Olivier Föllmi : Être capable de gérer ses succès

Salut à tous, et bienvenue dans le Podcast Photographe Pro 2.0 !

Je m’appelle Fred, et dans ce podcast, je vais partager avec vous des conseils et des stratégies pour vous aider à vivre de la photo.

Dans ce nouveau format, on va parler webmarketing, techniques de vente, réseaux sociaux à travers des interviews de photographes professionnels reconnus, et d’experts dans différentes thématiques qui vont vous aider à faire grandir votre activité de photographe.

N’oubliez pas de vous abonner sur iTunes et de partager cet épisode autour de vous pour faire connaître ce podcast.

On le sait tous, la photographie est bien plus qu’un métier, c’est d’abord une passion.

Olivier Follmi est un photographe résolument passionné aussi bien par la photographie que par le voyage et les rencontres avec les gens.

Dans ce nouvel épisode du podcast, ce photographe de voyage reconnu nous parle de son parcours qui n’a pas toujours été sans encombre.

Avec sagesse, il rappelle que photographe est un métier qui n’est pas des plus faciles car le marché de la photo est fluctuant avec le temps et que parfois, il faut être capable de réduire son ambition pour retrouver sa liberté, être capable de s’arrêter et de ne pas forcément vouloir aller toujours plus loin.

Olivier est un modèle d’Humilité et nous rappelle l’importance de gérer ses succès et sa passion tout au long de sa carrière.

On parle aussi de concurrence et le fait que c’est un faux problème car au final, tout est une question de regards et donc de regards différents Il y a fort à parier que ce podcast va en motiver plus d’un car malgré sa longue progression, OIivier le rappelle, il ne faut jamais laisser tomber, on peut tous y arriver, il faut simplement être persévérant.

Je vous souhaite une bonne écoute !

 

 

Vous pouvez écouter et télécharger cet épisode du podcast sur iTunes en cliquant ici !

 

 

 

 

Si tu es photographe et que tu veux vivre de ta passion, ou que tu es déjà professionnel mais que tu veux de l’aide et des conseils pour mieux te vendre, mieux vendre tes photos ou tes services et t’offrir comme moi, le luxe de choisir tes clients, alors tu peux t’inscrire à cette nouvelle newsletter.

 

 

 

 




Transcription écrite de l’épisode :


Salut à tous et bienvenue dans Podcast Photographe Pro 2.0. Je m’appelle Fred et dans ce podcast, je vais partager avec vous des conseils et des stratégies pour vous aider à vivre de la photo. Dans ce nouveau format, on va parler webmarketing, techniques de vente, réseaux sociaux, à travers des interviews de photographes professionnels reconnus, mais aussi des experts dans différentes thématiques qui vont vous aider à faire grandir votre activité de photographe. N’oubliez pas de vous abonner sur iTunes et de partager cet épisode autour de vous pour faire connaitre ce podcast.

On le sait tous, la photographie est bien plus qu’un métier. C’est d’abord une passion. Olivier Föllmi est un photographe résolument passionné, aussi bien par la photographie que par le voyage et les rencontres avec les gens. Dans ce nouvel épisode du podcast, ce photographe de voyage reconnu nous parle de son parcours qui n’a pas toujours été sans encombre. Avec sagesse, il rappelle que photographe est un métier qui n’est pas des plus faciles, car le marché de la photo est fluctuant avec le temps. Et que parfois il faut être capable de réduire son ambition pour retrouver sa liberté. Être capable de s’arrêter et de ne pas forcément vouloir aller toujours plus loin. Olivier est un modèle d’humilité et nous rappelle l’importance de gérer ses succès et sa passion tout au long de sa carrière. On parle aussi de concurrence et le fait que c’est un faux problème, car au final, tout est question de regard, et donc de regard différent. Il y a forte à parier que ce podcast va en motiver plus d’un, car malgré sa longue progression, Oliver le rappelle, il ne faut jamais laisser tomber, car on peut tous y arriver. Il faut simplement être persévérant. Je vous souhaite une bonne écoute.

O : Je suis photographe de métier depuis 40 ans. Et j’ai commencé à vivre de la photographie à 30 ans. J’ai aspiré des photographes à 20 ans. Et j’ai commencé à en vivre à l’âge de 30 ans. Il m’a fallu bien 10 ans pour arriver à vivre de ça. Je suis photographe humaniste, c’est-à-dire que je voyage à travers le monde et j’ai un regard qui s’intéresse aux gens. Ce sont les gens, les hommes, qui m’intéressent.

