La photographie c'est aussi aller chercher le client - Destination Reportage

La photographie c’est aussi aller chercher le client

Salut à tous, et bienvenue dans le Podcast Photographe Pro 2.0 !

Je m’appelle Fred, et dans ce podcast, je vais partager avec vous des conseils et des stratégies pour vous aider à vivre de la photo.

Dans ce nouveau format, on va parler webmarketing, techniques de vente, réseaux sociaux à travers des interviews de photographes professionnels reconnus, et d’experts dans différentes thématiques qui vont vous aider à faire grandir votre activité de photographe.

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Lorsque j’ai rencontré Ambroise Tézenas au festival Venezia Photo, nous avons tout de suite accroché, car nous avons une vision très similaire et très pragmatique du métier de photographe aujourd’hui au 21e siècle.

Aujourd’hui, un photographe, ce n’est pas qu’un simple artiste, il est aussi entrepreneur.

Il doit se vendre et vendre ses photos pour vivre.

Et ça, Ambroise l’a bien compris.

Au programme de ce nouvel épisode du Podcast

Dans cet entretien passionnant, il partage avec nous des stratégies que peuvent et doivent mettre en place les jeunes photographes qui se lancent dans l’aventure du business de la photographie.

On parle notamment de l’intérêt d’avoir un agent qui nous représente, mais aussi le fait d’entretenir son réseau en allant voir ses clients régulièrement, même si ces derniers sont basés de l’autre côté de l’Atlantique, comment gère-t-on son activité entre les projets perso et les plus travaux plus corporate, comment, justement, trouver ses premiers clients en presse comme en corporate, cet endroit où il y a encore pas mal d’argent.

En résumé, pourquoi c’est important d’avoir une vision très entrepreneuriale du métier en se fixant, par exemple, des objectifs et en mettant en place des plans d’action.

Je vous souhaite une bonne écoute !

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Si tu es photographe et que tu veux vivre de ta passion, ou que tu es déjà professionnel mais que tu veux de l’aide et des conseils pour mieux te vendre, mieux vendre tes photos ou tes services et t’offrir comme moi, le luxe de choisir tes clients, alors tu peux t’inscrire à cette nouvelle newsletter.




Transcription écrite de l’épisode :

Salut à tous, et bienvenue dans le podcast Photographe pro 2.0 ! Je m’appelle Fred, et dans ce podcast, je vais partager avec vous des conseils et des stratégies pour vous aider à vivre des photos.

Dans ce nouveau format, on va parler webmarketing, découpe de vente, réseaux sociaux à travers des interviews de photographes professionnels reconnus et d’experts dans différentes thématiques qui vont vous aider à faire grandir votre activité de photographe.

N’oubliez pas de vos abonner sur iTunes, partager cet épisode autour de vous pour faire connaitre ce podcast.

Lorsque j’ai rencontré Ambroise Tézenas au festival Venezia Photo, nous avons tout de suite accroché, car nous avons une vision très similaire et très pragmatique du métier de photographe aujourd’hui au 21e siècle. Aujourd’hui, un photographe, ce n’est pas qu’un simple artiste, il est aussi entrepreneur. Il doit se vendre et vendre ses photos pour vivre. Et ça, Ambroise l’a bien compris.

Dans cet entretien passionnant, il partage avec nous des stratégies que peuvent et doivent mettre en place les jeunes photographes qui se lancent dans l’aventure du business de la photographie. On parle notamment de l’intérêt d’avoir un agent qui nous représente, mais aussi le fait d’entretenir son réseau en allant voir ses clients régulièrement, même si ces derniers sont basés de l’autre côté de l’Atlantique, comment gère-t-on son activité entre les projets perso et les plus travaux plus corporate, comment, justement, trouver ses premiers clients en presse comme en corporate, cet endroit où il y a encore pas mal d’argent. En résumé, pourquoi c’est important d’avoir une vision très entrepreneuriale du métier en se fixant, par exemple, des objectifs et en mettant en place des plans d’action.

Je vous souhaite une bonne écoute !

A : Je m’appelle Ambroise Tézenas, et je suis photographe. Je fais essentiellement du paysage dans mes travaux personnels, et puis j’ai un champ un peu plus large dans les travaux de commande. Puisque dans les travaux de commande, il m’arrive aussi de faire du portrait, voire du reportage, mais de moins en moins.

