Comment se préparer au reportage de guerre ?

Salut à tous, et bienvenue dans le Podcast Photographe Pro 2.0 !

Je m’appelle Fred, et dans ce podcast, je vais partager avec vous des conseils et des stratégies pour vous aider à vivre de la photo.

Dans ce nouveau format, on va parler webmarketing, techniques de vente, réseaux sociaux à travers des interviews de photographes professionnels reconnus, et d’experts dans différentes thématiques qui vont vous aider à faire grandir votre activité de photographe.

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Tous les ans, le ministère des armées organise un stage de formation pour les journalistes qui partent travailler en zone de guerre.

Pendant une semaine, une vingtaines de rédacteurs, de preneurs de son et d’images se retrouvent ainsi au CNEC, le centre national d’entraînement commando basé à Collioure dans le Sud-Ouest de la France.

J’ai eu l’opportunité de suivre ce stage afin d’être mieux armé pour mes prochains reportages en Afrique et j’ai surtout eu la chance d’interviewer l’un des instructeurs du CNEC afin qu’il partage avec vous des conseils et astuces pour travailler efficacement en zone à haut risque.

Photo : ADC Jean-Raphaël D. / Armée de Terre

Au programme de ce nouvel épisode du Podcast

  • Les risques des journalistes et des preneurs d’images dans les zones de guerre
  • La préparation physique et mental que ces derniers doivent avoir avant de partir
  • Comment se protéger pour survivre, en oubliant tout ce qu’on voit dans les films de guerre
  • Comment réagir à une prise d’otage ou une situation dangereuse lors d’un reportage
  • Mais également la question épineuse des réseaux sociaux qui peuvent se retourner contre nous et nous mettre en danger

Bref, vous l’avez compris, ce podcast est à écouter de toute urgence si vous envisagez de partir en reportage dans une zone de guerre car vous y trouverez des conseils qui peuvent peut être vous sauver la vie…

Je vous souhaite une bonne écoute !

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Transcription écrite de l’épisode :

Salut à tous, et bienvenue dans le podcast Photographe Pro 2.0!

Je m’appelle Fred, et dans ce podcast, je vais partager avec vous des conseils et des stratégies pour vous aider à vivre de la photo. Dans cet épisode un peu particulier, on ne va pas parler Webmarketing, ni techniques de vente.

Tous les ans, le Ministère des Armées organise un stage de formation pour les journalistes qui partent travailler en zone de guerre. Pendant une semaine, une vingtaine de rédacteurs, de preneurs de son et d’image se retrouvent ainsi au CNEC, le Centre National d’Entraînement Commando, basé à Collioure, dans le sud-ouest de la France.

J’ai eu l’opportunité de suivre ce stage afin d’être mieux armé pour mes prochains reportages en Afrique. Et j’ai surtout eu la chance d’interviewer l’un des instructeurs du CNEC, afin qu’il partage avec vous des conseils et astuces pour travailler efficacement en zone à haut risque. Au cours de cet entretien, l’instructeur revient sur plusieurs éléments importants. Notamment:

  • les risques des journalistes et des preneurs d’image dans les zones de guerre;
  • la préparation physique et mentale que ces derniers doivent avoir avant de partir;
  • comment se protéger pour survivre, en oubliant tout ce que l’on voit dans les films de guerre;
  • comment réagir à une prise d’otage ou à une situation dangereuse lors de reportages;
  • mais également, la question épineuse des réseaux sociaux qui peuvent se retourner contre nous et nous mettre en danger.

Bref, vous l’aurez compris, ce podcast est à écouter de toute urgence si vous envisagez de partir en reportage dans une zone de guerre. Car vous y trouverez des conseils qui peuvent peut-être vous sauver la vie.

Sur ce, bonne écoute !