F : Tu travailles pour qui ?

O : Je travaille pour moi. Je n’ai pas de commanditaire. J’ai toujours été indépendant. Parce que j’aime partir pour un projet qui me parle, qui me passionne. Et après ce projet, je réfléchis à qui le vendre, et quoi en faire. Je ne veux pas partir sans avoir vécu quelque chose de fort en me disant que je vais réaliser quelque chose et avant d’avoir vécu quelque chose de fort. Je vis ensuite je regarde ce que j’en fais. Donc je ne veux pas de commandant. Je prends mes risques. Je veux vivre mon voyage parce que ce qui m’intéresse dans mon travail photographique, ce n’est pas le résultat. C’est le vécu. C’est l’expérience qui m’intéresse. Donc je veux vivre cela, et ensuite j’en ferai quelque chose, s’il y a quelque chose de profond à partager.

F : Comment tu exportes tout ça ? Comment tu le montres quand tu partages ce travail-là ?

O : Ça dépend des années. Il y a près de 40 ans de photographie. Et la photographie a évolué en 40 ans. Au début j’ai vendu beaucoup aux magazines. Je travaillais beaucoup avec la presse. Maintenant je ne travaille pratiquement plus avec la presse. C’est un monde qui a changé dans sa manière de travailler avec les photographes. J’ai vécu beaucoup aussi avec l’édition de livre. Et maintenant c’est surtout le monde de la galerie qui me fait vivre, la vente de tirage. Et les conférences. Si tu veux, photographe c’est un métier où tu dois savoir mettre tes œufs dans plusieurs paniers. Tu ne peux pas dire « Je ne veux travailler que pour la presse. » Tous ces marchés sont fluctuants avec les années. Et on a tous une époque de gloire, on a tous aussi une période de creux. C’est un métier d’artiste. Donc il faut savoir rebondir, il faut savoir investir ailleurs quand on a de la chance de gagner de l’argent. Placer son argent où on peut pour que le jour où on mange des carottes et bien on puisse retomber financièrement d’une autre manière. Photographe c’est débrouilleur. On doit être débrouille sur le terrain, on doit être débrouille dans ce métier ici aussi. Pour moi c’est ça. Donc j’ai mis mes œufs dans plusieurs paniers : la presse, les galeries, l’édition, les conférences, l’écriture aussi. Et suivant les périodes, il y avait tel partenaire qui allait moins bien marcher, un autre remonté, voilà, j’ai réussi à jongler dans mon métier de photographe avec différents partenaires dans différents milieux. La seule chose qui m’intéresse dans mon métier avec le fait de produire des choses de par mon métier de photographe, la seule chose qui m’intéresse c’est acheter ma liberté, c’est tout. À partir du moment où je peux acheter cette liberté, j’estime que je peux réaliser mon métier. Je suis heureux.

F : …

O : C’est le seul qui m’intéresse puisque je ne suis pas devenu photographe pour être reconnu, pour être riche. Bien sûr que je suis très heureux que mon travail soit reconnu, que j’ai pu bâtir une vie de famille grâce à mon métier et d’avoir tracé une vie normale grâce à ce métier et surtout voyager. Surtout je suis devenu photographe parce que j’avais envie de partager les choses que j’aimais. C’est le vécu qui m’intéresse dans mon travail. Et ensuite le partage.

F : Est-ce que tu te considérerais comme un photographe entrepreneur ?

O : « Est-ce que je me considère comme un photographe entrepreneur ? » Oui bien sûr. Mais un photographe est d’emblée entrepreneur. On doit avoir cette ambition d’entreprendre, de prendre des décisions, de prendre des risques. C’est un métier d’entrepreneur bien sûr.

F : C’est quoi ta vision… comme tu l’as dit du métier qui fluctue, qui évolue ? Comment tu appréhendes tout ce qui est réseaux sociaux ? Tu le mets complètement de côté ou est-ce que tu embrasses complètement ce qui suivra ?