Je dirais que mon style de photo, dans les commandes que je reçois, c’est du paysage. Quand j’entends paysage, c’est-à-dire soit maintenant de plus en plus pour des magazines qui entraînent au voyage. La plupart de mes clients sont américains, c’est plutôt des magazines basés à New York : le Conde Nast traveler, Departures, le petit magazine New York Times.

En fait, en paysage avec soit des sujets qui sont presque des sujets de voyage, soit avec des sujets qui sont quand même liés à une actualité. Notamment pour le New Times Magazine parce qu’ils font un sujet sur les mormons à South Lake City ou sur ce qui se passe à Cuba. Et où ils demandent à un photographe de paysage de travailler là-bas sur le paysage pour l’illustrer, mais aussi pour être dans ce paysage d’ambiance, et pas avec une imagerie purement de photographie de voyage.

Parallèlement, ce n’est pas du paysage, c’est juste l’infrastructure intérieure, mais je travaille de plus en plus pour des magazines en architecture intérieure. Pour AD, pour W, qui est un magazine américain, aussi pour le petit magazine où, là, c’est que des sujets d’architecture intérieure. Donc, je le mets dans l’axe du paysage aussi parce que dans le sens, j’entends pas là, où l’on n’est pas dans l’humain.

F : Est-ce que tu te définirais comme un entrepreneur photographe ?

A : Un entrepreneur dans le sens où j’ai une entreprise avec zéro salarié. C’est-à-dire que mon métier, c’est photographe, donc j’ai une microentreprise. En tant que profession libérale, je travaille avec des gens, je travaille avec un agent, j’ai la comptable qui s’occupe de mes comptes. Je travaille avec différentes personnes : un assistant quand j’en ai besoin, la galerie avec laquelle je travaille, mais je travaille seul.

Je travaille seul, et après je m’entoure dans les divers champs d’activité qui sont les miens. C’est-à-dire soit dans un domaine plus artistique, où là, je travaille avec le même éditeur, la même galerie, le même agent… Après, sur les clients, c’est moi qui les gère. À part évidemment les clients qui sont amenés directement par mon agent. Mais globalement, le personnage central, c’est moi. Et c’est moi qui fais les photos, mais c’est moi qui cherche le travail, aussi. Donc, dans ce sens-là, oui je me sens entrepreneur.

F : Est-ce que tu peux me parler un peu de ton business, pour le coup ? Ton entreprise, sur concrètement de quoi tu vis. Aujourd’hui, en tant que photographe, tu peux blabla de plein plein de choses, est-ce que tu peux nous dire de quoi tu vis concrètement dans la photo ?

A : Aujourd’hui, parce que la photographie en plus, ces 20 dernières années, il y a eu une évolution très importante dans la photographie donc moi, dans mon travail de photographe, il y a eu aussi une évolution. Parce qu’on essaye d’être en phase avec ce qui se passe, donc moi, je ne me suis pas contenu à ce que je faisais au début. J’ai 45 ans, donc au début, quand j’abordais la photographie, elle n’était qu’argentique. Et donc j’ai fait comme beaucoup de photographes ce passage au digital, et ce qui a aussi influé ma pratique photographique aujourd’hui.

Je dis ça parce qu’aujourd’hui, c’est comme ça, ça sera peut-être différent demain. Et je ne suis pas dans une volonté de faire perdurer un modèle économique. Le modèle économique, surtout dans la photographie, doit s’adapter au marché.

Aujourd’hui, en gros, je suis représenté par un agent qui est à Paris et à New York, mais qui s’occupe surtout de photographes de mode. Donc, moi, je suis un des « paysagistes » de cette agence. Avec eux, si ça devait se comptabiliser en pourcentage de revenus, c’est peut-être 15 % de mes revenus annuels, peut-être 20 parfois. Mais c’est aussi une façon de se présenter dans le marché de la photographie comme étant un photographe « validé par une agence assez sérieuse ». Ce qui me permet aussi de répondre à des commandes, avec des clients qui ont des exigences qui sont importantes, dans le sens où ils ont besoin d’être assez rassurés par le photographe avec lequel ils vont travailler. Et qu’ils sont rassurés de voir que ce photographe-là, même s’il travaille avec lui en direct, il est par ailleurs représenté par des gens qui gèrent des budgets importants.