– DEBUT de l’interview –

PIERRE, agent chef d’infanterie de l’Armée de Terre – formateur commando au CNEC:

« Je suis agent chef, je m’appelle Pierre. J’ai un peu plus de trente ans de service dans l’Armée de Terre. Plus particulièrement dans l’infanterie. Aujourd’hui, je suis l’adjoint du site de Collioure. Je suis formateur commando au CNEC depuis une dizaine d’années. C’est un centre de formation dans lequel passent tous les sous-officiers et tous les

officiers de l’Armée de Terre. Mais également une bonne partie des sous-officiers de l’Armée de l’Air, et les commandos de l’Air. + des unités particulières comme le GIGN, des éléments d’intervention de la Police des pompiers du Ministère  de l’Intérieur, et des équipes de sports de haut niveau. Deux fois par an, il y a un stage qui est fait pour les journalistes : soit pour se préparer à partir sur des théâtres sensibles, soit destinés à des journalistes qui sont déjà partis sur des théâtres sensibles mais qui veulent justement comme ils disent, mettre un peu un cadre à leur travail. L’avantage de ce stage, c’est qu’il existe. L’inconvénient, si on peut dire, mais là on ne peut pas compresser le calendrier: il ne dure qu’une semaine. En une semaine, on ne peut pas tout faire. Néanmoins, il vaut mieux une semaine que rien du tout. »

FRED, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

«  C’est quoi les risques aujourd’hui pour un journaliste qui part en zone de guerre ? »

PIERRE, agent chef d’infanterie de l’Armée de Terre – formateur commando au CNEC:

« Les risques encourus par les journalistes sont à mon avis de 4 ordres, sans aucune hiérarchie particulière là dedans:

  • de mourir: soit il peut rencontrer la mort tout simplement si il subit un tir artillerie, un tir direct, ou indirect d’armes légères si il se fait tirer dessus par un fusil. Il peut bien également sauter sur une mine. Il peut subir une attaque aux gaz toxiques si c’est utilisé dans la zone.
  • deuxième cas de figure: le journaliste peut être blessé physiquement par les mêmes munitions que j’ai évoquées précédemment. Ce qui entraîne la mort, c’est une chose, mais la mort elle est définitive et irrémédiable. La blessure, elle, une fois qu’elle est contractée, peut s’étaler dans la durée.
  • le troisième facteur: c’est l’enlèvement. Donc la prise d’otages, qui peut avoir une durée très longue comme certains de tes confrères que tu as rencontrés. Ou bien avoir une durée très courte: quelques heures, voir moins. Mais néanmoins, les conséquences seront toujours les mêmes.
  • et là, on tombe sur la quatrième blessure possible : le SPT (Syndrome Post-Traumatique), qui  va être comme on peut parfois l’appeler à tort « la blessure invisible ». Il n’y a pas de durée de prise d’otage pour contracter ce syndrome, qui ne va pas se déclencher obligatoirement au retour en Métropole, mais qui peut se déclencher, pour l’avoir vu en cas réel, plusieurs années, après le retour du journaliste. »

FRED, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

«  Du coup, comment se déroule ce stage ? »

PIERRE, agent chef d’infanterie de l’Armée de Terre – formateur commando au CNEC:

« Pendant ce stage, on va présenter une multitude de matériaux, d’activités, de savoir-faire. Je pense que l’essentiel pour moi, c’est de toucher et de faire les choses. Le cours théorique c’est très bien, mais tant qu’on n’a pas manipulé le matériel, c’est plus compliqué pour le cerveau de faire l’ancrage.

Donc ça va aller de la présentation des armes que vous pouvez rencontrer sur un théâtre, avec 2 objectifs:

-bien comprendre l’effet des munitions qui sont tirées par ces armes-là. Et du coup, comment arriver à se protéger. Et en oubliant tout ce que l’on peut souvent voir dans les films.

des présentations théoriques et dynamiques vont être faites également au niveau des IED (engins explosifs improvisés/artisanaux): tout ce qui est mines et pièges que vous pouvez rencontrer sur vos théâtres. Et avec les conséquences que cela peut engendrer. Conséquence directe: que ce soit le photographe (si il travaille seul), ou bien lorsque vous êtes en équipe avec le caméraman, le preneur de son, ou le fixeur. Si l’un d’entre eux est à un moment donné, blessé parce qu’il a sauté sur une mine: et bien, comment être en mesure rapidement de lui porter secours. Sans bien sûr mettre sa propre vie en danger. Si on a déjà une personne de blessé, ce n’est pas la peine d’en avoir une seconde. Cela ne servirait à rien.

