Photographes, il faut savoir s'adapter ! - Destination Reportage

Photographes, il faut savoir s’adapter !

Salut à tous, et bienvenue dans le Podcast Photographe Pro 2.0 !

Je m’appelle Fred, et dans ce podcast, je vais partager avec vous des conseils et des stratégies pour vous aider à vivre de la photo.

Dans ce nouveau format, on va parler webmarketing, techniques de vente, réseaux sociaux à travers des interviews de photographes professionnels reconnus, et d’experts dans différentes thématiques qui vont vous aider à faire grandir votre activité de photographe.

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De l’architecture à la photographie, il n’y a qu’un pas. Laurent Dequick l’a franchi il y a quelques années.

Et il fait désormais partie des références en photographie d’architecture.

Laurent est représenté par la galerie YellowKorner, présente presque partout dans le monde, et il a la chance de beaucoup voyager pour réaliser ses prises de vue.

Autant de raisons de le rencontrer et le questionner à propos de sa vision de la photo, et surtout du business de la photo.

Au programme de ce nouvel épisode du Podcast

Dans ce podcast, Laurent partage des informations, et surtout des conseils très utiles pour trouver plus de clients, et surtout pour les fidéliser.

On parle : droits et devoirs des photographes, et vous allez voir que Laurent a un avis plutôt original sur la question.

Enfin, ce photographe résolument optimiste partage avec nous sa méthode pour définir ses tarifs de prestations photo dans ce podcast.

Je vous souhaite une bonne écoute.

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Transcription écrite de l’épisode :

Salut à tous, et bienvenue dans le podcast Photographe Pro 2.0. Je m’appelle Fred, et dans ce podcast, je vais partager avec vous des conseils et des stratégies qui vont vous aider à vivre de la photo.

Dans ce nouveau format, on va parler webmarketing, techniques de vente, réseaux sociaux, à travers des interviews de photographes professionnels reconnus et d’experts en différentes thématiques qui vont vous aider à faire grandir votre activité de photographe.

N’oubliez pas de vous abonner sur iTunes et de partager cet épisode autour de vous pour faire connaître ce podcast.

De l’architecture à la photographie, il n’y a qu’un pas. Laurent Laurent Dequick l’a franchi il y a quelques années. Et il fait désormais et il fait désormais partie des références en photographie d’architecture.

Laurent est représenté par la galerie YellowKorner, présente presque partout dans le monde. Et il a la chance de beaucoup voyager pour réaliser ses prises de vue. Autant de raisons de le rencontrer et le questionner à propos de sa vision de la photo, et surtout du business de la photo.

Dans ce podcast, Laurent partage des informations, et surtout des conseils très utiles pour trouver plus de clients, et surtout pour les fidéliser. On parle : droits et devoirs des photographes, et vous allez voir que Laurent a un avis plutôt original sur la question. Enfin, ce photographe résolument optimiste partage avec nous sa méthode pour définir ses tarifs de prestations photo dans ce podcast.

Je vous souhaite une bonne écoute.

L : Je m’appelle Laurent Dequick. Je suis devenu photographe professionnel depuis 4 ans. J’ai une formation d’architecte, donc j’ai un diplôme d’architecte. Je n’ai jamais exercé le métier d’architecte, ce qui m’intéressait, c’était plutôt la représentation des choses. Donc, j’ai créé en 2001 une société d’image de synthèse pour assister les architectes à représenter leurs projets. J’ai fait ça pendant 15 ans, à quelque chose près.

F : Tu es donc tout de suite passé de l’architecture à la photographie ?

L : Non, ça s’est fait progressivement. Je fais de la photo depuis que je suis gamin. J’ai trouvé dans le grenier de mes parents un bouquin qui s’appelle « Je développe mes photos en dix leçons », un vieux Lubitel 2, et donc j’ai commencé comme ça. J’ai commencé la photo par le labo, j’avais envie de développer des photos. Pour développer des photos, il faut en faire. Voilà.

Je suis venu un peu à l’envers, en fait. C’est la pratique qui m’a donné envie de faire.

F : Tu es professionnel, donc tu en vis depuis 4 ans ?