Aujourd’hui, je dirais que 15-20 % passent par cet agent. Là, c’est lui qui m’apporte les boulots, je ne les cherche pas. Et quelques commandes éditoriales de nouveaux clients que je n’ai pas démarchées et qui passent par l’agent pour travailler avec moi avec des pourcentages différents. Puisque là, pour le coup, la presse est devenue presque plus une façon de communiquer sur son travail que vraiment d’y trouver un revenu parce que les prix sont quand même souvent assez bas. Ça passe par l’agent parce qu’il accepte ça, dans le sens où à partir du moment où les supports sont suffisamment qualitatifs, ça permet aussi de montrer le travail du photographe, et donc potentiellement d’avoir après une commande plus importante, publicitaire ou corporate.

La plupart de mes clients éditoriaux, donc à part les rares qui passent par l’agence, c’est moi qui les gère direct. Avec des gens que j’ai démarchés moi, dans un premier temps, et avec qui j’essaye d’entretenir des relations. Encore une fois, surtout des clients américains, mais un peu malgré moi. Parce que c’est après une exposition à Arles d’un travail que j’avais fait sur la ville de Pékin où le New York Times était rentré en contact avec moi pour me demander d’aller travailler à l’époque, au Venezuela sur les champs de pétrole au Venezuela. Et comme c’était passé par le New York Times, et que le New York Times avait Kathy Ryan, qui est la grande patronne du New York Times. C’est un peu une espèce de nid de picture editor parce qu’ils passent un peu tous là-bas en formation. Et la chance que j’ai eue, c’est qu’après, en passant par les mains de Kathy Ryan, ils partent dans d’autres magazines. Donc aujourd’hui, ils sont patrons du Time, de Departures, de Conde Nast… Ce réseau-là, j’essaye de l’entretenir. En gros, j’essaye d’aller à New York tous les deux ans pour leur montrer un peu… Parce que dans la photographie, il faut aussi entretenir ça, parce que c’est toujours un peu le dernier qui a parlé qui a raison donc il faut quand même être assez présent. Mais ça, je le gère en direct.

Et pas que dans le domaine éditorial, les gens ont besoin de travailler face à face avec le photographe. Il y a toujours quand même un peu la méfiance de l’agent.

F : Et ça, quand tu vas démarcher ces gens, tu fais quoi ? Tu leur proposes des histoires ? Tu leur dis juste « J’existe. Je peux faire des photos pour vous » ?

A : Non, moi, je ne propose pas d’histoires. Quand je vais les voir, je leur montre des projets sur lesquels je suis. Parce que j’essaye aussi parallèlement, les 15-20 % de mon temps, je les consacre à mes recherches personnelles. Ça veut dire, soit travaille, photographier, soit juste me renseigner sur un prochain sujet, etc. Donc, c’est de partager avec eux des travaux qui ont été réalisés, qui ont été existants. Pas vraiment les travaux de commande. Je ne montre pas trop des travaux de commande quand je suis en rendez-vous comme ça, surtout que c’est des rendez-vous qui sont généralement très courts. C’est vraiment des piqûres de rappel. Les gens que je revois comme ça, ce n’est pas des gens à qui je me présente comme s’ils ne me connaissaient pas, c’est des gens qui me font travailler.

Si je prends le New Yorker, par exemple, j’ai travaillé avec eux une fois, deux fois, après pendant un an, deux ans, ils ne me rappellent pas. C’est le jeu, ce n’est pas grave. Mais pour qu’ils me rappellent, parce que je ne suis pas le seul à faire la même démarche. Et c’est vrai qu’il faut suffisamment être réaliste pour imaginer que pour une commande, il y a quand même beaucoup de photographes qui sont capables de la faire. Et après, pourquoi est-ce qu’ils vont appeler un tel ou un tel, c’est aussi parce que le nom résonnera à leurs oreilles comme : « Tiens ! Ah oui ! On l’a vu dernièrement, il faudra le rappeler ».

Donc, quand je le fais, honnêtement, ce n’est pas forcément une partie de plaisir. Quand je vais à New York, c’est purement et uniquement dans une logique de me rappeler à eux. Et c’est toujours payant ! Toujours.