Donc après avoir vu les effets des armes, on voit comment éventuellement porter secours. Faire du sauvetage au combat: c’est vraiment ce terme-là qu’il faut employer. Vous ne venez pas chercher des diplômes ici, mais des savoir-faire. Et au delà des savoir-faire, également des savoir-être: c’est à dire comment apprendre à se comporter lorsque vous allez devoir à un moment donné peut-être, franchir des check-points (des points de contrôle) mis en place soit par une autorité légale du pays dans lequel vous travaillez, soit par des factions (groupes qui cherchent à renverser le pouvoir établi en fomentant des troubles). Toutes les mesures à prendre avant d’arriver sur ces points de contrôle, que ce soit à pied ou en véhicule. Et comment bien gérer la négociation, parce que la négociation je pense que vous savez le faire. Mais être capable de gérer tout le côté sécuritaire autours de ces points de contrôle. Savoir quoi regarder. On ne peut pas tout voir, mais il faut savoir quoi regarder pour ne pas à un moment donné, commettre une erreur qui pourrait être délicate là-dessus.

Et toujours dans le savoir-être, le passage durant cette semaine parmi les militaires vous permet de voir comment on travaille, soit lorsque l’on se déplace en zone non-urbanisée, ou bien lorsque l’on va se déplacer en zone urbanisée. Et dans les 2 cas, lorsque l’on est dans une zone hostile mais à basse intensité, ou bien alors à haute intensité. Et de là, voir comment on se déplace, et voir comment vous pouvez vous déplacer avec nous sans être mis en danger. Et bien sûr sans mettre en danger les militaires qui vous protègent. Mais voir comment on travaille pour que vous puissiez être extrait rapidement de cette zone de haute intensité. »

FRED, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

« Dans le stage, il est également beaucoup question de préparation. Est-ce que tu peux  m’en parler un peu plus? »

PIERRE, agent chef d’infanterie de l’Armée de Terre – formateur commando au CNEC:

« Comme vous a dit, je reprends les termes du Docteur Chapus: le danger ne prévient pas.  Ce n’est pas lorsque l’on se présente sur la ligne de départ du 100 mètres qu’il faut se dire « Tiens, je vais prendre 10 mètres pour m’échauffer. Et je ferai 90 mètres à fond ». Non. Lorsque vous décidez de partir faire votre reportage, lorsque vous décidez de partir de la Métropole, de la zoné sécurisée, il faut à ce moment-là être prêt. Ce n’est pas en arrivant sur le territoire qu’il faut se dire « Bon alors, physiquement je n’ai pas la grande forme parce que je rentre de 3 mois de reportages dans tel pays, je suis bien fatigué… ». C’est trop tard! Donc il va peut-être falloir prendre d’autres décisions à ce moment-là pour pouvoir travailler en toute sécurité. »

FRED, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

« Ce stage est assez éprouvant physiquement. Pourquoi? »

PIERRE, agent chef d’infanterie de l’Armée de Terre – formateur commando au CNEC:

« Il y a 2 choses. Il y a le côté physique, et puis le côté mental.

Le côté physique, pour moi, est capable de ressentir le froid, la faim, la dureté du sol. Un tas de choses comme ça, qui vont faire qu’à un moment donné, il va avoir envie de s’arrêter.

Au dessus de cela, il y a le mental, qui lui peut justement accepter ces petites volontés du corps qui sont: « j’ai froid », « j’ai faim », « j’ai soif », « c’est dur », « je m’arrête, je ne continue pas », « j’abandonne ». Ou bien il va y avoir ce cerveau, ce mental fort qui va dire « Hé, ce froid c’est rien, ce sol qui est dur c’est rien, cette hauteur elle n’existe pas, à moi de maîtriser mon appréhension du vide. ». Le but, c’est de vous montrer qu’à tout moment, et surtout dans une situation délicate, vous allez pouvoir dépasser cette appréhension.