L : Oui. Oui, oui. C’est-à-dire que la première expo que j’ai faite de manière sérieuse, c’était en 2008. Et à l’époque, la vente des photos que je faisais par le biais de mes expos me permettait juste de financer le matériel et voyager. Et il y a 4 ans, j’ai revendu ma société. J’ai arrêté mon activité pour me consacrer uniquement à la photo.

F : Tu étais déjà entrepreneur avant d’être photographe ? Puisque tu avais une société.

L : Oui.

F : C’est quoi ta vision du métier en tant qu’entrepreneur ? Est-ce que tu te définirais en tant qu’entrepreneur photographe ?

F : Heu… oui. Oui parce que je suis entrepreneur d’une toute petite structure qui n’englobe que moi. Mais ce qui est très bien dans les petites structures, c’est que c’est quelque chose de très maniable, de très souple. On peut s’adapter très très vite. Il n’y a pas de salariés à convaincre à changer d’activité, changer de profil, c’est uniquement soi avec soi en fonction des opportunités. Il y a beaucoup de rencontres, beaucoup d’opportunités qui font que ce que je fais aujourd’hui, je ne l’aurais peut-être pas imaginé il y a 5-6 ans. Donc, c’est cette souplesse, qui, pour moi, est importante dans entrepreneuriat.

Mais aujourd’hui mon métier, en fait, il est identique au métier que j’avais avant. Sauf que par rapport à… Là, je vais plus parler d’architecture et du milieu de la construction parce que c’était ma formation et j’ai baigné dans ce milieu pendant un certain temps.

Avant, j’étais à la jeunesse de projet. Les architectes venaient, ils avaient des plans, des idées, puis je créais des images de toute pièce. Là, aujourd’hui, je suis à l’autre bout de la chaîne. Ça veut dire que je vais aller faire des photos des projets qui sont construits. Et ce qui est assez drôle, c’est que les anciens clients que j’avais (pour qui je faisais des images), aujourd’hui, je fais des photos de leurs projets. Et ce qui est très drôle, c’est que pour eux, mes cadrages sont toujours les mêmes. Que ce soit une image de synthèse, où tout est possible, forcément avec ton ordinateur tu cales comme tu veux, le soleil, tu le mets où tu le veux, t’as aucune limite. Et aujourd’hui, je me rends compte que mes cadrages sont les mêmes. C’est très drôle.

F : Ça te donne l’impression que t’es un peu formaté.

L : Oui. Avec la contrainte de la réalité aujourd’hui, évidemment. Mais, oui, mon regard, même s’il s’est aiguisé, il est toujours le même. C’est assez drôle.

F : Tu t’es formé ? T’as pas fait d’école photo ?

L : Non. Non, j’ai tout appris… Ce matin, en relisant tes questions, je me disais que j’ai tout appris tout seul. En fait, non, je n’ai pas appris tout seul, j’ai appris avec les autres. C’est toujours en contact des autres qu’on apprend. Aujourd’hui, évidemment, avec internet, c’est beaucoup plus facile. T’as une question, un truc que tu ne sais pas faire, en trois minutes, t’as la réponse. Donc, on ne peut pas dire, je ne sais pas. Aujourd’hui, on ne peut plus se dire ça. Tout est accessible, on trouve la réponse à chacune de nos questions donc la formation est toujours continue.

Mais pendant les études que j’ai faites, on nous poussait à faire de la photo. Quand tu faisais de l’architecture, t’es toujours en train de voyager, de faire de photos des projets que tu vois. À l’école d’archi, il y avait un labo informatique et un labo photo.

F : D’accord.

L : Et c’est là où tu rencontres les gens, et c’est là où t’apprends au contact des autres.

F : Aujourd’hui, c’est toi qui rends un peu cet enseignement dans des workshops comme ici, par exemple, à Venise ?

L : Voilà. Alors, c’est la première fois que je fais ça. Ça m’a un peu stressé au départ en me disant : « Je ne vais pas y arriver, je n’ai pas le niveau. Qu’est-ce que je vais raconter aux gens ? » Et puis, en discutant avec les uns, les autres, je me rends compte que j’ai beaucoup de choses à leur apprendre. Des choses qui ne sont pas forcément révolutionnaires, mais qui vont leur permettre eux d’avancer dans leur travail et dans leurs envies de faire de la photo.

F : Pour toi, par exemple, qu’est-ce que c’est l’enseignement clé que tu as envie de faire passer à tes étudiants cette semaine ?