F : Il y a 20 % via les agents.

A : Voilà. Je dirais 40 % en éditorial personnel. C’est-à-dire direct avec les magazines. Il y a peut-être 20 % de commandes pas pubs, jamais, mais corporate. De gros corporates qui là, m’appellent et avec qui je gère les choses en direct. Souvent d’ailleurs, parce qu’ils préfèrent travailler direct avec le photographe.

Et moi, j’ai un ou deux clients comme ça avec qui je travaille depuis des années qui ouvertement, je crois que c’est de plus en plus courant, expriment le fait qu’ils ne veulent pas d’intermédiaire. Mais aussi parce que je pense que les gens qui s’occupent de ça… Je pense par exemple à un client, une marque horlogère suisse avec laquelle je travaille assez régulièrement : c’est des gens qui connaissent maintenant le rouage du truc. Et dieu sait que je trouve que parfois le boulot des agents et même des galeries assez déconsidéré. C’est dommage parce qu’ils font un travail, je pense totalement aux galeries où il y a un vrai travail de sélection, de choix. Enfin, de mettre en avant le travail des photographes. Et agents de la même façon. C’est vrai que pour certains agents, il y a cette image que finalement, passer par un agent, ça va coûter plus cher, et franchement, est-ce que ça sert à quelque chose ? Moi, je continue à penser que ça sert à quelque chose.

Maintenant, des clients comme cette marque avec laquelle je travaille de temps en temps, à partir du moment où c’est une question assez précise et qu’à partir du moment où je suis briefé et que je sais ce que je dois faire, qu’il n’y a pas une prod compliquée derrière, c’est vrai que je peux entendre l’idée que passer par un agent, c’est plus des emmerdes qu’autre chose. Et ça, je fais ça en direct, et ça ne me viendrait pas à l’idée de passer par l’agent puisque je pense que ça pourrait me permettre de perdre le client plus qu’autre chose. Donc, ça, je le travaille.

Et puis, les 20 % qui restent, si mon calcul est bon, là, c’est plutôt de la vente de tirage, donc ça passe par la galerie. Ou des commandes plus artistiques des résidences.

F : Ou des workshops ?

A : Ou des workshops ! Workshop, on pourrait peut-être le mettre là-dedans, mais si on parle de revenus purs, c’est 5 % de mon année, je pense.

F : Juste pour avoir quelques mots pour le workshop puisque t’es ici, à Venise, est-ce que tu peux me dire pourquoi t’es venu et qu’est-ce que tu fais concrètement ici ? En quelques mots.

A : C’est vrai que les photographes sont de plus en plus sollicités pour faire des workshops. Moi, honnêtement, j’aime assez l’idée du passage de relais. J’aime assez l’idée de faire partager son expérience. Et pas parce qu’on croit savoir et parce qu’on veut faire des gros magistraux et qu’on a un souci. Mais je continue à penser que les gens qui s’intéressent à la photographie, quel que soit leur niveau, eh bah c’est assez intéressant de se confronter.

C’est intéressant de se confronter, certainement pour passer quelques tips qu’on maîtrise, etc., mais aussi parce qu’on s’en rend compte ou pas sur le moment, c’est une aussi une façon de se questionner sur son propre travail. Parce qu’on doit réfléchir à l’image, parce qu’on doit essayer d’aider à faire des editing, parce que les photos ne sont pas toujours forcément incroyables. Surtout qu’on demande à ceux qui suivent les workshops en 3-4 jours d’essayer de construire quelque chose. Donc, parfois, il faut un peu batailler pour essayer de trouver une visibilité à un travail qui n’en a pas. Mais ça fait partie aussi de l’exercice.

Et c’est se questionner sur la photographie, sur le côté serial de la photographie, sur le cadrage, c’est aussi se questionner soi-même sur sa propre vision. En l’occurrence, je ne fais pas de photos, mais ça s’arrêter sur les photos des autres, c’est aussi une façon de réfléchir à l’image.

