Mission : Photographes de la Défense

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Dans le milieu du photojournalisme, on parle beaucoup des reporters de guerre comme Patrick Chauvel (auteur de l’excellent “Rapporteur de Guerre”), mais finalement assez peu des photographes militaires, qui accompagnent les soldats au combat.

On les appelle les “photographes de la défense”.

Zoom sur les photographes de la défense

Transcription de la vidéo :

Jean-Raphaël : Ces gens qui vont faire les images, ils vont partir sur le terrain avec les militaires, avec un gilet pare-balles, un sac, une arme. Ils auront déjà 40 kg sur le dos et ils vont se rajouter 2 boitiers, des batteries, le flash, et il va falloir qu’il fasse tout ça en même temps avec tout le risque que ça peut prendre.

Aujourd’hui nos photographes partent en opération, sur tous les théâtres, suivre les troupes. Et comme n’importe quel journaliste photographe civil, mais cette notion de risque il faut vraiment qu’elle soit perçue puisque ça peut arriver.

photographe de la défense

Zoom sur…
Les photographes de la défense

Le métier de reporter de guerre fait rêver de nombreux photographes. Partir à l’aventure, prendre des risques et ramener des photos incroyables, telles sont les missions de ces passionnés.
Le cinéma et la littérature font de ces derniers de véritables héros.
Dans cette vidéo nous allons partir à la rencontre d’une autre profession tout aussi intéressante, celle de photographe de la défense.
Ces soldats de l’image suivent au plus près les militaires dans leurs missions, que ce soit en France ou dans les pays en guerre avec comme mission de communiquer et de documenter.

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Jean-Raphaël : Je m’appelle Jean-Raphaël, j’ai 46 ans, je suis aujourd’hui journaliste reporter d’images pour Terre Information Magazine, qui est le magazine de l’Armée de Terre.
Donc je travaille au sein du service d’informations et de relations publiques de l’Armée de Terre (Sirpat).

Arnaud : Je m’appelle Arnaud Roiné, je suis photographe aux armées depuis maintenant pratiquement 20 ans. Je suis actuellement photographe à l’établissement de communication et de production du visuel de la défense, l’ECPAD.
C’est l’héritier d’une longue tradition au sein de la défense.

Anthony : Je suis le Chef Anthony, j’ai 35 ans, 15 ans de services dans l’armée. Je suis photographe au sein de la DICOD. Donc la DICOD c’est la délégation, l’information, la communication de la défense. Les photos que je fais servent essentiellement pour un magazine qui s’appelle « Armées d’aujourd’hui ».
C’est un magazine qui regroupe toutes les photos et les articles des journalistes de la défense.

Riposte aux tirs d’insurgés par les soldat de la S4 1ère Cie 126e RI de la Task Force Bison au cours de l’opération “Spear Tackle 2” en vallée de Kapisa / ADC Jean-Raphaël / Armée de Terre

Tu es photographe ou soldat ?

Jean-Raphaël : Je suis soldat, et ma spécialité c’est journaliste.

Arnaud : Je suis photographe, avec la particularité que je dois aussi porter les armes. Donc c’est le côté soldat de mon métier, jusqu’à parfois devoir l’utiliser.
Ça m’est arrivé en Afghanistan. Je ne suis pas un grand fan d’armes. Ça il n’y a pas de doute. Je ne suis pas un grand passionné de l’arme, mais c’est la contrainte du métier maintenant pour les opérateurs de la défense.

Jean-Raphaël :  Nous en opérations extérieures on a une arme, mais notre job c’est bien de faire des photos.
Et il faut, tout en faisant nos images, faire constamment attention à notre environnement, pour plusieurs raisons.
Bien évidemment il y a le risque personnel, de ne pas, en tout cas si ça tire autour de nous, de pouvoir se protéger. Mais parce qu’aussi parce que le groupe qui est autour de nous ne doit pas tout d’un coup être attentif au photographe en se demandant où il est.
Parce qu’il est hors de question que je fasse prendre des risques en fait aux militaires qui sont autour de moi parce que je fais des photos.
Donc il faut faire attention à la situation, que je fasse attention aux gens qui sont autour de moi pour ne pas les mettre dans une situation compliquée et qu’ils n’aient pas à me gérer. Et en même temps il faut que je fasse mes images.
Parce que moi je suis bien là pour rapporter ce que font les militaires. Il faut arriver à mixer tout ça. C’est des fois un peu compliqué mais on y arrive.

