Sylvie Hugues : la difficulté c'est de durer en photographie - Destination Reportage

Sylvie Hugues : la difficulté c’est de durer en photographie

Salut à tous, et bienvenue dans le Podcast Photographe Pro 2.0 !

Je m’appelle Fred, et dans ce podcast, je vais partager avec vous des conseils et des stratégies pour vous aider à vivre de la photo.

Dans ce nouveau format, on va parler webmarketing, techniques de vente, réseaux sociaux à travers des interviews de photographes professionnels reconnus, et d’experts dans différentes thématiques qui vont vous aider à faire grandir votre activité de photographe.

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Être un ou une professionnelle de la photo ne veut pas forcément dire être photographe.

Sylvie Hugues est aujourd’hui consultante en photographie, après avoir été longtemps rédactrice en chef du magazine « Réponse Photo ».

Dans cette nouvelle interview d’expert, on parle de l’intérêt de la presse spécialisée photo et Sylvie partage des conseils très pratiques et pertinents, issus de sa grande connaissance de l’univers de la photographie.

Elle préconise par exemple la spécialisation pour un photographe, aussi bien sur le choix des sujets que sur les procédés de prises de vue.
Comment présenter son travail, notamment aux galeries, comment aborder correctement ses clients, mais aussi comment se former et acquérir une culture photographique ?

Si vous vous posez des questions sur le marché de la photo et sur les opportunités qui existent encore, ce podcast devrait vous plaire !

Je vous souhaite une bonne écoute

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Si tu es photographe et que tu veux vivre de ta passion, ou que tu es déjà professionnel mais que tu veux de l’aide et des conseils pour mieux te vendre, mieux vendre tes photos ou tes services et t’offrir comme moi, le luxe de choisir tes clients, alors tu peux t’inscrire à cette nouvelle newsletter.

 




Transcription écrite de l’épisode :

Salut à tous, et bienvenue dans le podcast Photographe Pro 2.0!

Je m’appelle Fred, et dans ce podcast, je vais partager avec vous des conseils et des stratégies pour vous aider à vivre de la photo. Dans ce nouveau format, on va parler webmarketing, techniques de vente, réseaux sociaux à travers des interviews de photographes professionnels reconnus, et d’experts de différentes thématiques qui vont vous aider à faire grandir votre activité de photographe.

N’oubliez pas de vous abonner sur iTunes et de partager cet épisode autour de vous pour faire connaître ce podcast.

Etre un ou une professionnel de la photo ne veut pas forcément dire être photographe. Sylvie HUGHE est aujourd’hui consultante en photographie, après avoir été longtemps rédactrice en chef du magazine Réponses Photo. Dans cette nouvelle interview d’expert, on parle de l’intérêt de la presse spécialisée photo. Et Sylvie partage des conseils très pratiques et très pertinents issus de sa grande connaissance de l’univers de la photographie. Elle préconise par exemple la spécialisation pour un photographe, aussi bien sur le choix des sujets que sur les procédés de prise de vue. Elle nous parle aussi de comment présenter son travail, notamment aux galeries. Comment aborder correctement ses clients, et également comment se former et acquérir une culture photographique. Si vous vous posez des questions sur le marché de la photo et sur les opportunités qui existent encore, ce podcast devrait vous plaire!

Je vous souhaite une bonne écoute !

– DEBUT de l’interview –

Sylvie HUGUES, consultante en photographie:

Je suis Sylvie HUGUES. J’ai été 23 ans rédactrice en chef du magazine Réponses Photo. Depuis 3 ans maintenant, je ne le suis plus. Et je fais différentes activités autours de la photographie. C’est à dire que j’anime des lectures de portfolios à la Maison Européenne de la Photo, je travaille comme directrice artistique pour le Festival du Regard, qui se tiendra en 2018 à Cergy. J’anime des stages aussi notamment avec une photographe, une master class sur une année, avec une photographe qui s’appelle Flore. J’anime aussi un stage à Arles. Et puis je continue toujours à écrire pour la presse aussi, notamment pour Le Monde de la Photo. Donc ça fait des activités diverses et variées, en + de mon activité de photographe que je continue pour moi, mais dans le peu de temps qu’il me reste entre tout ça quoi. Et je travaille aussi de temps en temps pour une galerie qui s’appelle Camera Obscura.

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

Du coup tu es aussi photographe? C’est quoi ton style de photos?

Sylvie HUGUES, consultante en photographie:

Alors moi, je suis plutôt une photographe du réel. Je suis attachée au réel, je suis quelqu’un qui travaille encore en argentique pour ma pratique personnelle, même si j’utilise le numérique couramment. Mais j’aime plutôt beaucoup la photographie documentaire, la photographie proche des gens. J’aime plutôt être dans cette photographie qui est comment on pourrait dire… Ce n’est pas de la photographie humaniste, mais voilà, une photographie proche du réel et des gens avec peu d’intervention sur Photoshop et tout ça. Et plutôt de l’argentique, soit en noir et blanc tiré par moi, soit en couleurs. En fonction quoi! Et attachée aussi pas mal aux procédés particuliers, comme les procédés anciens. Je n’en fais pas mais c’est quelque chose qui m’intéresse, que j’aimerais bien développer.

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

Est-ce que tu te décrirais comme entrepeneuse, ou entrepreneur de la photographie?