L : Souvent, quand je fais des expos, il y a des amateurs qui viennent (ça se voit, ils ont leur appareil photo en bandoulière), et puis souvent c’est des puristes. Ceux qui sont dans les clubs photo sont des puristes.

Ils te disent : « Moi, je fais une photo, et puis c’est tout, je ne les retouche pas ». Parce qu’il y a toujours la question de : est-ce que ta photo est retouchée ? Je dis : mais, il n’y a pas de mal à avoir, il n’y a pas de débat, ça n’existe pas. Sauf pour ces gens-là. Et moi, je leur dis à chaque fois : t’as fait ta photo ? OK. T’as fait la moitié du travail. Après, ta photo, il faut la développer. Ce n’est pas parce que t’as un fichier JPEG à la sortie de ton appareil que le boulot est fini. Après, il faut lui donner du caractère à ta photo.

F : C’est plus un travail d’éducation des gens pour leur faire compléter le processus, en fait ?

L : Oui. Et de leur expliquer, c’est vraiment l’intention que j’ai, c’est de leur dire : « on fait shooter de telle façon, parce que derrière la postprod, elle va se placer comme ça. »

F : Tu penses directement à la postproduction pour faire…

L : Oui. En disant : « La lumière, elle est comme ça, comme ça. Il faut faire attention à ça. Donc, je vais bracketter, je vais faire ci, je vais faire ça. » Parce que derrière, je sais que je vais pouvoir récupérer telle info, telle info. Ou je vais avoir besoin de ça. Ou potentiellement, je vais avoir besoin de ça à la prise de vue. Je vais me mettre toutes les chances de me côté pour élargir le plus possible ce que je vais voir et ce que je vais essayer de capter pour ne pas être coincé derrière. Parce que là, on est là 4 jours, mais il arrive que tu vas à un endroit, tu fais 10 photos et tu ne pourras jamais revenir. Donc, c’est un peu frustrant de se dire : j’ai shooté, puis je ne peux pas aller jusqu’au bout de ce que j’ai en tête.

En sachant que moi, au shooting, les idées ne viennent pas forcément au shooting.

F : Ça vient après, en les sortant ?

L : Mes idées évoluent au fur et à mesure. J’ai une idée précise : « Quand j’arrive, je vais faire ça, ça, ça ». Puis tout compte fait, à l’editing, je me laisse emmener par ce que je fais, puis le résultat, ça peut être carrément l’opposé.

Donc, j’aime bien me laisser la plus grande marge de manœuvre possible pour pouvoir faire évoluer mon travail en fonction de mes envies, tout simplement.

F : On va parler un petit peu de ton business, aussi de ton activité de photographe. Hier, on en a parlé un peu, mais est-ce que tu peux me dire de quoi tu vis concrètement ? Comment tu rentabilises ton activité ?

L : Quand j’ai démarré de manière professionnelle mon activité de photographe, je voulais vraiment l’orienter sur la photo artistique. C’est-à-dire pas forcément de la photo de commande. Je voulais répartir les choses en beaucoup de voyages, et après, vendre mes photos issues de voyages. Il s’avère que ce n’est pas suffisant. Ça marche plutôt bien, mais ce n’est pas suffisant.

J’avais laissé un peu de côté une partie commande, qui pour moi est de la photo d’architecture pour architecte. Donc, la photo qui va servir pour les bons, pour être éditée, pour être publiée, etc. J’avais un peu négligé cette partie-là. Ce que j’essaye de reconquérir aujourd’hui.

Tous les anciens clients que j’avais de par mon activité de prestataire d’images de synthèse, aujourd’hui, je les recontacte pour être prestataire photo pour eux. Et ça marche plutôt bien.

F : C’est quelque chose qui paie, ça ?

L : Oui. Ça paie bien et ça paie à court terme. Surtout, c’est ça qui est bien. Parce que la logique économique de ce que j’avais mis en place est assez compliquée. Dans le sens où entre le moment où j’appuie sur le bouton de l’appareil et le moment où je commence à toucher l’argent issu de cette photo, il peut se passer deux ans. Donc, c’est assez long. Il faut que la pompe s’amorce, donc il faut un petit peu de temps. Alors que les photos d’architecture, c’est de la photo de sssssss, donc c’est un travail de commande. Tu es payé dans le mois.

