Comment gagner un World Press Photo ? - Destination Reportage

Comment gagner un World Press Photo ?

Salut à tous, et bienvenue dans le Podcast Photographe Pro 2.0 !

Je m’appelle Fred, et dans ce podcast, je vais partager avec vous des conseils et des stratégies pour vous aider à vivre de la photo.

Dans ce nouveau format, on va parler webmarketing, techniques de vente, réseaux sociaux à travers des interviews de photographes professionnels reconnus, et d’experts dans différentes thématiques qui vont vous aider à faire grandir votre activité de photographe.

N’oubliez pas de vous abonner sur iTunes et de partager cet épisode autour de vous pour faire connaître ce podcast.

Le World Press Photo, c’est un peu comme la cérémonie des Oscars pour le photographe de presse. Tous les ans, cette institution internationale décerne des prix aux meilleures photos de l’année, celles qui sont censées être les plus impactantes, les plus fortes.

J’ai rencontré Maral DEGHATI, qui travaille pour le World Press Photo. Dans notre entretien, Maral nous parle du métier de « photo editor », ainsi que de sa vision du métier de photographe de presse.

Au programme de ce nouvel épisode du Podcast

Elle explique ce qu’est le World Press Photo, notamment le fait qu’il ne s’agisse pas uniquement d’une simple compétition, mais d’une véritable institution internationale. Comment le jury choisit les images qui vont remporter le prestigieux prix, sous quels critères.

Elle nous parle également de « fact checking » (« vérification des faits » en Français), « storytelling » (équivalent de « mise en récit » ou « accroche narrative » en Français), et d’art. D’ailleurs, est-ce que le photojournalisme doit faire de l’art pour gagner au Wold Press Photo?

On aborde la question du journalisme de guerre et du manque de formation de certains indépendants qui prennent parfois trop de risques. On parle également de la place des femmes dans le photojournalisme et du rôle des photo-éditeurs et le besoin pour les photographes de travailler en équipe avec eux.

Avant de vous souhaiter une bonne écoute, je tiens à m’excuser pour la qualité du son de l’interview, qui n’est pas optimale, et j’espère que cet entretien vous plaira.

Si c’est le cas, n’oubliez-pas de vous abonner et de partager cet épisode.

Je vous souhaite une bonne écoute!

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Photo de Une : Ami Vitale / 2ème prix Catégorie Nature Récits en 2017

 




Transcription écrite de l’épisode :

 

Salut à tous, et bienvenue dans le podcast Photographe Pro 2.0!

Je m’appelle Fred, et dans ce podcast, je vais partager avec vous des conseils et des stratégies pour vous aider à vivre de la photo. Dans ce nouveau format, on va parler webmarketing, techniques de vente, réseaux sociaux à travers des interviews de photographes professionnels reconnus, et d’experts dans différentes thématiques qui vont vous aider à faire grandir votre activité de photographe.

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Le World Press Photo, c’est un peu comme la cérémonie des Oscars pour le photographe de presse. Tous les ans, cette institution internationale décerne des prix aux meilleures photos de l’année, celles qui sont censées être les plus impactantes, les plus fortes.

J’ai rencontré Maral DEGHATI, qui travaille pour le World Press Photo. Dans notre entretien, Maral nous parle du métier de « photo editor », ainsi que de sa vision du métier de photographe de presse. Elle explique ce qu’est le World Press Photo, notamment le fait qu’il ne s’agisse pas uniquement d’une simple compétition, mais d’une véritable institution internationale. Comment le jury choisit les images qui vont remporter le prestigieux prix, sous quels critères. Elle nous parle également de « fact checking » (« vérification des faits » en Français), « storytelling » (équivalent de « mise en récit » ou « accroche narrative » en Français), et d’art. D’ailleurs, est-ce que le photojournalisme doit faire de l’art pour gagner au Wold Press Photo?

On aborde la question du journalisme de guerre et du manque de formation de certains indépendants qui prennent parfois trop de risques. On parle également de la place des femmes dans le photojournalisme et du rôle des photo-éditeurs et le besoin pour les photographes de travailler en équipe avec eux.