Anthony : Auparavant je n’étais pas photographe. Je travaillais dans un régiment d’artillerie parachutiste. Donc ça n’avait rien à voir.
J’avais un poste de technicien, et passionné de photos.
On va dire que j’ai eu de la chance. J’ai rencontré des bonnes personnes. Et en montrant mon travail et en essayant de se faire connaitre un petit peu je me suis fait aspirer dans le service.

Opération Bison Scrum dans le Sud Tagab. Chef de groupe de la S4 3e Cie 35e RI au moment d’un accrochage avec les insurgés / ADC Jean Raphaël / Armée de Terre

Pourquoi as-tu choisi ce métier ?

Anthony : La photo j’y suis rentré, en fait je m’y suis vraiment intéressé quand j’ai commencé à lire les bouquins de Chauvel. C’est fou mais j’ai lu ses bouquins et j’ai dit « Whoua putain le mec, voilà quoi… il envoie du gaz quoi. »
C’est sûr que quand il nous raconte ses anecdotes ça donne envie. Je pense que, tous les photographes, ça leur a donné envie.

patrick chauvel rapporteur de guerre

Arnaud : Je fais partie de cette génération qui a dû faire son service militaire. C’est ce métier qui m’a trouvé parce que j’ai fait une vraie rencontre avec le milieu militaire.
Je suis resté pour l’état d’esprit que j’y ai trouvé, pour cet esprit de cohésion, pour la vie en groupe, un peu pour tout ça. Et puis aussi parce que les missions que me racontaient mes anciens me faisaient plutôt rêver. On parlait d’Afrique. On parlait d’Ex-Yougoslavie. On parlait de tout ça.
Ça me faisait envie.

Jean-Raphaël : Ce qui finalement est passionnant dans ce travail, c’est qu’on photographie des mecs camouflés. Mais en fait les mecs camouflés font pleins de choses.
J’ai fait un jour un reportage sur un militaire qui est en équipe de France de magie. Voilà. Il était capitaine de l’équipe de France de magie. Il faisait apparaitre des bouteilles de soda dans un ballon et je devais faire les photos.
Et j’ai fait un cuisinier qui était en stage chez Ducas. On a été obligé de manger. C’était un peu casse-pieds.
Et à côté de ça on se retrouve sur le terrain dans des situations qui sont plus ou moins difficiles ou tendues, en opérations extérieures, comme j’ai fait à quelques reprises en Afghanistan ou au Mali qui, forcément, marquent.

Opération SERVAL au Mali.
Moment de repos dans un VBCI pour un tireur de précision FRF2 de la S4 de la 1re Cie du 92e RI / ADC Jean-Raphaël / Armée de Terre

Est-ce que le photographe de la défense est juste un communicant ?

Arnaud : On essaie de ne pas être des communicants à la captation mais bien des photographes. Voilà.
Je pense que ça c’est essentiel. Et ensuite on met cette matière première à la disposition des communicants de la défense qui les utilisent pour illustrer leurs propos.

Jean-Raphaël : Tous les photographes au sein de la défense, qu’ils soient dans l’Armée de Terre, dans la Marine, dans l’Armée de l’Air, l’ECPAD, la DICOD, on fait bien de la communication.
Donc nos images servent dans des cas très précis. Pour des publications magazines. Pour des campagnes d’affichages. Pour des plaquettes. Bref, il y a beaucoup de supports.

Anthony : Quand tu es photographe indépendant, tu fais ce que tu veux. C’est à toi de trouver ton sujet. C’est à toi d’essayer de le vendre.
Là ici c’est une com’ institutionnelle. C’est le deal. On va dire c’est le deal. Après quelque part elle est institutionnelle, mais elle sert aussi pour les archives. Donc on travaille aussi pour le futur.

Arnaud : Et puis ces images existent.
Ce n’est pas parce qu’elles ne sont pas montrées ou montrées un peu différemment qu’elles n’existent pas et qu’elles sont pas mises à disposition de la mémoire collective.
C’est l’avantage de l’ECPAD, c’est que toutes ces images-là sont mises à la disposition du public et donc elles peuvent servir à des historiens, des chercheurs, des étudiants, des journalistes, des documentaristes, pour pouvoir travailler dessus et se rendre compte de la vie quotidienne des soldats en opération.
C’est ce qui fait la richesse de l’établissement sur les images du début du siècle, de l’Algérie, de l’Indochine. Mais c’est ce qui fait aussi la richesse de notre production sur les théâtres d’opérations récents.