O : Moi je m’estime un photographe de la génération passée. J’ai 60 ans. Ma vie, ma carrière photographique elle est derrière moi, elle n’est pas devant moi. Donc je suis un photographe de la période de l’argentique, avant tout. Mon regard, même si je suis passé au numérique, mon regard reste celui d’un photographe argentique. Je ne vais pas forcément mitrailler pour ensuite trier sur l’ordinateur, et retravailler mes images derrière. Je ne retravaille jamais mes images. Je travaille comme si je photographie avec des diapositives. C’est-à-dire que, tu prends ta photo, elle est bonne, si elle n’est pas bonne tu la jettes. Voilà. Ça reste ma démarche. Je me considère comme un photographe de l’époque argentique. Donc un vieux photographe. Donc la question des réseaux sociaux me dépasse bien sûr. Je ne suis pas dans cette dynamique-là. Parce que je n’ai pas la connaissance suffisante ni la fibre pour cela. Je n’ai pas cette manière de communiquer. Un portable m’horrifie, je ne réponds jamais au téléphone. MA messagerie je ne la consulte jamais. Je ne fonctionne que par SMS. Je ne suis pas dans la mouvance d’un jeune de 20 ans. Tout simplement parce que je n’ai pas 20 ans. J’ai d’autres manières de fonctionner. Par contre, les réseaux sociaux m’intéressent bien sûr. Parce que c’est un moyen de communication qui est fantastique, mais je le délègue. Je délègue ce travail à mon assistante qui est donc plus jeune, plus alerte.

F : Tu n’as qu’une assistante ?

O : Actuellement oui, je n’ai qu’une assistante. Elle est à plein temps. Et j’ai eu une époque où on travaillait avec mon ex-épouse Danielle, sur un projet qui était important, « les sagesses de l’humanité où pendant 7,8 ans on a travaillé, toutes les années on faisait des livres qui marchaient bien. À l’époque on avait 7 employés. 7 personnes qui travaillaient autour de nous dans la structure. J’ai réduit la voilure. Tout simplement parce que j’ai réduit mon ambition. Tout simplement pour sauvegarder ma liberté. En tant que photographe, avoir une équipe photo de soi de 7 ou 8 personnes, en plus j’avais mes assistants sur le terrain, donc on va dire qu’on employait au moins 10 personnes. Ça nécessite d’être tout le temps sur le pont. Il faut être capitaine d’une équipe. Et moi, je suis un contemplatif. Mon métier, c’est être artiste. Ce n’est pas être gestionnaire d’équipe. Et à un moment donné, ça ne me convenait plus. J’ai préféré réduire mon ambition pour retrouver ma liberté. Donc je travaillais avec une seule assistante.

F : Au final, tu ne faisais même plus ton travail de photographe, tu es manager !

O : On est manager, oui bien sûr. Alors c’est passionnant, j’ai adoré vivre ça. En 40 et 50 ans, j’ai trouvé fantastique de pouvoir vivre cela. J’avais les moyens de vivre mes rêves, les projets, je voulais aller là avec trente-deux assistants, chauffeuses, et interprètes. C’est extrêmement dynamique, dès que j’avais une idée en tête, une envie de créer une image qui venait dans ma tête, j’avais les moyens d’aller la réaliser avec une équipe. C’était extraordinaire de vivre cela. C’était l’apothéose de ce que je pouvais rêver en tant que photographe. Mais après, une fois que j’ai pu avoir vivre ce rêve, l’idée c’est de savoir s’arrêter aussi. Ce n’est pas de toujours aller plus loin. Aller plus loin ça veut dire qu’il y a besoin de reconnaissance. Ça ne m’intéresse pas. Je n’ai jamais été photographe pour être reconnu. Je suis très heureux de l’être comme je l’ai dit tout à l’heure. Mais mon seul but, c’est d’aller, grâce à la photographie, vers les hommes. Et pour cela, il faut avoir une humilité. Quand tu arrives dans un village, si tu arrives avec une équipe de 10 personnes, avec des caméras et tout ça, je suis en porte-à-faux avec mon ambition. Je suis en porte-à-faux avec moi-même. Ce n’est pas mon ambition première. Moi, ce que je veux c’est arriver avec un petit boitier dans mon sac, tranquille, auprès des gens, avec l’humilité, pour rencontrer les gens. Ce sont les êtres qui m’intéressent. C’est photographier l’âme des gens qui m’intéresse. Et pour rencontrer l’intérieur de l’être, il faut se donner les moyens de communiquer. Et les moyens de communiquer, c’est prendre du temps et avoir l’humilité. Arriver en position… le profil bas, si tu veux. Quand t’es dans un village, personne ne connait Föllmi. Mon nom ne veut rien dire. Ma renommée ne veut rien dire. Je ne suis rien. Je suis juste en position d’attente, qu’on me reçoive, qu’on m’ouvre les portes. Donc je dois avoir le profil bas. Et j’aime cette attitude puisqu’elle me permet de me relier à moi-même déjà, d’être sincère avec les autres. Et puis d’aller directement à l’âme de l’autre, de communiquer d’être à être. Et une fois que j’ai cette communication, une fois que j’ai cette communion d’esprits avec les gens dans un village du monde, et bien, je peux photographier. C’est là où la photographie m’intéresse pour capter la beauté de cette rencontre et la transmettre.