Avant de vous souhaiter une bonne écoute, je tiens à m’excuser pour la qualité du son de l’interview, qui n’est pas optimale, et j’espère que cet entretien vous plaira. Si c’est le cas, n’oubliez-pas de vous abonner et de partager cet épisode. Je vous souhaite une bonne écoute!

– DEBUT de l’interview –

Maral DUGHATI, World Press Photo:

« Le  World Press Photo est une compétition annuelle qui a commencé en 1955. Donc à la base, c’est une compétition photo. Tous les ans, il y a un jury qui est invité par le World Press. Un jury indépendant pour venir regarder les images et faire un choix. Il y a 6 catégories. Il y a un jury spécial, et ensuite un jury général qui vont faire leur sélection parmi des milliers et des milliers de photos. Mais ce n’est pas qu’un concours, ce n’est pas qu’un prix photo. Il y a aussi un département Education, et Communication.

On a un magazine en ligne qui s’appelle Witness. On a aussi un département Exposition. Parce que les images des gagnants du prix deviennent une exposition qui fait le tour du monde. On a 100 lieux,  100 partenaires de lieux d’exposition dans le monde. Et ce dans quasiment 50 pays.

C’est un outil, une manière d’avoir + de visibilité. C’est une vraie plateforme pour pouvoir avoir accès à des spécialistes de l’industrie. D’avoir + d’opportunités de travail. D’être embauché, d’être envoyé en reportage. Mais c’est aussi éducatif. Il y a tous les ans dans le département Education, des master class les plus prestigieux pour les jeunes photographes, documentaires et photojournalistes. D’autres jeunes photographes de moins de 30 ans sont sélectionnés par un jury, indépendant encore une fois, pour venir à Amsterdam pendant 1 semaine. Et ils ont la possibilité de rencontrer des grands spécialistes du métier. Et ça, ça aide vraiment! Si on regarde les années passées, les tout débuts, il y avait Paolo PELLEGRIN, il y avait Jao SILVA, etc… Donc ce n’est pas juste un prix, c’est aussi une vraie opportunité d’être connu, de connaître et aussi faire partie de l’histoire du photojournalisme.

Donc le World Press est indépendant. C’est une fondation. On est soutenu par 2 grands sponsors: le Dutch Postcode Lottery et Canon. C’est eux qui vont donner une somme d’argent à certains des participants: le lauréat  de « La Photo de l’Année »,  et certaines autres catégories de premiers prix. Mais sinon, c’est surtout une reconnaissance. Il y a un prix qui s’appelle « The Golden Eye », et si on est le gagnant de ce prix, c’est un peu comme gagner les Oscars, mais dans le photojournalisme. »

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

« C’est aussi plus qu’un concours. J’ai vu que vous étiez vraiment beaucoup sur le multimédia, sur le « storytelling ». Est-ce que tu peux me parler un peu de cette évolution aussi peut-être? »

Maral DUGHATI, World Press Photo:

« Absolument! Encore une fois, quand on regarde l’historique du World Press Photo et la manière dont ça se développe, on essaye vraiment d’être là, d’un côté pour la photographe et la communauté de l’industrie. Mais aussi pour le public. Donc qu’est-ce qu’on peut faire pour soutenir les vraies histoires qui ont du sens, et comment on fait pour mieux les communiquer. Donc il y a quelques années, on a décidé de lancer une nouvelle catégorie, un concours numérique, c’est le « Digital Storytelling Contest ». C’est tout un autre prix avec un différent jury qui est invité pour justement sélectionner les meilleurs courts-métrages faits par des photographes à la base. Mais en utilisant les nouveaux outils, la nouvelle technologie. »

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

« Et est-ce que tu remarques un gros changement, un changement majeur avec par exemple les réseaux sociaux ? »

Maral DUGHATI, World Press Photo:

« Oui! Il y a quelques années, c’était en 2011 il me semble (mais peut-être je me trompe), un des prix gagnants était une photo prise par un téléphone portable, donc un iPhone. Et depuis, on voit pleins de photographes qui se servent des réseaux pour vraiment être là sur l’actualité, suivre leurs sujets, mieux raconter l’histoire. Tout en captivant la vraie attention de leur public. Donc on a John STANMEYER par exemple, il a une soixantaine d’années. Quand il a fait sa photo des migrants, c’était la photo de l’année il y a quelques années, avec les migrants à la frontière avec leurs téléphones. C ‘était un sujet sur les migrants qu’il faisait, qu’il a couvert en utilisant Snapchat. Donc il montrait les derrière-scènes, ce qu’il s’est passé et comment il vivait parmi les migrants. Et ça, c’est vraiment toute une autre information, toute une autre perspective qu’on puisse avoir, sur une vraie actualité. »

