Ethiopie, carnet de route d’un photojournaliste

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En mars dernier, j’ai eu la chance d’embarquer une nouvelle fois pour l’Afrique. Mon dernier voyage sur cet incroyable continent remontait à plus d’un an, à l’occasion d’un reportage avec l’armée française et l’opération Barkhane.

Cette fois, il n’était pas question de guerre ou de Famas, mais d’un reportage ethnique sur différentes tribus en Ethiopie.

D’ailleurs, cette fois je ne suis pas seul à partir, puisque j’ai eu le plaisir de travailler avec un autre photographe, également membre du collectif Hans Lucas : le talentueux Eric Lafforgue.

Si vous ne connaissez pas Eric, vous connaissez cependant peut être ses photos. Depuis 2006, son travail est publié dans les plus grands magazines et diffusé par les plus prestigieuses agences de presse.

J’ai également profité de ce voyage pour l’interviewer afin qu’il partage avec nous ses meilleurs conseils de photographe de voyage !

→ Regarder l’interview de Eric

Pas de guerre au programme, mais un pays en proie aux tensions politiques entre un gouvernement agressif et des tribus qui ne se laisse pas faire.

Sur le trajet, Eric me parle d’une manifestation qui a mal tourné en novembre 2015 et lors de laquelle l’armée éthiopienne a tiré à la Kalachnikov sur la population. Bilan : au moins 500 morts. Mais le chauffeur nous parle d’un chiffre encore plus important…

L’objectif principal de ce voyage, est de rencontrer des membres de la tribu des Borana, dans le cadre d’une cérémonie religieuse et politique très importante et qui a lieu tout les 8 ans : le Gada.

Après de longues heures de routes sur l’asphalte mais surtout sur les pistes éthiopiennes, nous rencontrons les premiers Borana et nous décidons de faire voler le drone…

Drone que l’on a pu également faire voler dans un endroit incroyable : le volcan d’El Sod.

Au fin fond de ce volcan éteint depuis bien longtemps, des adultes mais aussi des enfants plongent au fond d’une eau acide et toxique pour pêcher du sel, qui sera ensuite distribué dans tout le pays.

Le Gada, la cérémonie secrète

Une fois la cérémonie terminée, nous somme aller faire voler le drone au dessus d’un lac dans lequel les femmes vont chercher de l’eau pour le reste de la famille… Ah oui, le saviez vous ? Dans ces tribus du sud du pays, il est absolument interdit aux hommes de porter des jerrican d’eau. C’est la femme qui doit s’en charger, et marcher pendant des heures sous un soleil de plomb, avec des charges de plusieurs kilos sur le dos…

La barbarie de l’excision…

Selon un rapport de l’UNICEF de 2013, 23,8 millions de femmes en Ethiopie, soit 74,3% des femmes entre 15 et 49 ans déclarent avoir subi une excision.

Mais depuis 2004, le code pénal éthiopien interdit formellement cette pratique barbare qui consiste à découper à l’aide d’une lame, le clitoris des jeunes filles.

D’après l’article 565 sur l’Excision « Quiconque excise une femme, quel que soit son âge, est punit d’une peine d’emprisonnement pour une durée minimale de trois mois ou d’une amende qui ne peut être inférieure à 500 Birr. » (soit 20 euros).

Mais moyennant 2000 birr, soit 80 euros, la tribu des Dassanech va nous laisser filmer la cérémonie d’excision de quelques jeunes filles qui sont cachées dans les cases à côté de nous…

Deux semaines plus tard, il est temps de rentrer en France.

L’Ethiopie est un pays incroyable.

Une terre de contraste dans laquelle cohabitent des tribus ayant un rapport très différent aux étrangers et à la modernité.

Mais malheureusement, l’Ethiopie est en proie à une sécheresse historique, qui tuent jour après jour des milliers de vaches, et prive ses habitants de la ressource la plus rare dans le pays : l’eau…

Le récit en vidéo :

Categories: Reportages

Photojournaliste professionnel et passionné, auteur du blog Destination Reportage.

6 commentaires

  1. Reportage très intéressant. Belles photos et vidéos. Bien qu’on sache qu’il existe de telles coutumes (exemples présentés dans le reportage), ce que l’image nous livre, est à la fois bouleversant et fascinant.

    tu as beaucoup de chance d’exercer le photojournalisme et de vivre ces rencontres.

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  2. Quel voyage et quelle chance d’avoir été au côté d’Eric Lafforgue. En regardant ta vidéo, je me sens avec vous 🙂 Super reportage encore une fois. Je pars en juin en Tanzanie et serai tenté par le drône mais hésite encore.

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