F : Tu dis que tu n’as pas fait ça pour l’argent, pour le nom, etc., mais tu t’es fait un nom. Est-ce que tu penses qu’aujourd’hui, c’est obligatoire ? Est-ce que c’est un passage obligatoire pour se faire un nom ? Est-ce que ça a du sens pour toi ? … il faut être photographe pour un magazine… Est-ce que ça a du sens pour toi ça ?

O : Il est évident qu’avoir un nom, être plus riche, ça aide. C’est évident. Pour frapper aux portes des magazines, des éditeurs, si on n’a pas de nom, c’est difficile. Mais en même temps, un nom, ça se construit. À 20 ans je n’avais pas de nom. J’ai galéré comme tout le monde pour qu’on m’ouvre les portes, pour rencontrer les gens. Et c’est la passion qui m’a sauvé parce que bien des fois j’avais envie de laisser tomber ce métier, c’était trop dur, je me disais j’y arriverai jamais. Je manquais de confiance en moi aussi. Et je manquais de travail, d’expériences, c’est sûr. Donc c’est un métier difficile parce qu’il faut, je pense, au moins 10 ans pour arriver à vivre de la photo. Et je ne dis pas de bien vivre, mais juste vivre. Ensuit il faut peut-être au moins 10 ans pour arriver à construire des projets qui permettent de bâtir une famille, de construire sa vie. C’est un métier d’artiste. Il n’a aucune garantie. Et on ne tient le coup que si on est passionné. Parce que la passion nous permet de ne pas baisser le bras quand ça ne va pas quand on est dans les échecs. Et cette passion nous permet aussi de limiter nos succès. De les relativiser ces succès. Parce qu’après un succès, il y a forcément une décrue. C’est la vie. C’est la vie d’artiste. Et il faut savoir la gérer. Il faut savoir gérer son succès. Ne pas trop se gonfler la cheville. Et en même temps savoir gérer la décrue. Et conserver cette passion, remonter pour repartir dans d’autres projets. Il ne faut pas à chercher à réussir dans ce métier. Il faut chercher à vivre. Vivre ce qu’on est en soi.

F : Gérer le cycle ? Gérer la notion de cycle c’est d’arriver à ne pas avoir trop d’attente de votre équipe ?

O : C’est déjà rester, garder sa passion en soi. Tout d’un coup ne pas changer de personnalité, changer de regard. Conserver la même attitude par rapport aux autres. Ce n’est pas parce que tout d’un coup on sort un livre, ou on a édité, on a une supposition que tout d’un coup on regarde les gens de haut. Ce n’est pas ça le but. Dons si tout d’un coup on change sa personnalité ou sa manière de fonctionner c’est que quelque part on était faux dans son travail. Tu dois rester le même. Tout comme tout d’un coup ton travail il ne marche plus, faut pas chercher à maudire la société, puis les auditeurs et le monde de la photographie, non. Tu continues ton chemin, tu avances, tu traces, tu pars en voyage, tu y crois. Tu bouffes la vache enragée, ce n’est pas grave. Tu y vas quand même. Ce n’est pas ça. Le but n’est pas de bien vivre ou d’aller dans un 3 étoiles. Ce n’est pas ça le but. Le but c’est de gagner sa liberté pour repartir. Mais c’est vrai dans le monde entier, dans toutes les professions. La défaite se gère et le succès se gère. Pour continuer à rester linéaire pour grandir de plus en plus. Mais grandir pas dans le but de réussir, réussir à aller au bout de ses projets bien sûr. Mais ce n’est pas forcément en termes de succès. Le succès n’est pas une réussite. Pour moi la réussite, c’est d’arriver à continuer à faire ce qui t’anime en toi. Voyager, rencontrer des gens, ramener des images, partager, ces images. C’est ça la réussite à un niveau professionnel. Ensuite la réussite c’est aussi bâtir une famille, bâtir une maison, à devenir père. Construire cette vie ce n’est pas simplement être photographe. C’est être humain. Vivre cette vie d’humanité qui fait que bien voilà, tu avances dans tes étapes, d’enfance, d’adolescence, de vie d’adulte où tu agis, tu construis, et de vieillesse ou tu transmets, c’est ça la réussite. C’est arriver à bien mourir la réussite. Et pour bien mourir, il faut bien vivre (rires).