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

« D’accord! Et est-ce que le jury tient compte du fait qu’une photo va devenir + valable, je pense par exemple au dernier World Press avec le meurtre de l’ambassadeur. Le fait qu’elle est tournée de suite, grâce aux réseaux sociaux. Est-ce que ça change quelque chose pour le jury? »

Maral DUGHATI, World Press Photo:

« Non, ça ne change rien pour le jury. Parce que le jury se base, comme de vrais professionnels, à s’écouter, se faire entendre sur leurs choix des images: pourquoi les images sont les meilleures ou les plus importantes pour être primées. Donc le fait que ça devienne viral, c’est plutôt grâce à notre mémoire collective: cette image fait penser à pleins d’autres images comme Freddie MERCURY, des images de Pulp Fiction (film de gangsters américain), ou des choses qui sont beaucoup plus accessibles à la jeune audience, qui est + sur internet. Ces 18-25ans, c’est là où ça devient viral, c’est eux qui ont ces pouvoirs-là. Ce ne sont pas les membres du jury qui sont déjà d’un certain âge quand même, d’une certaine expérience. »

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

« Tu veux dire que c’est vraiment juger l’esthétisme de la photo, et pas forcément le message et ce que ça implique ? »

Maral DUGHATI, World Press Photo:

« Alors, la 1ère partie, c’est uniquement esthétique. Les images sont anonymes, il n’y a pas de légende. Ensuite, quand les jurys spécialistes de chaque catégorie font leurs choix, ils font un choix. Et ce choix-là, éventuellement, sera ensuite jugé par un autre jury: le jury général. Ce jury général, qui était cette année présidé par une femme, Magdalena HERRERA, directrice artistique de GEO (magazine mensuel de photo et voyage), elle est franco-cubaine. C’est eux qui sont restés quelques semaines à Amsterdam à regarder les images, à les re-regarder, à lire les légendes, et vraiment entrer dans le sujet. Essayer d’estimer. Le fait que les photos étaient déjà dans la présélection parce que c’était des images qui tenaient la route par l’esthétique, par la composition et par le cadrage.

Ensuite, ça se joue vraiment sur + d’informations. Pas le nom du photographe, ça ça reste anonyme, ils ne connaissent pas le photographe. Mais sur l’information, l’histoire et l’importance dans l’année que c’est. »

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

« Si il n’y a pas de légende au départ, pendant la 1ère sélection, comment ils peuvent savoir? Parce que certaines images, par exemple celle avec les téléphones justement en l’air. Les gens ne peuvent pas forcément comprendre de quoi ça parle. Je veux dire, ce n’est pas jugé sur le fait que ce soit une image d’actualité ? »

Maral DUGHATI, World Press Photo:

« Pas uniquement l’actualité, parce que il y a aussi parmi le jury, souvent des photographes artistes. Ou des commissaires d’exposition, ou d’autres personnes qui travaillent dans la photo. Il faut aussi savoir qu’il y a une présélection. Les images sont vraiment choisies pour leur esthétique. Ensuite, les images passent par des spécialistes, appelés les « facts checkers », qui vont vérifier les images pour être sûr que ce sont de vraies images, pas truquées. Qui vont vérifier les légendes, l’événement. Donc un vrai travail journalistique pour vraiment comprendre l’information. Et ensuite c’est le jury général qui décide quelles sont les images à primer, celles qui symbolisent un peu l’état du monde dans lequel on vit. »

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

« Justement, c’est quand même intéressant ce que tu dis sur le côté esthétique. Est-ce qu’un photojournaliste pourrait être primé dans World Press peut-être + généralement, pour l’expérience aussi. Pour être publié dans la presse, et vu de la presse. Est-ce qu’il faut qu’il y ait cette composante forte esthétique/artistique ? Ou est-ce que le photojournalisme se suffit à lui-même? »