Anthony : On ne se rend pas compte au début.
C’est vrai qu’on fait des images. On ne perçoit pas encore le côté Archives.
Mais quand on regarde les images de 39-45, elles ont plus d’impact et d’importance qu’aujourd’hui. Même si avec les réseaux sociaux on a une certaine visibilité, je pense que plus tard ces images vont vraiment prendre de la valeur.

Une équipe GCP au repos dans un compound du village d’Adasaï au cours d’une opération de fouille et contrôle de zone en vallée d’Alasaï / ADC Jean-Raphaël / Armée de Terre

Arnaud : J’ai conscience que ce que je fais a de l’importance pour les années qui viennent et pour le regard que porteront les gens qui s’intéressent à cette situation-là. Pour le regard qu’ils porteront sur ce moment de l’histoire de la Défense. Et par extension, de l’histoire d’une partie de l’action de la France sur le territoire national quand on parle de sentinelles, mais aussi évidemment sur les théâtres extérieurs.
Je pense que oui c’est important du coup de rester le plus objectif possible dans notre travail, même si on ne documente qu’une partie de l’histoire, qui est la partie française.
C’est aussi ça qui nous différencie du travail d’un journaliste qui lui va forcément essayer d’aller voir ce qu’il se passe de l’autre côté aussi, pour essayer de comprendre la situation dans sa globalité.
Nous non. C’est vrai on est toujours du même côté de la ligne. Mais je pense qu’on a conscience de l’importance de ce travail oui.

Jean-Raphaël : Le but c’est bien d’appuyer la communication de l’armée pour laquelle on travaille, et moi en l’occurrence l’Armée de Terre.
Après, au bout de quelques temps, normalement une belle image de toute façon raconte forcément une histoire. Quelque soit le photographe, civil ou militaire, il construit son image et il met des choses dedans pour raconter une histoire.
Nous on raconte l’histoire des militaires et effectivement bien évidemment sous un angle positif. Ce n’est pas de la propagande dans le sens négatif du terme. Parce que ce qu’on montre c’est la réalité. On ne trafique pas les images. Mais on va montrer bien évidemment ce qui se fait de mieux sur le terrain, dans les unités, un petit peu partout en France et à l’étranger.

Anthony : Ouais, j’ai de la chance. Je pense que je n’arrêterais pas de le dire, mais j’ai vraiment de la chance. Il y a des gens qui font une carrière, qui font leurs trucs toute leur vie, dans une fonction. Je pensais que ça allait être mon cas.
Et en fait voilà, j’ai 15 ans de service. J’ai fait 11 ans en régiment à faire la spé, je ne regrette pas du tout. J’ai adoré. Ça m’a permis aussi de me forger un caractère.
Ma formation militaire c’est ce qui m’a aussi aidé en tant que photographe, à anticiper les choses. On connait le milieu. Ça c’est important aussi.

Opération SANGARIS en République centrafricaine. Le 27 janvier 2014, devant le camp “De Roux” à Bangui. L’infirmière de classe normale (ICN) Jessica Cabral du centre médical des armées (CMA) de Dax, intervient sur un jeune Centrafricain blessé à la gorge. ADC Jean-Raphaël / Armée de Terre

Jean-Raphaël : Pour être photographe militaire en fait, dans l’Armée de Terre, il ne faut pas oublier qu’on est militaire avant tout.
Donc le jeune qui veut devenir photographe va s’engager. Il va être dans un régiment. Il va vivre sa vie de militaire dans ses classes, dans ses opérations, en France, à l’étranger.
Petit à petit il va faire des images. Il va montrer qu’il sait faire des images, en tout cas qu’il a très envie de faire des images et il sera identifié en tant que tel déjà dans son unité, dans son régiment, et puis après par l’Armée de Terre.
Et il pourra postuler en fait pour venir chez nous.

Anthony : Il y a des codes. On va dire ça comme ça. Il y a des choses qu’il faut savoir. C’est varié. Il y a beaucoup de choses. Il y a du protocolaire comme il peut y avoir des exercices, comme on peut être en opération extérieure.
Donc c’est vraiment varié. Il y a beaucoup de choses. Il faut connaitre comment se déplace un groupe. Il faut avoir cette culture. Il faut avoir la culture militaire.

Crédits photos : ECPAD

Categories: Destination photo

Photojournaliste professionnel et passionné, auteur du blog Destination Reportage.

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