S’entraîner, maîtriser l’appareil photo et toutes ses techniques, maîtriser toutes les technique de survie quand on est au chaud dans un appartement face à internet, c’est très bien. Mais ce n’est pas dans ce cadre là que vous allez en avoir besoin. Comme nous, c’est exactement pareil. Savoir utiliser son arme lorsque l’on est confortablement installé sur le pas de tir c’est très bien, c’est la base. Mais ce qui est important, c’est de savoir le faire quand on est dans des situations dégradées. C’est vraiment le travail que l’on fait ici: peu manger, peu dormir, avoir froid peut-être, être soumis à des situations particulières (la hauteur, l’obscurité, des situations de stress). Et dans ces moments-là, être capable de dépasser une certaine appréhension et de gérer son stress pour prendre la bonne décision. Pour ne pas prendre des décisions inconsidérées, mais être capable de toujours faire la bonne analyse. »

FRED, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

« Quelles sont les dangers des réseaux sociaux pour un photographe qui part en zone de guerre ? »

PIERRE, agent chef d’infanterie de l’Armée de Terre – formateur commando au CNEC:

« Tout ce qui est réseaux sociaux, je ne suis pas du tout expert dans ce domaine-là, mais j’en ai beaucoup parlé avec tous les reporters. Que ce soit presse écrite parlée ou bien les caméraman, preneurs d’image et les photographes. Vous avez besoin aujourd’hui pour bosser, des réseaux sociaux. Vous avez besoin des réseaux sociaux pour vous faire connaître, pour que l’on parle de vous, pour que vous puissiez vendre, je ne sais pas si le terme est bon, votre matériel, votre production. Donc ça c’est le côté positif du réseau social.

Le seul petit souci, c’est que le réseau social est ouvert à tout le monde. Vous êtes tous persuadés que parce que l’on met un petit mur en place, mur entre guillemets sur certains sites sociaux, vous vous protégez. Non! Parce qu’aujourd’hui n’importe qui arrive à cracker facilement ces protections-là. Toute cette semaine vous avez fait attention à vos réseaux sociaux. On vous a montré, Philippe mon collègue vous a montré, qu’on pouvait très facilement rentrer à l’intérieur de vos téléphones, rentrer dans vos réseaux sociaux, rentrer dans vos ordinateurs. On peut très très vite tout piloter tout à distance. Si nous on est capable de le faire, des gens mal intentionnés vont être capables de le faire aussi. Le danger, c’est qu’à un moment donné, on puisse justement faire pression sur vous. Tout simplement pour à un moment donné, recueillir peut-être du renseignement, que vous détenez, ou que vous pouvez aussi ne pas détenir.

Il suffit pour des gens mal intentionnés, qu’ils vous aient vu en compagnie de militaires, ou en compagne d’une faction opposée à eux. Ils peuvent penser que vous avez des informations qui peuvent être intéressantes pour eux. Donc très rapidement, ils vont vouloir recueillir ces informations. Le plus costaud des hommes, la plus résistante des femmes, ne dira rien je pense. Sauf quand à un moment donné, on va lui montrer en direct la photo de son compagnon, de son époux, de sa femme ou de sa compagne, ou de ses enfants, filmés devant son domicile. Parce que ça, c’est des choses qui sont très facilement réalisables. Et à ce moment-là, croyez-moi, ce n’est pas de la torture physique. La torture physique est utile mais pas très très efficace. Le plus efficace, c’est le travail sur le mental des personnes. Et à ce moment-là, psychologiquement, on s’écroule très vite. Et à ce moment-là, toutes les informations que vous pouvez détenir, vous allez les délivrer. »

FRED, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

« Est-ce que tu as des exemples ? »

PIERRE, agent chef d’infanterie de l’Armée de Terre – formateur commando au CNEC:

« J’en ai, non pas sur ce stage, et je me garderai bien sûr de donner le nom de vos confrères. Mais en grattant à l’intérieur des réseaux sociaux, la 1ère de vos consoeurs, on n’a pas eu besoin de gratter beaucoup, se présentait en tenue de journaliste. Donc avec le logo Presse. Et sur la poitrine, un pistolet automatique. Alors, la photo peut être sympathique le Dimanche, à la maison. Mais quand ça c’est sur le réseau social, c’est assez difficile d’expliquer à la personne mal intentionnée qui vous détient, que vous n’êtes qu’un journaliste. Donc ça, c’est très compliqué.