Maral DUGHATI, World Press Photo:

« Il y a un peu de tout. Il y a certains photographes qui sont de vrais photographes, de vrais artistes, dans le sens où ils peuvent trouver vraiment le meilleur cadrage pour raconter l’histoire. Et qui tient la route dans le sens de l’image: on peut voir tout ce qui se passe dans une seule image. Et ça c’est souvent les photographes des agences filières: Agence France-Presse, AFP. Eux ils savent se rendre sur le terrain. Et très vite, cadrer l’information, l’événement, dans une seule image qui peut après faire le tour du monde et être compris par beaucoup + de personnes. Ça, c’est leur point fort. Mais ce n’est pas uniquement ça. Il y a d’autres photographes qui sont de « moins bons photographes », esthétiquement parlant, mais qui de vrais raconteurs d’histoires. Donc ils vont aller + loin, ils vont aller chercher l’histoire pour essayer de mieux relayer une information ou l’actualité, qui est peu connue ou peu visible chez nous. »

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

« C’est étonnant, j’aurais dit l’inverse en fait moi! Que c’est + les agenciers, les photographes des agences filières qui sont peut-être moins artistes que les indépendants, qui vont peut-être être + sur les sujets « magazine » ? »

Maral DUGHATI, World Press Photo:

« Hmmm ça dépend. Alors il y a 2 choses. Le sujet magazine, c’est + quand on peut raconter une histoire avec une narrative, avec certaines images. Là, ce n’est plus uniquement le travail du photographe. Là c’est aussi un vrai travail de « photo editor ». Parce que là il faut sculpter. Le photographe fait énormément d’images et il/elle va se poser avec un « photo editor ». Ils vont faire une sélection d’images pour évoquer l’information, l’émotion, le mouvement, et tout ce qui va avec. Il y a une vraie différence entre le magazine et l’image unique, « the single image ».

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

« D’accord! Du coup un photographe de presse va avoir ses chances au World Press, qui est quand même une solide formation. Les ouvertures, les références architecturales, etc… Ce n’est pas en sortant du l’école de journalisme que l’on peut avoir ce niveau-là. »

Maral DUGHATI, World Press Photo:

« Encore une fois, c’est une vraie science. C’est un vrai équilibre entre l’esthétique, l’information, et l’émotion. Parce qu’aujourd’hui, il faut que l’image puisse dépasser la tonne d’images que l’on voit au quotidien. Et ça c’est souvent une émotion, une réaction quand on voit une image. Ça c’est le côté émotion. Ce n’est pas que ça qui compte. »

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

« Dans toutes les statistiques que tu as montrées ce soir, je n’ai pas vu la part d’agenciers et de non-agenciers. »

Maral DUGHATI, World Press Photo:

« Ces données sont publiées annuellement et accessibles par tous en ligne. Il y a quelques années, les statistiques étaient ainsi : 45% des photographes sont en indépendant. J’avoue que quand on regarde, souvent, les images primées, sont ceux des photographes peut-être indépendants certes. Mais qui sont en reportage pour un client, une publication comme Adam FERGUSON, qui travaillait pour le New York Times avec sa photo des filles de Boko Haram. Mais c’est souvent le cas, que les bons photographes ne vont jamais travailler seuls. Je pense que c’est depuis le Printemps Arabe ou encore l’Hiver islamiste selon comment on veut nommer ça. Il y avait beaucoup + d’indépendants. Parce que tout était beaucoup + accessible, les lignes de front, en faire des photos. Mais la problématique avec ça c’est qu’il y avait moins de vérification des faits. Donc les jeunes photographes ne travaillaient pas en équipe. Ce qui n’est jamais le cas en tant que vrai photographe ou journaliste, on travaille toujours en équipe: avec un journaliste, avec un « photo editor », il y a toujours une équipe qui se fait. Et c’est là où l’on voit le vrai impact du fait qu’en équipe, on fait de meilleures photos. Et on rend mieux en photo le sujet, aussi. »