Jongler avec les deux, c’est pas mal. Ça demande quand même d’être assez présent chez moi. Si je voyage la moitié de l’année, je ne peux pas faire ça. Même si la photo de commande, il n’y a pas forcément d’urgence dans le délai de réalisation, si je ne suis pas là la moitié du temps, il suffit que je parte au moment où il fait beau, je reviens, il ne fait pas beau. Enfin, voilà. C’est très compliqué. Il faut être un petit peu plus présent et déjà rencontrer les gens, parler projet, les faisabilités, etc.

Donc, aujourd’hui, mon travail se répartit comme ça. Je jongle entre les voyages et une partie commande.

F : D’accord. Ça, c’est sur la partie prise de vues, mais après, comment tu organises ton business ? Dans ton chiffre d’affaires…

L : Mon chiffre d’affaires, il est réparti en trois parties. Je travaille beaucoup avec YellowKorner, qui aujourd’hui, fait entre 40 et 50 % de mon chiffre d’affaires. C’est entre la commande et un travail plus spontané, plus personnel.

J’entame ma onzième année de partenariat avec YellowKorner. Donc aujourd’hui, on se fait relativement confiance par rapport aux projets. J’accueille du monde de leur part, mais je leur propose aussi des choses. La semaine prochaine, je pars en Norvège pour aller photographier les îles Lofoten. Je ne leur en ai pas parlé, mais ils me prendront des photos, j’en suis sûr.

F : Il y a vraiment une relation où YellowKorner ne prend pas que des archives, en fait, ils peuvent te demander d’aller produire des choses pour eux ?

L : Oui. Depuis un moment, c’est ce qui se passe. On me demande de produire des photos sur des villes. L’année dernière, je suis allé en Suède, je suis retourné en Suède et Norvège à la demande de YellowKorner. Pour faire des photos de ville. Dans un mois, je vais en Suisse, pareil, pour faire des photos de ville.

C’est-à-dire qu’à chaque endroit où il y a une franchise YellowKorner, les gens souhaitent avoir des photos de leur ville. Donc, pour moi, c’est super parce que c’est un peu la thématique que je développe. Ça me va très très bien.

Ça m’a permis de voyager beaucoup, de rencontrer des gens sur le point local un peu partout. Maintenant, d’avoir des amis un peu partout aussi. J’ai un très très bon pote à Singapour, par exemple.

F : C’est pratique. (rires)

L : (rires) Pratique. J’ai des amis à Sydney… Je rencontre à chaque fois des gens. Parfois ils me logent, dans tous les cas, ils s’occupent de mon logement. Donc, je voyage dans des conditions quand même assez faciles et agréables. Le fait d’être invité, c’est quand même plutôt cool.

Il y a une partie de mon travail qui est lié à ça. C’est sujet à discussion avec YelloKorner, je n’accepte pas forcément. C’est toujours une demande de leur part. Si je ne veux pas ou si je ne peux pas, ce n’est pas grave, ils trouvent quelqu’un d’autre. On ne va pas se friter pour ça, quoi.

Donc, une partie de la production chez YellowKorner, c’est lié à la commande, ensuite, moi, je leur propose régulièrement des choses que je fais de manière plus spontanée ou des territoires que j’explore qui… On n’a pas encore forcément parlé, mais dès que je leur montre, on en discute.

Après, il y a une deuxième partie de mon activité, j’en ai parlé tout à l’heure, qui est l’architecture. Donc, là, c’est uniquement de la commande. C’est un travail qui est beaucoup plus académique, forcément. Il y a quand même certains codes à respecter en photo d’architecture.

Et une troisième partie où j’expose et je vends une partie de mon travail artistique. Soit par le biais de mon site internet, soit par le biais de l’expo.

F : Tu utilises les réseaux sociaux aussi ? Instagram, Facebook…

L : Oui, beaucoup. Ce n’est pas ce qui m’apporte le plus de visibilité et de business derrière, mais ça arrive, oui. Ça arrive.

F : Quels sont les conseils que tu donnerais à un photographe qui se lance ou qui galère dans ce secteur en particulier de la photo d’architecture ?