En revanche, et je prends l’exemple d’un de vos confrères qui a été pris en otage lors de la 2ème Guerre d’Irak: lui n’avait quasiment pas de réseau social, et avait perdu tous ses documents lors de la phase de combat à haute intensité. Et quand il a été capturé, il a mis plus de 48h à prouver à ses kidnappeurs qu’il était Français, et non pas Américain. Alors que comme vous l’expliquez ici, si il avait eu un réseau social dédié à ça, il aurait pu très vite prouver sa nationalité.

Tous aujourd’hui depuis quelques années, vous avez pris en compte ce danger et avant que vous arriviez au CNEC, soyez sûrs d’une chose, c’est que Philippe, dès qu’il à 5 minutes, il dort peu, va se promener dans vos réseaux sociaux. Donc si on trouve vraiment quelque chose d’un petit peu délicat, on va vous prévenir de manière individuelle.

Et donc vous aujourd’hui, vous faites attention à ce que vous mettez sur vos réseaux sociaux. Le danger, ce n’est pas vous. Le danger, c’est vos proches: soit les amis, soit la famille, soit certains confrères, qui n’ont peut-être pas encore compris la portée de ces choses-là. Et qui à un moment donné, vont laisser sur leurs réseaux sociaux à eux, un lien qui va permettre d’accrocher le votre. Et donc tomber sur des photos qui peuvent être très très gênantes.

Alors, j’ai parlé d’armes, mais il n’y a pas que ce sujet-là. On a montré à certains de vos confrères sur d’autres stages, des photos de soirées très très festives, voir plus. Qui dans un certain contexte, peuvent être très très embêtantes, en fonction des personnes qui vont les exploiter. Si à un moment donné, je vous donne un exemple tout simple et totalement inventé: si vous êtes pris en otage par une faction alpha et que vous prétendez être sans religion, par exemple. Parce que vous l’avez choisi. Et que sur un réseau social, on vous voit plusieurs fois sortir d’un lieu de culte: vous allez avoir un peu de mal à expliquer la chose. La règle, c’est qu’il ne faut jamais mentir. Mentir, croyez-moi, c’est un métier. On peut juste parfois ne pas dire toute la vérité. Ça, tu m’as entendu le dire plusieurs fois pendant la semaine de stage, mais ça c’est quelque chose de très réel. Et on ne s’invente surtout pas, c’est comme pour la préparation physique, une légende ou je ne sais quoi au moment où on est capturé soit par des gens mal intentionnés, soit par des services de sécurité d’un quelconque pays. »

FRED, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

« On me pose parfois la question: est-ce qu’un photographe qui travaille sur la thématique de l’armée, travaille forcément pour l’armée? »

PIERRE, agent chef d’infanterie de l’Armée de Terre – formateur commando au CNEC:

« Oui, ils travaille pour l’armée. Il travaille absolument pour l’armée, dans le sens où, et là je joue sur les mots: être « embedded » (= terme anglais, équivalent de « journalisme embarqué » en français.), ça va être de permettre à un journaliste de se déplacer d’un point A à un B en étant sécurisé par un groupe de militaires. Et quand je dis qu’il travaille pour l’armée, c’est qu’à un moment donné, il ne va pas se mettre en danger lui, mais également mettre en danger supplémentaire les militaires qui sont là pour le protéger. Pendant cette semaine, tu as pu voir comment on travaillait, comment on se déplaçait. Tu as été mis en situation d’ « embedded », dans des déplacements de combat à haute intensité.

Donc quand je dis, je reviens là-dessus, que quand tu travailles pour l’armée: quand tu étais en train de te déplacer derrière ce véhicule blindé, tu ne t’amusais pas à sortir de cette zone de protection pour essayer d’avoir le scoop. Donc si certains pensent que être « embedded », c’est travailler pour l’armée, et qu’on n’a pas besoin de se déplacer avec l’armée, d’être « embedded »,  je me dis que si on met en place des unités pour protéger les journalistes sur un déplacement, c’est que cette zone doit être relativement dangereuse. Et si la zone est relativement dangereuse, je pense qu’aller travailler seul de l’autre côté, puisque c’est ça aussi la question qui peut être posée, oui. Mais si on est au sein d’un groupe de militaires, on ne verra qu’une seule partie des choses. Oui mais si vous êtes en face, vous verrez une autre partie des choses. Mais seulement là, la protection n’existera peut-être plus du tout.