Et quand on est photographe professionnel, on a une espèce de rythme de travail et évidemment qu’on se questionne sur son propre travail. Je pense que c’est pour moi une opportunité de réfléchir un peu à ce que c’est lire une image. Puis, c’est assez gratifiant parce que quand on est photographe, c’est un métier très solitaire. Moi, je travaille seul. Je travaille avec des gens, mais je suis quand même très solitaire dans ma pratique. J’ai finalement assez peu l’occasion comme ça d’échanger. Puis c’est aussi l’occasion de rencontrer d’autres photographes parce qu’l y a d’autres maîtres de stage.

Même ici, à Venise, il y a des photographes dont je connaissais le travail, dont je connaissais le nom, mais je ne les connaissais pas personnellement. Donc, c’est aussi l’occasion de partager avec eux. C’est inintéressant.

Après, sur Venise, je fais parfois des workshops aux rencontres d’art, donc là, c’est un peu la même histoire. À partir du moment où ils m’ont proposé de le faire. En plus, il y avait quelques noms qui résonnaient, comme des noms assez prestigieux. C’est Venise, donc c’était plutôt attrayant comme proposition. Après, c’est vrai que le fait que les rencontres d’art soient dans l’histoire, ce n’est pas inintéressant non plus parce qu’il y a une idée assez qualitative dans le workshop. Et donc, dans les gens qui s’y présentent.

Le workshop pas intéressant, c’est quand on a affaire à des gens qui vivent ça de façon trop récréative. Moi, ça ne m’intéresse pas quand c’est trop récréatif. J’aime bien l’idée qu’ils sont dans une espèce de moment de leur année où pendant 3-4 jours, on les pousse à faire de la photographie.

F : Justement, en parlant de transmission, de passer le relais, quel est le conseil que tu donnerais à un photographe qui se lance aujourd’hui comme pro ? Ou qui galère un petit peu, qui est en train de réfléchir à son activité ?

À : Je pense qu’il y a deux choses. Le conseil que je lui donnerais d’abord, c’est un conseil d’introspection. C’est-à-dire savoir si réellement il a besoin de faire des photos. Mais est-ce que ce besoin il est, encore une fois, récréatif ou est-ce qu’il en ressent le besoin par rapport à ce qu’est la photographie. C’est-à-dire un moyen d’expression. Est-ce qu’il a besoin de ce moyen d’expression pour vivre, exister, pour apprécier ce qui se passe aujourd’hui, pour comprendre le monde ? Est-ce qu’il en ressent le besoin ?

Évidemment, c’est une question avec les années qui devient plus ou moins claire ou pas, mais c’est assez fondamental. Parce que pour être photographe, il faut quand même être un peu habité parce que l’on fait. Ça ne veut pas dire qu’on est forcément un artiste compliqué et qu’on a des milliers de questions. Mais il faut ressentir ce besoin très fortement. Parce que moi, c’est pour ça que je fais de la photographie depuis que je suis adolescent. C’est parce que c’est une façon de vivre, de voyager, de rencontrer les autres, de se questionner sur soi-même, d’être dans la rétrospection, d’être dans sa propre psychothérapie. Il y a quand même un besoin, qui peut-être compliqué, mais qui doit exister.

Après, avoir ce besoin-là, ça ne veut pas dire être photographe professionnel. Être photographe professionnel, c’est différent. On peut très bien ressentir ce besoin et par ailleurs se dire que par contre, pour vivre, survivre, gagner sa vie, on peut faire autre chose. Il y a des photographes qui sont remarquables et qui font… Géraldine Lay, par exemple. Il y a une copine qui est une grande photographe. Par ailleurs, elle travaillait à la fabrication aux éditions Acte Sud depuis toujours, elle a fait une école d’art. Donc, son métier pour vivre, c’est ça. Et par ailleurs, ça lui permet aussi d’avancer son travail de photographe parce qu’elle fait des résidences. Et aujourd’hui, elle en est « plus loin » qu’un photographe qui dès le début aurait décidé de se lancer corps et âme dans la photographie.

Donc, je pense qu’il y a ce besoin, pour revenir à la question, un jeune photographe, c’est se questionner si le fait de savoir si ce besoin, il l’a en lui ou pas. Et après, se positionner aussi, se questionner sur l’idée qu’être photographe, ça veut dire d’accepter d’avoir une discipline de travail qui est compliquée.

F : Pourquoi c’est compliqué ?