L : Je n’ai pas grand-chose à dire sur ça. C’est ça le problème (rires). Pour moi, c’est encore trop récent. Tu vois, j’ai commencé à en faire il y a quatre ans, un petit peu. Là, depuis cette année, j’en fais vraiment plus de la moitié du temps, donc pour moi, c’est encore assez…

F : Qu’est-ce qui a fait selon toi qu’en seulement quatre ans, tu arrives quand même à vivre de cette photographie ? Ce qui n’est pas forcément le cas de tout le monde. Quelles sont les qualités que t’as mises en avant et que tu penses qu’il faudrait qu’un photographe possède ?

L : Par rapport à ça, j’avais pas mal de copains qui étaient à l’UPP. Et ils avaient créé une association à Lille qui s’appelait « Photographes et gens d’image ». Je ne sais pas s’il faudrait les citer ou pas, mais j’ai trouvé qu’eux, ils avaient du mal avec ce que la photo était devenue. C’est-à-dire qu’eux, ils se réfugiaient derrière les droits de la photo. Donc, tu veux une photo pour une durée, pour un territoire, machin. Et ils passaient plus de temps à essayer de convaincre leurs clients qu’il y avait des droits, qu’ils avaient des devoirs, etc., plutôt que de faire le boulot et de voir l’intérêt qu’ils pouvaient avoir même si tu vends ta photo à ton client. Moi, je ne sais pas, je m’en fiche qu’il l’utilise pendant 20 ans, 10 ans, 30 ans. Ça m’est complètement égal. Je l’ai faite pour lui, elle est à lui, point. C’est tout.

Donc moi, si je peux donner des conseils, c’est : un petit peu plus de souplesse par rapport à ça. Évidemment, en tant que photographe, en tant qu’auteur, on a des droits, on protège notre travail, on défend notre travail, mais il y a des limites. Et si on dépasse certaines limites, le client va prendre peur et il ne bossera pas avec toi.

F : Parce que c’est ferme et on parle un peu trop de droits.

L : Voilà. J’avais un ami qui a perdu des appels d’offres, donc des gros contrats (200 000 € sur 3 ans) parce qu’il a fait peur au client avec les droits et devoirs. Alors que le marché était pour lui. En fait, ils ont préféré de bosser avec quelqu’un qui était un peu plus souple.

De toute façon, il y a des lois en France : la propriété intellectuelle est protégée. On n’est pas obligé d’en parler dès la première réunion. T’évoques ça une fois que le contrat est signé, pas avant. (rires)

F : C’est clair. Ça semble tellement logique et…

L : Pareil, une fois j’ai fait des photos dans une société. C’était des photos pour faire des CV. Des portraits pour des CV, donc ils voulaient un photographe pour avoir des photos correctes, mais on n’allait pas faire des portraits (18 h 18). Et ils ont préféré bosser avec moi, j’étais deux fois plus cher qu’un photographe qui avait l’habitude de faire des portraits, alors que moi, des portraits, j’en fais très peu. Ils ont préféré bosser avec moi parce que je leur donnais des photos, et c’est tout. Je n’ai pas exigé de mettre mon nom à côté de la photo, je ne leur ai pas dit « Vous avez les photos pour 3 ans ». De toute façon, dans 3 ans, ils les referont : dans la boite, les gens changent, les envies changent. Tout change, donc pourquoi rentrer dans une discussion qui peut être conflictuelle alors que ça n’a pas lieu d’être ? La durée de vie de ces photos va être tellement courte qu’on s’en fiche.

F : Est-ce que tu ne penses pas que c’est lié au fait que ces photographes-là ont du mal à faire une acquisition de clients nouvelle, du coup ils essayent de capitaliser sur ce qu’ils ont fait ?

L : Oui, puis ils ont peur. Je pense que le métier a beaucoup changé. Il parait. Je ne le pratiquais pas avant, mais il a beaucoup changé. Le numérique a fait que les prix ont été quand même bien réduits. La production a complètement évolué. La relation avec le client a évolué. La relation avec le matériel… tout a évolué ! Et donc, je pense qu’il y a beaucoup de gens qui ont du mal à… Pour eux, c’est difficile. Ça peut se comprendre.