F : C’est super intéressant ce que tu dis. Sinon sur ce que tu disais, je suis entièrement d’accord avec toi quand tu dis que face à un échec, à un obstacle, on nous dit non. Tu vas maudire la personne en face en lui rejetant la faute. C’est à changer. Et c’est un gros problème dans la presse ! Moi, je vois tous les jours. Il y a des gens qui envoient des synopsis, qui envoient des histoires qui s’arrêtent là, qui prennent un stop et qui disent : « De toute façon, les journaux n’achètent plus ce genre d’histoire ». C’est fou, on est dans un pessimisme un peu ambiant. C’est quoi ton point de vue sur ça, toi ?

O : On est dans un pessimisme ambiant tout simplement parce qu’on cultive cet état d’esprit parce qu’on regarde trop nos médias tout simplement. On écoute trop les nouvelles télévisées et radiophoniques qui sont à parti pris de montrer ce qui ne va pas. Qui génère une ambiance négative. JE suis contre cela. Absolument contre. Donc on a tendance à dire : « Tout est foutu, tout ne va pas bien ». Simplement parce qu’on accepte cet état d’esprit. Je ne suis pas du tout d’accord. Déjà si t’es passionné, ce n’est pas une approche ou un regard qui t’intéresse. Moi ça ne m’intéresse pas d’être négatif. Puisque je n’ai pas de but quelque part. S’il faut partir à pied d’ici pour faire mes photos parce que j’ai plus les moyens ben je pars à pied, je continue. Où est le problème, je n’ai pas de raison d’être négatif. Et la société, c’est moi qui l’ai fait. Toi et moi, c’est nous tous. Donc si j’estime que tout va mal, c’est ma faute. Je n’ai qu’à me bouger. Et par rapport à la presse, il ne faut pas trop en attendre. Le monde évolue, il faut s’adapter. C’est évident que partir maintenant en Corée pour faire un reportage, vire dans un cadre de mon travail, pas de reportage de presse. Moi un photographe humaniste. Je pars en Corée faire un travail. Je passe un mois en Corée, je reviens. Je n’ai aucune chance de vendre ce reportage. Parce que les magazines ne travaillent plus de cette manière-là. Ils vont travailler avec internet, avec un photographe coréen qui fait du travail conséquent. Ils vont travailler avec plusieurs photographes. Donc moi, Franco-Suisse qui arrive avec un reportage sur la Corée, je ne vais pas arriver à le vendre ici. Ça ne marche plus comme ça. Avant, oui, parce qu’on voyageait beaucoup moins. Il y avait beaucoup moins de voyageurs qui partaient loin du monde qui ramenaient des images. C’était plus facile. C’était quand même difficile malgré tout, mais c’était quand même plus facile. Par contre, maintenant, la manière de fonctionner est différente. Si tu fais un travail, tu as internet, tu peux te permettre de proposer ce sujet non pas aux magazines de ton pays, mais au monde entier. Donc il faut être débrouille pour arriver à trouver les adresses email de tous ces rédacteurs en chef du monde entier. Ou faire un blog, ou de faire connaitre par internet, voilà de te faire reconnaitre. Tu n’as plus besoin d’aller frapper aux portes. Tu peux monter quelque chose par internet qui fasse que tu te fais remarquer. Et après il faut communiquer. C’est une autre manière de fonctionner. Et en plus en tant que photographe, je crois que c’est plus difficile évidemment d’aller photographier au fin fond du monde pour vendre son travail en tant que photographe étranger à la région. On a moins de chance de couvrir un évènement sur la Corée qu’un photographe coréen qui est sur place tout le temps. Donc quelque part, moi j’ai plus de chance en tant que Savoyard de photographier les Alpes et de vendre mon travail sur les Alpes au reste du monde. Parce que je suis sur place, je connais la météo, je connais les gens, je peux faire un trait beaucoup plus approfondi, et ça je peux le vendre en Corée ou au Japon ou aux États-Unis. J’ai plus de chance qu’un photographe coréen. Donc tu vois les données changent. Il faut s’adapter au milieu, à la manière de fonctionner, de la photographie et du marché. Mais de toutes les façons, être photographe c’est savoir s’adapter.

