 2 ans, j’ai un projet, et j’arrive à le faire ». Et en fait, c’est à multiplier cet ensemble d’objectifs, publier dans les médias, faire des séries un petit peu plus longues, faire des dossiers, rencontrer un éditeur, se confronter à une boite de prod audiovisuelle, se confronter aussi à des gens sur des festivals, des galeries ou autre, qui font qu’aujourd’hui en fait un photographe il est obligé d’être dans cet ensemble de démarche. Mais intellectuellement, c’est quand même assez important ça. Moi je ne travaillais que dans les médias pendant 12 ans. Au bout de 12 ans, je n’en pouvais plus. Pourtant c’était des grands médias. Je peux citer National Geographic, Géo, Match, Elle, L’équipe, Marie Claire. Mais au bout d’un moment, je me suis dit, qu’est-ce qui pourrait être différent ? Et aujourd’hui d’emblée, un professionnel qui rentre dans le marché, il a 4-5 cases dans lequel il peut aller. Et ça, c’est génial ça. ET ça aussi, ça fait en sorte que le style photographique va évoluer aussi.

F : Tu veux dire qu’il y a plus d’opportunité ?

W : Oui il y a plus d’opportunité. Parce que moi, quand j’étais là. Parce que le marché de la presse il est toujours existant. En France, on a un marché qui est quand même assez foisonnant. Même s’il y a des titres qui ferment, il y en a qui se montre. Donc, globalement, on est sur un marché vivant. Donc le marché des médias, tel que moi je l’ai connu, tel qu’il est aujourd’hui, en nombre de média, il est toujours aussi actif. Il faut faire attention aux prix qui sont proposés, aux conditions de délai de paiement, se faire respecter, mais ça OK. C’est bien parce que moi j’ai connu des situations plus tard dans mon métier, auquel est confrontée aujourd’hui à un jeune professionnel. Aujourd’hui un jeune professionnel il doit savoir faire un devis, connaitre son tarif de journée, savoir quand est-ce qu’il est payé, s’il est payé en statut, salarié s’il a un nom de droit d’auteur. Qu’est-ce que c’est la différence ne serait-ce… Tu es salarié, tu es payé à la fin du mois. Tu as un nom de droit d’auteur, tu es payé à 30 jours à la fin de mois. Ce qui veut dire, en 45 jours, ça peut trainer à 60-90 jours parfois. Si on n’a pas le dessus dans son parcours par rapport à ces problématiques-là, c’est mort en fait. Moi, je trouve, c’est un avantage d’être confronté rapidement, et d’être obligé de se positionner. De ne pas accepter les choses, parce qu’aussi on est éveillé. On sait très bien que ces pratiques-là ne sont pas les bonnes, etc. Il faut tout le temps s’affirmer et en s’affirmant en fait on grandit. Donc, vivre l’échange, la relation, les retours sur les pratiques professionnelles. On ne peut pas être seul dans le marché, aujourd’hui.

F : C’est génial de finir par ça parce que c’est le but du jeu de ce podcast, d’échanger, de faire en sorte que les photographes puissent partager avec d’autres photographes des techniques. Et je te remercie encore une fois pour cet échange.

W : Merci à toi Fred !

Categories: Photographe Pro

Je m'appelle Fred et je suis reporter-photographe professionnel. En plus de mon…

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