Moi, j’ai de la chance, quand j’ai commencé à travailler, c’était déjà avec un ordinateur. Et j’ai commencé à vendre des images de synthèse. Donc, je ne vendais pas de la photo, mais je vendais une production d’images. Ça, ça m’a bien aidé aussi parce que sur la production d’images, il n’y avait pas de notion de droit, tout ça. Dès lors que j’avais une mission pour un client, il avait son image, il en faisait ce qu’il voulait. C’est tout. Moi, ça m’était complètement égal. J’étais payé pour une mission, après, voilà.

F : Il y a un truc que je trouve cool avec ce que tu dis là, et depuis que j’ai discuté avec toi hier, j’ai l’impression que t’as une vision assez optimiste de la profession.

L : Ah, mais j’ai déjà une vision optimiste de la vie. Tout simplement. Globalement, je considère toujours que le meilleur est à venir. Et ça, c’est vraiment ancré en moi. Dans ma famille, on est vraiment comme ça.

Là, je fanfaronne un peu. Il y a des moments où c’est très très sombre et c’est très difficile en me disant : je ne vais jamais y arriver, etc. Mais il se passe toujours quelque chose qui fait que ça va et que ça évolue, et ça évolue toujours dans le bon sens. Mais pour ça, il faut être à l’écoute, il faut avoir envie d’évoluer, il faut avoir envie de s’adapter, il faut avoir envie de capter certaines opportunités et pas rester enfermé dans un : « Non, bah moi, je ne sais faire que ça ».

« Moi, je ne photographie qu’en noir et blanc », « Moi je ne photographie que comme ça. » Bah non. Si à un moment, tu veux faire de ce que tu fais, il faut savoir s’adapter, il faut savoir répondre à la demande. Si à un moment, tel type de photo ou tel type de façon de faire des photos ne fonctionne pas, il faut arrêter. Si t’as besoin d’envie, il faut arrêter, il faut faire autre chose. Le plus dur, c’est peut-être parfois d’accrocher une envie, un plaisir sur ça. Moi, j’ai de la chance, je n’ai pas de problème avec ça. C’est toujours relativement en phase.

F : En plus, t’as réussi aussi à te positionner sur un marché qui est à la fois un marché de niche, et qui est rentable.

L : Oui. J’ai eu beaucoup de chance de rencontrer (YellowKorner). Je le vois aujourd’hui, YellowKorner m’a apporté énormément de choses. Ils ont quand même une centaine de galeries dans le monde. Ça veut dire que j’ai une visibilité dans une centaine de pays.

F : Ça, ça t’a apporté des commandes ensuite, derrière ?

L : Oui. Il arrive que les gens me contactent directement suite à une visite dans une galerie YellowKorner. Ils ont bien aimé ce que je faisais, ils sont allés sur internet voir mon site, et puis ils m’ont dit : « Mais ces photos-là, elles ne sont pas chez YellowCorner, comment on fait ? Est-ce qu’on peut les avoir ? »

F : Comme ça.

L : Voilà.

F : C’est excellent.

L : Oui, c’est bien.

F : Dernière question, c’est la plus simple. Tu vas voir, tu vas y répondre en deux secondes. Comment on fait pour réinventer la photographie ?

L : C’est une question que je me pose très souvent parce qu’il y a des sujets sur lesquels je n’ai pas d’idées. Par exemple, aujourd’hui, retourner à New York, faire quelque chose à New York, il y a tellement de choses qui ont été faites donc quoi faire de différent ? Comment faire quelque chose de différent ?

Et aujourd’hui, ce que je fais sur Venise, et je me rends que mon travail de photo, il vient de là, je m’inspire énormément du monde la peinture. Donc, je m’inspire d’autres choses. Chez moi, j’ai plus de livres de peinture que de livres de photo. Je connais très peu de photographes au final, on en a parlé tout à l’heure. Les noms de la photo, même les grands noms, j’en connais très très peu. Par contre, on peut parler de peinture, on peut parler aussi bien peinture classique que moderne et contemporaine. Ma source d’inspiration vient de là. Ce qui me permet de faire des choses qui n’ont pas forcément été faites en photo. Aller puiser ailleurs.

F : J’ai remarqué que tu ne connaissais pas, du coup, j’ai vu que t’avais des lacunes en culture.

L : Ah oui ! En photo, c’est une catastrophe. Peter Lindbergh, il y a 3 ans, je ne savais pas qui c’était.