F : Est-ce que c’est aussi s’adapter dans sa pratique et dans le choix par exemple de ces sujets ? Ou est-ce qu’il faut bien garder le cap à ce niveau-là ? Par exemple, tu pars pour des photos dans les Alpes, combien de photographes il y a au mètre carré dans les Alpes qui font des photos du Mont-Blanc, toute la richesse qu’elle réserve, parce que je ne pense pas que c’est un marché qui devient saturé du coup il faut changer aussi de sujet ?

O : Non. Ce n’est pas un discours auquel j’adhère. Déjà s’il s’est saturé, je ne vois pas pourquoi il serait saturé. IL y a beaucoup de photographes effectivement. Mais s’il y a beaucoup de photographes, c’est que c’est beau. C’est que c’est riche. Après, ce n’est pas photographier le Mont-Blanc qui est intéressant. Ce qui est intéressant, c’est ton approche, ton regard du Mont-Blanc. Il y a plus de scoops dans le monde. Ça n’existe pas les scoops. Par contre, ton regard n’existe pas. Donc à toi cultiver ton regard, à toi cultiver le massif du Mont Blanc d’une manière, ou de le présenter d’une manière qui n’existe pas. Mais tu ne peux pas raisonner en disant » c’est saturé, il faut que je fasse autre chose ». Non, ça me passionne donc je persévère. Et si t’es passionné par le Mont-Blanc, si c’est la montagne qui t’intéresse, et bien trouve un autre métier de photographe. Parce que c’est ça qui te donnera les moyens de rester au Mont-Blanc. Ce n’est pas la photographie que tu dois viser. C’est ta passion. C’est le Mont-Blanc qui doit être ta passion. Si la photographie ne te permet pas de vivre pour rester au pied du Mont-Blanc et de continuer à vadrouiller pour faire tes ascensions, eh bien, deviens accompagnateur de moyenne montagne, je ne sais pas, trouve un autre métier ! Mais c’est ta passion qui doit être la motivation première. Et c’est ta passion qui fera que tu deviendras photographe. Il ne faut pas inverser les choses. Il ne faut pas te dire : « Qu’est-ce qui va marcher pour que je vive de la photographie ? ». La photographie est un moyen d’expression. Et tu n’exprimeras quelque chose d’intéressant que si t’es passionné par ce que tu vis.

F : Tu disais tout à l’heure que tu avais jusqu’à 10 assistantes, est-ce que toi tu as commencé comme assistant ?