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

«Ça d’accord, mais il y a des réalités économiques qui font que ce n’est pas forcément possible. Et il y a une polémique qui revient tous les ans sur le fait de montrer des images de guerre, de primer surtout des images de guerre, ça crée une émulation aussi des jeunes photographes qui se lancent dans le métier, qui partent à la guerre sans préparation, sans expérience. Et du coup certains seront tués. C’est quoi la rôle de World Press dans ça? »

Maral DUGHATI, World Press Photo:

« Notre position, c’est de mieux informer et si on peut, mieux former les photographes. Mais c’est aussi effectivement, pendant le Printemps Arabe qu’on a vu des jeunes sans aucune préparation, se retrouver en ligne de front. Pas juste mettre leur propre vie en danger, mais aussi celle des autres. Et il y en a qui ont perdu la vie à cause de blessures qui auraient pu être sauvées par un premier secours ou juste une formation de base de premiers secours. Il y a tout un tas de stages qui peuvent former les jeunes photographes pour être mieux armés quand ils vont faire ce genre de reportages. Mais il ne faut jamais prendre ce risque-là. Effectivement, les prix donnent parfois l’impression aux jeunes photographes qu’ils doivent faire le même genre de photos pour gagner le prix. Mais ils n’ont pas compris pourquoi c’est bien de gagner des prix. Ce n’est pas pour la gloire, ce n’est pas pour avoir un appareil photo. C’est pour avoir une visibilité et un soutien dans ce qu’ils font. Donc d’abord, il faut s’informer. D’abord il faut se préparer, choisir de bons reportages, et prendre des risques calculés. Et pas juste des risques qui vont mettre en danger la vie de pleins d’autres personnes, pas uniquement sa propre-vie. »

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

«Justement, le but pour un photographe, la vision qu’il a du prix, c’est la visibilité. Mais la visibilité, ce n’est pas un prix en soi. La visibilité, elle va apporter du travail. Il y a un photographe par exemple qui en est arrivé au point où il avait vendu son appareil photo pour payer ses factures de gaz. Donc c’est quand même une réalité qui fait que le photographe qui voit ça, il se dit « peut-être qu’il faut que je fasse ça pour qu’à la limite, moi aussi je puisse gagner de l’argent. Et gagner aussi des commandes derrière. »

Maral DUGHATI, World Press Photo:

« Oui mais j’ai aussi montré la vidéo de Georges Padley qui travaille pour The Intercept, et il n’est même pas photographe! On a tellement d’outils, d’informations à portée de main sur internet qu’on pourrait raconter des histoires sans prendre de risques. Si on s’informe un peu +, alors on peut mieux faire notre travail. Si il n’y a pas une recherche de base qui est faite, c’est dommage. Ce n’est pas juste aller sur une ligne de font et risquer sa vie pour une photo de choc, qui fait gagner des prix. Si on regarde les gens qui ont gagné des prix, ce ne sont pas des jeunes qui ont juste pris un risque pour aller sur les lignes de front, non. C’était quand même des risques calculés. »

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

«D’accord. Et est-ce que dans les formations, les master class, ou workshops organisés par World Press Photo, il y en a qui touchent justement aux zones de guerre? Pour former des gens qui pourraient partir entre guillemets? »

Maral DUGHATI, World Press Photo:

« Alors nous, les seules formations qu’on offre, ce sont des workshops ou master class, gratuits. Donc c’est vraiment sur les sujets où il y a un vrai besoin d’éducation. On ne fait pas de master class ou workshops payants. Avec une seule exception pour l’instant. Et ça a un but. Le but, c’est de formaliser le métier de photographe. D’avoir une meilleure structure économique, des protections légales sur les copyrights, sur les droits, etc… Mais nous, on ne fait pas de formations pour aller en zone de guerre, non. Ce n’est pas notre but et ce n’est pas notre responsabilité. On essaye juste d’informer au mieux les photographes. Surtout pour soutenir les talents, pour encourager la diversité géographique et la parité des genres. »

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

«Justement, il y a de + en + de femmes, qui proposaient des images. Mais pourquoi il n’y en a pas + à ton avis? »

Maral DUGHATI, World Press Photo:

« C’est complexe. Souvent, on voit 50/50 dans les statistiques quand on est en cours ou dans un master class, il y a autant de femmes que d’hommes. Je ne peux pas généraliser pour toutes les femmes, mais je pense que d’un côté, ce sont les conditions de travail. Le fait qu’économiquement ce soit compliqué. Ce sont les risques aussi. C’est un métier avec beaucoup d’hommes et pour le moment, les « photo editors » ne prennent peut-être pas assez de risques en embauchant des femmes à la place des hommes. Surtout pour aller en zone de guerre, etc… Il y a bien sûr des femmes incroyables, qui font un boulot vraiment incroyable et ce depuis le début du photojournalisme, je dois le dire. Mais je pense que pour le moment, c’est comme ça. Les femmes ont tendance à plutôt traiter des sujets un peu + émotifs, un peu différents, c’est le style d’images qui est en ce moment préféré par la presse. »

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

« D’accord. Il y a vraiment une différence sur l’envoi des photographes, mais pas forcément sur le choix des photos, si ? Tu penses que les éditeurs font la différence entre une photo faite par une femme, et une photo faite par un homme ? »

Maral DUGHATI, World Press Photo:

« Non, jamais! Ce n’est pas possible. Des fois oui parce qu’une femme aura un accès spécial. Comme par exemple Alexandra BOULAT. C’était une femme et photographe hyper talentueuse, et très féminine. Et elle, étant une femme, envoyée au Moyen-Orient elle a eu accès à des sujets que les hommes ne pouvaient pas. Et ça c’était vraiment quelque chose d’extraordinaire qui a vraiment encouragé et inspiré les femmes à ce moment-là. Mais sinon, il n’y a pas vraiment de différences entre un homme et une femme. Finalement, ce sont les images qui comptent, et la manière dont le sujet est traité. »

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

« Avant d’être au World Press, tu faisais quoi ? »

Maral DUGHATI, World Press Photo:

« Photo editor. »

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

« Dans quel contexte? »

Maral DUGHATI, World Press Photo:

« J’étais à l’Agence France Presse pendant très longtemps. C’était une très belle expérience, parce que justement c’est là où on apprend et comprend à quel point il y a un impact des images. On est au cœur de la réalité, donc en tant que « photo editor », on est en train de regarder les images de photographes, de les sélectionner, mettre des légendes et de les contextualiser finalement. Parce qu’ils nous envoient des images brutes et nous, on vérifie les faits et on les envoie aux clients qu’on pense intéressés par cette information. En même temps, on doit garder l’œil sur l’actualité et savoir si il y a une information qui tombe et qui est importante. Ecouter tout se qui se passe à la radio, et à la télévision en même temps. Etre sûr du lieu où tous nos photographes sont, assurer leur sécurité. Et c’est un travail magique avec plein d’adrénaline parce qu’on est vraiment au cœur des choses qui se passent.

Et après, j’ai décidé de travailler + avec les clients, donc que sur les exclusives. Parce qu’après un moment, les médias, la presse, c’est vraiment une chaîne, c’est une usine, ça tourne, ça tourne. Un jour on travaille sur tel sujet dans tel pays, le lendemain on fait complètement autre chose qui n’a rien à avoir, et ainsi de suite.

Et je me disais qu’en prenant un peu de recul et travaillant sur des exclusives, ce que j’ai fait, c’était en lien avec nos clients. Les clients de l’AFP qui sont soit « corporates » ou institutionnels comme l’Union Européenne ou les Nations unies. Mais aussi éditorial, comme Le Monde et tous les autres magazines. Et on travaillait en exclusivité pour eux donc on avait du temps de recherche, un budget. C’est vraiment le poste magique et rêvé pour un « photo editor ».

J’ai décidé d’arrêter pour être en freelance. J’ai travaillé avec les photographes avec qui je voulais travailler, comme Stanley GREENE. Donc je me plongeais dans leurs archives, ou je faisais le travail d’écriture et recherche avant qu’ils partent sur le terrain afin de mieux les guider, pour mieux couvrir l’histoire. Mais aussi au retour, comment faire pour mieux distribuer leurs images. Les images aujourd’hui, on ne peut pas juste les publier dans la presse. Parce que dans la presse, on va vendre 1, 2, voir 3 clichés alors qu’il y a une histoire qui s’est passée pendant 6 mois. Donc il y a vraiment des choses à raconter. Comment faire. Alors là, on réfléchit à des expositions, ou des publications de livres, ou des collaborations avec un artiste ou des musiciens afin de vraiment mieux expliquer l’histoire que le photographe essayait de raconter. »