A : C’est compliqué parce qu’avec la photographie, le milieu est ultra-concurrentiel. Le talent en photographie ne veut pas dire grand-chose. À mon sens. Pour moi, le talent, c’est du travail. Il y a une espèce de fantasme autour de la photographie. Le fait qu’on vit dans un monde où il y a de la photographie absolument partout. Mais vivre de la photographie, c’est très très différent. C’est-à-dire que vivre de la photographie, d’abord, il faut connaitre la photographie, ça existe depuis 200 ans. Il y a une histoire de la photographie. Donc, à partir de ce moment-là, on affirme l’idée d’être photographe. On s’inscrit dans une histoire, qui est récente ou pas, mais qui est là.

Et je pense que les jeunes photographes (ça fait un peu vieux photographe de dire ça), il y a une assez forte méconnaissance de l’histoire de la photographie et de ce qui s’est fait avant. Et je pense que c’est fondamental. Parce que je pense qu’un écrivain qui écrit, il a lu avant. Avec la photographie, comme il y a cette idée que comme ça, on peut très facilement faire quelque chose, et ça, moi, ça me dépense complètement. Ça me dépasse de ne pas comprendre ce qui a été fait avant pour après se questionner sur ce qu’il faut faire après. Voilà, ça, ça me dépasse.

La photographie, c’est ce questionnement intérieur, mais c’est aussi acceptation de vivre un métier d’indépendant. C’est ouvrir une boutique et aller chercher le client. Ce n’est pas autre chose. Je veux dire, c’est être cordonnier et monter une cordonnerie au coin de la rue. Et puis, pourquoi est-ce que les personnes vont faire réparer leurs chaussures chez vous et pas chez le voisin d’en face ? Alors que vous êtes photographe, demain vous êtes en concurrence avec tous les photographes qui sont sur le marché, dont certains qui ont 30-40 années d’expérience. Comment allez-vous vous différencier ? Parce que vous aimez la photographie, ce n’est pas suffisant. C’est beaucoup plus compliqué que ça.

Donc, quand vous avez votre cordonnerie au coin de la rue, le plaisir de réparer les chaussures et tout, il existe, certainement, mais vivre, payer ses factures et tout ça, c’est autre chose. Et c’est intéressant. Cette quête, elle est intéressante. Parce que cette quête d’avoir des clients qui vous payent pour photographier, c’est pas forcément insupportable. Je veux dire, le côté du métier, je pas parle pas ici uniquement de la punition. Mais c’est une façon d’appréhender la photographie qui est un petit peu différente de cette espèce de vision comme ça encore très romantique de la photographie. De l’idée qu’on est encore un peu dans les écoles photo. En plus, il y en a de plus en plus j’ai l’impression. Dans l’idée que la photographie, c’est se balader avec ses deux voitures au cours du cou comme le faisait les illustres… C’est terminé. Ce n’est plus comme ça depuis très très longtemps.

Donc, je m’égare un peu, mais je dirais que pour un jeune photographe, accepter que c’est avant tout du travail et que la quête de connaissances, elle est avant tout personnelle.

F : Tu parles d’écoles photo, tu nous dis qu’il y a beaucoup d’écoles photo qui se lancent, il y a beaucoup de concurrence aussi. Comment on fait pour sortir de la concurrence et comment on fait pour se former pour ça ? Je suis photographe qui débute, je sais qu’il faut que je sois passionné, que je me renseigne, etc. Mais comment fais-tu concrètement ?

A : Déjà, c’est accepter l’idée que comme dans tout métier d’indépendant, il y a ce parcours de combattant du début. C’est-à-dire qu’il y a peut-être des photographes qui ont la chance folle que ça marche très rapidement, mais globalement, je ne sais pas. Moi, je sais que quand j’ai commencé, on se disait toujours un peu ça. Il y a 5 années de bizutage, quoi. Et c’est obligé, et c’est comme ça.

Et puis, il y a l’acceptation qu’on peut avoir des rêves de grandeur, on peut feuilleter les magazines et aller voir des expos en se disant « C’est pas terrible. C’est pas incroyable, moi aussi je pourrais faire ça », mais il faut avoir l’humilité de comprendre qu’on rentre dans un endroit où l’on ne prête qu’aux riches. Dans tous les métiers, c’est un peu pareil. Pourquoi quelqu’un va vous faire confiance demain pour faire une commande pour Libé si vous n’avez jamais travaillé pour Libé ? Pourquoi ? Il ne le fera pas.