Ce qui est important pour moi, c’est toujours de garder un équilibre réel dans la balance, entre la sécurité, et l’efficacité. Si vous restez dans votre hôtel, vous ne ramènerez pas grand chose. Si vous n’êtes jamais « embadded » et que vous allez tout le temps récupérer le scoop, c’est super. La seule chose, c’est que le scoop, il faut le ramener à Paris. Pour pouvoir recevoir toutes les félicitations, et les grands prix. Mais pas à titre posthume!

Ceux qui me regardent vont dire: « Oui mais si on ne prend pas de risques démesurés, on n’aura pas les photos. ». Robert  Capa disait: « Si la photo n’est pas bonne,  c’est que tu étais trop loin. ». C’est l’introduction du cours du Docteur Chapus. Je vous laisse venir au stage pour avoir la suite des commentaires là-dessus. »

FRED, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

« Pour terminer, quel est ton principal conseil pour un photographe qui part dans une zone à haute intensité? »

PIERRE, agent chef d’infanterie de l’Armée de Terre – formateur commando au CNEC:

« Quand on part sur un théâtre de reportage de guerre à haute intensité, on va prendre l’exemple de la Syrie, des faubourgs de Damas ces jours-ci. On sait que c’est de la très très haute intensité. Donc le photographe, soit ne va pas y aller, ce qui est peut-être le plus prudent. Soit il va y aller en prenant un maximum de précautions. En sachant qu’il va se trouver face aux 4 dangers que l’on a évoqués au tout début. Ça je veux dire, c’est presque « facile ». Parce que le danger on le connaît, on sait qu’il est là. Il est identifié.

Ce qui est beaucoup plus dangereux, c’est de se dire: « Tiens, je vais aller faire un reportage sur un thème pas forcément lié à un conflit. Mais plutôt lié à un thème hors-conflit ». Et sur une zone qui n’est pas forcément conflictuelle, mais qui peut être relativement proche d’une zone de conflit. Si vous ne maîtrisez pas avant de partir, tout le savoir-faire, et bien vous risquez gros! Pourquoi? Parce que la zone de conflit peut très très vite bouger. Les factions rebelles, à un moment donné, peuvent franchir la zone frontière.  Si elles franchissent la zone frontière de manière involontaire, parce que justement, elles sont en train d’être repoussées par les forces gouvernementales. Si pendant ce déplacement, pendant ce repli, elles peuvent mettre la main sur un photographe isolé, il va être récupéré. Il ne sera pas exécuté, non, il va être récupéré pour pouvoir servir à un moment donné. Soit pour les échanges, soit de bouclier humain. Et c’est beaucoup plus facile de gérer un seul photographe, un seul journaliste que l’on récupère comme ça, plutôt qu’une grosse équipe qui va demander de la logistique.

Donc ce n’est pas parce que l’on part dans une zone qui n’est pas dangereuse à l’instant T, que cette zone ne va pas devenir dangereuse. L’exemple que je vous ai donné, c’est souvenez-vous, de l’avalanche qui s’est produit à la station de ski de Tignes en 2017. Il faisait grand beau temps, ils étaient accompagnés par un guide de haute montagne. Ils étaient juste en bordure de station. Ils sont tous morts. C’est vraiment l’image que je veux mettre en place, parce que c’est la même chose. »

– FIN de l’interview –

Cet épisode du podcast est maintenant terminé! Si ce dernier vous a plu, et que vous voulez le soutenir, il vous suffit de vous abonner sur iTunes et de laisser une note de 5 étoiles, ainsi qu’un commentaire. Cela ne vous prendra qu’une minute, et aidera grandement au référencement du podcast.

Enfin, un dernier mot pour vous dire que si vous souhaitez avoir plus d’informations et de conseils pour faire grandir votre activité de photographe professionnel, vous pouvez vous abonner gratuitement à ma newsletter du lundi, dans laquelle je partage chaque semaine des conseils très utiles. Le lien est en description de cet épisode.

Je vous donne rendez-vous dans le prochain podcast du Photographe Pro 2.0. 

À bientôt!

Categories: Photographe Pro

Photojournaliste professionnel et passionné, auteur du blog Destination Reportage.

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