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

« Et de ton expérience, quel conseil tu donnerais à un photographe qui se lance ou qui galère?  Pas forcément sur le côté esthétisme de son travail, mais + sur le côté diffusion de celui-ci. »

Maral DUGHATI, World Press Photo:

« J’ai beaucoup de choses à dire là-dessus. Parce que je trouve que le photographe d’aujourd’hui ne fait pas assez de recherches. Donc recherches à fond: il faut devenir spécialiste du sujet avant de partir sur le terrain. Parce c’est là où l’on se rend compte vraiment c’est quoi l’image qu’on recherche. Qu’est-ce qu’on veut faire avec le sujet, comment on peut le raconter.

Oui, le sujet a été fait 15 000 fois. Ce n’est pas grave, tant mieux ! Il faut étudier les cas d’avant et savoir qu’est-ce qu’on peut rajouter comme autre perspective à ce sujet, à ce phénomène, à cette histoire.

Deuxièmement: s’instruire, se construire. Avoir une vision et baser cette vision dans un historique.

Wim WENDERS et Jim JARMUSCH ne sont pas devenus cinéastes, réalisateurs de films sans regarder l’histoire de la photo. Raymond DEPARDON n’est pas devenu photographe sans regarder des films de JARMUSCH ou de WENDERS.

Tout est lié et on doit vraiment trouver notre inspiration et créer notre propre éducation à partir de tout ce qui est dans le monde dans lequel on vit. Tout est lié quelque part. Tout ce langage universel est devenu universel par les images, par les histoires qui étaient racontées avant.

Aujourd’hui, il faut aller au delà. Ce n’est pas juste en faisant des images, c’est aussi le fait qu’il faille parler à des scientifiques, à des académiciens, ou des gens qui n’ont rien à avoir avec le métier mais qui sont spécialistes dans le sujet que l’on veut couvrir. Parce que c’est dans la collaboration aujourd’hui qu’il y a un travail. Et c’est là la différence ! Travailler seul, c’est compliqué. On s’ennuie et c’est dangereux finalement. Il faut toujours garder un esprit ouvert, aller vers l’inconnu. Donc si on veut travailler sur un sujet de manière approfondie, aller trouver le meilleur spécialiste qui travaille sur ce sujet-là. Ou  encore mieux: trouver un écrivain pour échanger avec lui. »

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

« Tu dirais qu’aujourd’hui, un photographe pro peut bien former? C’est à dire y a t-il assez d’offres pour lui, assez de moyens pour se former, se construire ? »

Maral DUGHATI, World Press Photo:

« Bien sûr: l’internet! Pour commencer, l’internet. Et puis on peut avoir accès à tout le monde sur internet. On a une question, on peut la poser à un grand photographe ou quelqu’un qu’on admire: faites-le! Osez les contacter! Il y a énormément de photographes aujourd’hui, parmi les plus anciens. Ce sont des mentors ces gens-là, ils devraient être contactés par les jeunes. Les jeunes doivent apprendre d’eux, il suffit qu’ils fassent un pas vers eux. Ils sont accessibles, tout le monde est accessible aujourd’hui. »

– FIN de l’interview –

Cet épisode du podcast est maintenant terminé! Si ce dernier vous a plu, et que vous voulez le soutenir, il vous suffit de vous abonner sur iTunes et de laisser une note de 5 étoiles, ainsi qu’un commentaire. Cela ne vous prendra qu’une minute, et aidera grandement au référencement du podcast.

Enfin, un dernier mot pour vous dire que si vous souhaitez avoir plus d’informations et de conseils pour faire grandir votre activité de photographe professionnel, vous pouvez vous abonner gratuitement à ma newsletter du lundi, dans laquelle je partage chaque semaine des conseils très utiles. Le lien est en description de cet épisode.

Je vous donne rendez-vous dans le prochain podcast du Photographe Pro 2.0. 

À bientôt!

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Je m'appelle Fred et je suis reporter-photographe professionnel. En plus de mon…

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