O : Non pas du tout. Non moi j’ai commencé par guider des groupes de voyage dans l’Himalaya. Et tu sais à 20 ans, j’aspirais à être photographe, surtout à voyager. Mais je n’avais pas, je n’ai jamais pensé que j’arriverai à vivre de la photographie. Je doutais de moi, je n’avais pas les connaissances, je n’étais pas du tout dans ce milieu-là. Je sortais de l’école, je voulais au départ, être guide de montagne tout simplement. Parce que j’adorais la montagne. Je suis parti en Himalaya faire une ascension. Il y a 18 ans. Là j’ai été fasciné par les peuples de l’Himalaya. Donc j’ai versé de la montagne pure et dure au tracking. Ce qui m’intéressait c’était resté en montagne, mais rencontrer des gens. Et finalement j’ai pu guider des groupes. Cela me payer mon voyage, ça me payer des séjours sur place. Je gagnais un petit peu d’argent qui me permettait d’acheter quelques pellicules, photo, et puis surtout rester quelque mois plus tard dans l’Himalaya. Donc finalement en guidant des groupes et bien j’ai pu vivre cette passion de rencontrer des peuples, de voyager d’une vallée à l’autre à pied dans l’Himalaya, j’adorais cette vie, j’adorais guider les gens aussi, ça permettait de travailler avec des locaux et de rencontrer les gens de ma propre culture. Cette vie sociale, cette sociabilisation, je l’aimais aussi. Et donc c’est ça qui m’a permis petit à petit de faire des photos. Parce que j’étais tout le temps sur place. Donc j’avais des opportunités de lumières, de rencontre, je me suis lié avec des gens que je retrouvais. Et petit à petit sans le vouloir, j’ai bâti ma vie personnelle et ma vie familiale dans l’Himalaya. Et en même temps, ma vie professionnelle puisque tout ce que j’ai vécu ben finalement j’avais des choses à dire. En tant que photographe. Alors au début, je n’avais pas la connaissance technique photographique. Mes photos étaient très amateurs comme tout le monde. Mais tout ça, ce n’est pas très grave. Ça s’affine. Le regard de photographe et mon travail photographique ne sont pas difficiles, il y a 3 paramètres à régler. Tu as la netteté, le diaphragme, et la vitesse. C’est tout. Ça ne demande pas 5 ans d’études. Quand j’avais des lacunes, je faisais des stages. Des stages auprès des photographes qui m’enseignaient à travailler sur la lumière. J’ai même fait des stages de peintures. Non pas parce que je suis peintre, je ne suis pas absolument pas peintre. C’est simplement apprendre à travailler sur le cadrage, sur la lumière. Et la photographie dans mon domaine n’est pas du tout une question technique. Elle est simple la technique. Elle s’acquiert facilement. Et après c’est une question de regard, de sensibilité qu’il faut cultiver, d’approche humaine, d’approche linguistique aussi, apprendre les langues des gens que je côtoie, apprendre les codes. Tout ça, c’est photographe voyageur, ce n’est pas que photographe. Photographe ne veut rien dire. Photographe de quoi, de qui, et comment. Quels outils ? Photographe noir et blanc ? Photographe couleur ? Photographe retravaillé ? C’est large le panel. Je reviens toujours à la même chose quitte à nous répéter. Mais tu es photographe de passion, et donc quelle est ta passion ? Donc si tu veux être photographe, quelle est ta passion ?

F : … de le monétiser…

O : Alors tu vois, absolument ! Si je devais faire une école, pour être photographe. Si j’avais 20 ans. Je ne ferai pas une école de photographie (pour faire le métier de photographe voyageur parce qu’il y a d’autres métiers dans la photographie qui demande à faire une école bien sûr), mais dans mon travail, ce serait une école de marketing. Apprendre à vendre mon travail. C’est ça le plus difficile. Parce que le reste, apprendre des langues, apprendre à communiquer avec les gens, voyager, photographier tout ça ce n’est pas difficile. Par contre, faire connaitre son travail. J’ai mis au moins 10 ans à apprendre à vendre mon travail. Parce que jamais je n’ai osé dire « regarder mon travail il est merveilleux ». Je n’ai jamais osé dire ça. Parce que je n’avais pas cette prétention. Ça m’a fait perdre des années quelque part. J’aurais dû être un peu plus arrogant quelque part. Ce n’est pas fier de moi, j’étais fier de ce que je vivais, mais je n’avais pas la prétention de dire ce que je fais est extraordinaire. Donc finalement, dans ces milieux, il faut arriver aussi, avec les bons mots, avec la bonne attitude, c’est un métier de vendre. Je ne connaissais pas. Donc si c’est à refaire je l’apprendrais.

F : L’humilité, tu crois que c’est l’ennemi de la prétention ?

O : L’humilité, l’ennemi de la prétention ? La prétention… je ne sais pas ce que tu veux dire par prétention. Si c’est de l’ambition ?

F : Ouais !