Moi, le conseil que je donne souvent aux jeunes photographes, c’est : au-delà du fait d’essayer de comprendre le marché, d’essayer de comprendre ce qui se passe autour, d’essayer de comprendre dans quel milieu ils vont commencer à évoluer, c’est d’essayer de gagner la confiance des clients sans forcément aller chercher tout de suite les plus grands. Même si vous pensez en avoir la capacité, même si vous pensez que parce que vous faites de la mode : moi je ne veux que travailler Numéro et pour Vogue. Très bien. Maintenant, si vous voulez travailler avec ces gens-là, vous êtes obligé de commencer en bas. Ce n’est pas grave. Ce n’est pas parce que vous faites des choses que vous êtes obligé de communiquer dessus.

Il y a plein de boulots que je fais pour gagner ma vie, qui n’apparaissent nulle part. Parce que ça me permet de gagner un peu de sous pour financer d’autres choses après. Un portraitiste par exemple, je lui conseille au début de plutôt taper à la porte de Courrier Cadres, qui est un magazine certainement pas très glamour qui n’intéresse pas. Mais le fait de travailler pour Courrier Cadres, de réussir à avoir une commande vous permet après d’aller voir l’Express ou un type de Bayard presse et de leur dire : « Moi, j’ai travaillé pour Courrier Cadres ». Donc, mon travail a été validé, vous ne l’exprimez pas comme ça, mais une première fois. Et là, vous vous mettez à travailler pour Phosphore, et vous faites un portrait, deux portraits. Puis quand vous avez travaillé pour Phosphore, vous vous mettez à travailler pour L’Étudiant. Puis quand l’Etudiant voit qu’il y a une série de portraits qui est pas mal là, vous commencez à aller voir Le Point. Puis quand vous avez vu Le Point, peut-être que vous pouvez commencer à taper Vanity Fair.

D’accepter cette idée comme ça de strates. Et c’est vrai dans la presse, mais c’est très vrai dans le corporate. Puisqu’en gros, un photographe aujourd’hui, sa façon de gagner sa vie, ce ne sera pas forcément la presse, mais ça sera le corporate. Le corporate, c’est l’endroit où il y a encore un peu de sous. Pourquoi ? Parce qu’il y a beaucoup de supports, parce qu’il y a des supports mensuels, parce qu’il y a des canaux internes et qu’il y a un flux. Ils doivent alimenter ces magazines-là. Et ces magazines-là sont gérés par des agences de com’. Pareil, dans les com’, d’aller tout de suite taper à TBWACorporate en espérant avoir une commande pub, ça ne marche pas.

Par contre, d’aller taper des petites agences de com’ en essayant de faire des trucs à peut-être 300-400 euros au début un portrait, ou peut-être un peu moins, parce que vous avez travaillé pour le magazine interne. Je ne sais plus s’ils appellent encore comme ça, un vieux sujet de réminiscence, le magazine par exemple interne de Carrefour donné aux caissières qui s’appelait Je Positive à l’époque. Vous faites un portrait, deux portraits, puis peut-être qu’à un moment, vous gravissez tranquillement les échelons. Et quand il y a le rapport annuel de carrefour qui tombe dans les sarcelles de l’agence de com’, peut-être qu’ils vont se dire : « Tiens, on va faire bosser ce mec-là ». Et alors là, paf ! Vous passez un autre cap.

Parce que là, il y a un peu plus de sous, il y a un travail un peu plus ambitieux. Et comme vous avez fait ça, vous êtes tamponné. Vous avez besoin de rassurer me client parce que la photographie, c’est très très subjectif. Faire une bonne photo, c’est très simple. Même mes enfants, ils savent faire de bonnes photos. Mais aujourd’hui, l’argent, il est dans le domaine du corporate, un petit peu dans la presse, du corporate, donc je conseille vraiment cette humilité. Et au-delà de cette humilité, c’est une vision très entrepreneuriale du métier. C’est-à-dire avoir un plan d’action en se disant : « Voilà, moi ce que je fais, c’est que je me fixe un objectif à trois mois ». Moi, je me fixe des objectifs un peu moins maintenant par rapport à comment mon travaille fonctionne, mais des objectifs à trois mois.