F : Oh mon dieu ! On lui dira. (rires)

L : (rires) C’est marrant, ce n’est pas grave. Mais j’adore !

F : Écoute, je te remercie. C’était très intéressant.

J’ai une question qui peut être intéressante. Tout à l’heure, tu as dit : j’étais plus cher que le gars qui était officiellement portraitiste, etc. Du coup, ça m’a fait penser : parce que t’étais entrepreneur avant et dans un complètement autre domaine, comment tu as fait pour fixer tes prix ?

L : C’est compliqué ça. Déjà, parce que je ne connais pas les prix des autres.

F : Ah !

L : Je ne connais pas les prix des autres. D’ailleurs, souvent on me dit : je ne suis pas cher. Donc, je vais augmenter mes prix. Ce n’est pas plus compliqué que ça. Et j’ai fixé mes prix par rapport à mon temps passé. Voilà.

En architecture, pour un reportage photo, j’estime entre 1 et 2 heures sur place, selon la complexité du sujet, selon la lumière, selon si j’ai besoin d’attendre ou pas, revenir… Donc, je considère entre 1 à 2 heures sur place, et je considère entre 2 et 4 heures d’édition. En fonction de ça, j’ai fixé un prix.

F : Tu as un prix à l’heure ?

L : Non. Non, c’est un forfait, mais quand je faisais de l’image, j’avais pris les choses à l’envers. C’est-à-dire que j’avais commencé en me disant : j’ai besoin de gagner combien pour vivre ? J’ai besoin d’avoir combien dans ma poche tous les mois ? À partir de là, tu rajoutes les charges, donc tu doubles. À quelque chose près. Tu vas rajouter tous les frais de fonctionnement : l’achat du matériel, le local, ton téléphone, ta connexion internet…

M : L’assistante.

L : Tu vas rajouter tout ça. Hein ?

M : L’assistante.

L : L’assistante, si besoin est. Ce qui est vachement important en fait, une assistante. Mine de rien. Elle te fait gagner beaucoup d’argent. Même si elle te coûte, elle te fait gagner beaucoup d’argent.

Donc, tu rajoutes tous les frais, t’as un chiffre d’affaires mensuel à rentrer. Puis, tu te dis : en combien de jours je vais le faire ? Combien de jours je vais travailler par mois pour obtenir ça ?

Sachant qu’évidemment, tu travailles tous les jours, mais t’as pas forcément une commande tous les jours. Et en découpant tout ça, je suis arrivé à un taux journée. Tout simplement.

F : Taux de journée, t’es à combien à peu près ?

L : À taux journée, je suis à 1000 euros.

F : Ce n’est pas excessif.

L : Non, ce n’est pas excessif. Un reportage photo, je le vends à 500 euros. Je considère une demi-journée.

F : Et tu livres combien de photos ? Toutes les photos ?

L : Non… Enfin, si, je livre toutes les photos que je juge correctes. Donc, s’il y en a 30, j’en livre 30, s’il y en a 60, j’en livre 60. Sachant que dans le post-traitement des photos, je ne retire pas tout ce qui est à retirer.

Moi, je considère que je photographie les choses dans ma vraie vie. Donc, il a des choses que je ne retire pas. Si le client veut un nettoyage beaucoup plus touché, on n’est plus dans la même prestation. Donc, soit je refuse, soit je lui donne un prix tellement exorbitant qu’il le fait lui-même. Par contre, je nettoie les papiers, les trucs dégueulasses, j’enlève tout ça. Mais, ça ne va pas beaucoup plus loin.

À part le traitement en même. Le traitement sur la photo, quoi.

F : D’accord.

L : Bon, j’ai la chance de travailler vite aussi. Mais c’est vrai que mes clients, la première fois, ils sont déroutés en disant : « Mais tu nous livres combien de photos ? » Je dis : « Mais je n’en sais rien. Je n’ai pas encore fait de reportage. »

Je leur dis : « Je ne sais pas, entre 30 et 50. »

F : Et tu leur laisses les droits à vie ?

L : Non. À vie, ce n’est pas possible, donc je leur laisse les droits pour 99 ans. Ça va. Tout territoire et tout usage.

 

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Je vous donne rendez-vous dans le prochain podcast du Photographe Pro 2.0. À bientôt !

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