O : Non la prétention c’est de l’arrogance pour moi. Ça n’a rien à voir avec l’humilité. Oui c’est l’ennemi de l’humilité. L’arrogance c’est de l’ego. L’égo mal placé. L’humilité c’est de l’égo bien placé. C’est à dire tu sais ou est ta place, et puis t’as le profil tranquille, t’as profil bas. T’es pas plus qu’un autre, tu n’es pas moins qu’un autre. Ça c’est l’humilité. L’arrogance c’est penser qu’on est plus que les autres. L’ambition quant à elle est nécessaire. Mais comme tout dans la vie, si tu n’as pas d’ambition, tu ne fais rien. Ou t’as une vie installée, cadrée, tout le monde n’a pas envie d’avoir de l’ambition. Mais dans le métier de photographe, tu dois avoir de l’ambition. Dans un métier d’entreprise, tu dois avoir une ambition. Par contre cette ambition, elle doit être intérieur, elle doit être personnelle. Elle doit être liée à la réalisation de soi, elle ne doit pas être reliée à l’ambition de réussir. Parce qu’à ce moment-là, le photographe n’est pas le bon métier pour cela. Il vaut peut-être mieux jouer avec le monde de la finance. Encore faut-il être doué, c’est toujours pareil. On ne réussit que si on est doué quelque part, c’est tout. Et on ne réussir en tant que photographe que si on est doué dans ce travail. Mais être doué en photographie ce n’est pas être doué à jongler avec l’appareil et avec la technique. C’est être doué dans sa personnalité à faire sortir des choses qui parlent aux autres c’est tout. Mais il faut de l’ambition, bien sûr. C’est l’ambition qui nous tire vers le haut. Moi j’ai l’ambition de faire une image que j’ai en tête. J’ai une belle image en tête et j’ai envie de la réaliser, c’est une ambition. Donc je me donne les moyens d’y aller, je pars bientôt à Zanzibar parce que j’estimais que c’est là-bas que je pourrais faire cette image. Si je n’ai pas cette ambition, je ne pars pas, je ne fais rien.

F : Qu’est-ce que tu aimerais dire pour conclure ? Il y a des choses que tu aies envie de partager sur ce que tu viens de dire ou autre chose ?

O : Oui. Pour conclure, je pense que pour vivre de ce métier de photographe qui est un métier fantastique, vraiment c’est un métier extraordinaire, il faut déjà accepter de payer le prix. Tu as un prix toujours à payer aux choses. Le prix de ce métier, la beauté de ce métier, c’est la liberté, c’est la créativité. Le prix à payer c’est que tu n’as aucune sécurité. Tu ne sais jamais si tu vas réussir ce que tu fais, réussir à le placer, réussir à le vendre, tu ne sais jamais à qui tu vas le vendre. Combien tu vas le vendre, et quand tu seras payé. Tu ne sais jamais. Donc il faut accepter cela. Et L’autre côté qui est fantastique, c’est toute la liberté que cela t’offre. Et bien de vivre tes rêves. Par contre il faut se donner les moyens de les vivre, de les acheter ces rêves. Donc c’est un métier qui est difficile et le seul moyen d’y arriver c’est la persévérance. C’est rester confiant, ne jamais se dire « j’y arriverai pas ». Trouver les moyens avec des aides de la famille, des parents, des amis qui vous aident et qui vous font confiance. Des gens qui vous font confiance, qui vous aident à vous loger, qui vous nourrissent. Au début, à 20 ans on en a besoin, on ne peut pas grandir seul, personne ne grandit jamais seul. On a besoin de gens qui nous entourent pour faire ce métier. Et qui nous donnent aussi confiance, qui nous sortent un peu de cette obnubilation de devoir gagner de l’argent. Donc on doit être nourri et logé. Et ensuite, persévérer, ne jamais lâcher prise. On ne réussit pas parce qu’on est meilleur que les autres, on est tous bons. À partir du moment où on veut devenir photographe, on est tous bons, on a tous la capacité de devenir bons. Par contre, c’est la persévérance qui fera qu’on arrivera à vivre de ce métier.

F : Cet épisode du podcast est maintenant terminé. Si ce dernier vous a plu et que vous voulez le soutenir, il vous suffit de vous abonner sur iTunes et de laisser une note de 5 étoiles, ainsi qu’un commentaire. Cela ne vous prendra qu’une minute et aidera grandement au référencement du podcast. Enfin, un dernier mot pour vous dire que si vous souhaitez avoir plus d’information et de conseil pour faire grandir votre activité de photographe professionnel, vous pouvez-vous abonnez gratuitement à ma newsletter du lundi dans laquelle je partage chaque semaine des conseils très utiles. Le lien est en description de cet épisode. Je vous donne rendez-vous dans le prochain podcast du Photographe Pro 2.0. À bientôt !

Categories: Photographe Pro

Je m'appelle Fred et je suis reporter-photographe professionnel. En plus de mon…

Comments are closed.