Et même je dirais, pou les jeunes parfois que je vois qui sortent de l’école et qui sont un peu perdus : « Qu’est-ce qui se passe ? » parce qu’on l’a tous fait. Même moi, en tant que jeune photographe, quand j’avais 22 ans et que je suis sorti de l’école de Vevey, je suis allé avec mon très beau book d’école, avec mes tirages barytés dans une grande pochette, je suis allé voir Libé, je leur ai montré mon travail, le mec m’a dit : « c’est de la merde » et je suis rentré dans le métro déprimé. C’est le jeu ! Ça fait partie du bizutage, du truc.

Rétrospectivement, je ne viens pas du tout d’une famille de photographes. Mon père était économiste, ma mère était journaliste. Évidemment que c’était une connerie de le faire.

Donc je conseillerais d’essayer d’avoir un plan d’action en commençant par le bas et puis de monter progressivement. Et je crois fondamentalement qu’un photographe qui arrive à appréhender son métier de cette manière-là, avec cet esprit entrepreneurial et avec cette vision comme ça de peut-être commencer en bas, je suis convaincu qu’il y a du travail pour lui.

F : C’est assez optimiste.

A : Ouais. C’est optimiste parce que je pense, encore une fois, que les bosseurs y arrivent toujours. Et qu’il y a des photographes aujourd’hui qui travaillent et qui sont pas forcément les plus talentueux. Et qu’il y a des photographes qui ont beaucoup de talent et qui ne travaillent pas. Après, ça dépend où on met son échelle, mais je pense qu’il y a la fascination qu’exerce la photographie aujourd’hui, finalement, elle est assez contre-productive. Ou en tout cas, elle fait rêver dans le mauvais sens beaucoup de photographes.

F : Dans le mauvais sens ?

A : Dans le sens où il y a une désillusion tout de suite. C’est-à-dire qu’ils font…

Moi, je le vois, ils font quelques photos, ils ont l’impression d’avoir une série et tout de suite, ce qu’ils se disent, c’est « Ce que je veux, c’est : exposer ». Je veux être à Paris Photo, etc. Moi, ma galerie est à Paris Photo chaque année et je connais beaucoup de photographes qui exposent à Paris Photo. Il y en a certains, ils ne vivent pas de la photographie. Ce n’est pas comme ça qu’ils gagnent leur vie. Ou ils ont des photos qui sont à vendre, ils ont une cote de 3000, 4000, 5000 euros, et ils n’ont pas les moyens d’acheter leurs propres œuvres. Ce n’est pas grave, on est dans le travail artistique ! Mais si la volonté du photographe, c’est de vivre de la photographie, je pense qu’il y a une façon d’y arriver.

Pourquoi pas, à partir du moment où vous vivez la photographie avec force, vous en avez besoin pour vous exprimez, il faut peut-être accepter à côté de faire des ménages. Ce n’est pas grave de faire un mariage si ça vous permet de gagner 1500 euros pour après travailler. Il y a un côté assez déshonorant pour ça, parce qu’il y a ce côté : parfois avec la photographie, cette espèce d’image un peu glamour, faussement glamour. Je pense qu’il y a beaucoup de désillusions, mais ça remplit des écoles photo qui sont de plus en plus privées. Donc ça veut dire qu’ils gagnent de l’argent, et c’est très bien. Il y a un business qui s’organise et ce n’est pas un mal.

Je trouve que de toute façon, encore une fois, ce dont on parle, là où c’est intéressant, c’est comme ça que je vis la photographie, c’est qu’il ya deux choses qui sont différentes. Il y a mon besoin de faire la photographie, et puis il a le métier que je fais.

Et il se trouve que quand on est photographe, finalement, on a trouvé un moyen de gagner sa vie en faisant à peu près ce qu’on aime. Mais il faut accepter les concessions qui vont avec. Et quand on a cet équilibre qui se trouve, franchement, c’est suffisant pour être… J’allais dire épanoui, mais ce n’est pas le bon terme parce que la photographie, c’est un métier compliqué. Mais d’accepter cette dualité entre les deux, finalement, à partir du moment où les choses s’équilibrent, c’est suffisamment satisfaisant.

 

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Je m'appelle Fred et je suis reporter-photographe professionnel. En plus de mon…

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