Sylvie HUGUES, consultante en photographie:

Quand il a fallu que je me redéfinisse une fois que cette carrière de rédactrice en chef a été finie, j’ai trouvé le mot « consultante ». Alors je n’aimais pas trop ça, on ne sait pas trop ce que ça veut dire… Mais comment tu dis? Entrepreneuse? Oui, si on veut, d’une certaine manière. En fait l’idée c’est de mettre mes connaissances et mon expérience au service des photographes. En définitif, ça revient un peu à ça. D’où cette façon que j’ai eu de scinder un peu mes activités. Ce que je faisais déjà avant: à Réponses Photo je faisais des lectures de portfolios au magazine. Je le fais maintenant pour La Maison Européenne pour la Photo, ou pour d’autres qui me demandent. Et de la même manière, je fais aussi du commissariat d’expo. Bon, j’en avais fait déjà un petit peu avant. Voilà, en fait tout ce que je faisais avant finalement, je le mets maintenant en tant que personne au service des photographes.

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

Pourquoi et comment tu es arrivée dans la photographie?

Sylvie HUGUES, consultante en photographie:

Alors, j’y suis arrivée par un chemin détourné. C’est à dire que moi je viens plutôt du cinéma. En définitif, au départ, moi quand j’étais jeune, je voulais devenir DEPARDON (Raymond). Mais le DEPARDON du cinéma. Le DEPARDON du documentaire. Le DEPARDON qui pose la caméra, comme toi là, et qui donne la parole aux gens, et qui n’intervient pas. J’aimais beaucoup ce cinéma-là.

Moi je voulais vraiment faire du documentaire. Donc j’ai fait une fac de cinéma, j’ai fait aussi un cursus de Lettres, histoire d’assurer le coup, parce que je savais bien que n’ayant aucune relation dans le cinéma et venant d’une famille très modeste, ce serait difficile. Le fait est, que j’ai très peu travaillé dans le cinéma et que en fait via DEPARDON, via ce cinéma-là, je suis arrivée à la photographie puisqu’il faisait aussi de la photographie. J’ai commencé à m’y intéresser, et j’ai commencé à travailler un peu comme semi-professionnelle on va dire pour des architectes, notamment. Et un jour, je travaillais pour une société de production de visuels. C’était en 1991, il y a eu la Guerre du Golfe. La société a mis la clé sous la porte, je me suis retrouvée au chômage. Et pendant des mois, j’ai vraiment galéré. Jusqu’au jour où j’ai trouvé une petite annonce dans le journal Libération, qui disait « Magazine en création cherche rédacteur photo ». Je me disais « Bon ben je fais de la photo et je sais écrire puisque j’ai une licence de Lettres. Donc pourquoi pas essayer ». Et c’était la création du magazine, donc j’ai eu la chance d’être recrutée. J’ai participé à sa création, donc c’était formidable. C’est comme ça voilà que je suis arrivée à la photographie, par ce biais détourné du cinéma.

Je ne suis pas devenue rédactrice en chef tout de suite. J’ai commencé comme rédactrice,  en continuant la photo à côté.  Et petit à petit : chef de rubrique, puis rédactrice en chef en 1996. J’ai été embauchée en 1992, je suis arrivée à la rédaction en chef en 1996.

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

C’est assez rapide quand même!

Sylvie HUGUES, consultante en photographie:

Oui, ça a été assez rapide parce qu’on était une petite équipe et voilà, les gens qui étaient là avant sont partis. Ca s’est fait comme ça quoi. 

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

Sur ce point-là : comment on fait pour écrire pour un magazine comme ça sur la photo, quand on découvre un petit peu aussi la photographie en même temps? Comment tu as vécu ce processus ?

Sylvie HUGUES, consultante en photographie:

Ben écoute, j’avais + que découvert puisque je la pratiquais quand même. Et puis j’avais suivi des cours. J’étais quand même assez aguerrie. Mais en revanche, ce qui a été assez formateur justement dans ce magazine, ça m’a ouvert à pleins de techniques, à pleins de matériels différents. C’est vrai que à l’époque il y avait encore du film, il y avait des films polaroïds, donc on pouvait tester les films polaroïds. Au contraire, je trouvais que c’était une très bonne école pour apprendre pleins de facettes de la photographie différente. On rencontrait pleins de photographes.

Moi mon rêve, c’était justement d’être le passeur entre le photographe pro que j’admirais (je me souviendrais toujours de mon 1er RDV chez Magnum où je suis allée interviewer Harry GRUYAERT), et le lecteur à qui je pouvais faire partager ma passion de ce moment unique. Ca, c’était génial. Du coup, j’ai énormément appris. Avec ces gens-là, avec les photographes que j’ai pu interviewer, rencontrer, dans tous les domaines. Parce que la photo ça ouvre à pleins de domaines différents. Et la partie technique où on s’est formés par contre petit à petit au numérique. Parce que le numérique est arrivé et là oui, autant l’argentique je maitrisais bien, le numérique ça a été une autre histoire. Et là effectivement, le magazine a accompagné ses lecteurs, mais tout en le découvrant. Et finalement, je pense que c’était bien parce que comme on était tous photographes à la rédaction, et que moi j’avais embauché plutôt des photographes qui savaient écrire plutôt que des journalistes qui faisaient de la photo, tu saisis la nuance? Du coup, on parlait de nos propres problèmes, les problèmes qu’on rencontrait, quand les impressions à jet d’ancre sont arrivées. Comment il fallait s’y prendre. Voilà, on parlait de choses qu’on vivait réellement.

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

Tu penses que ça a un rôle important un magazine comme ça, pour la photographie et pour les photographes?

Sylvie HUGUES, consultante en photographie:

Ben ça l’est devenu moins maintenant, avec des chaînes comme la tienne (rires). Mais je pense que la différence, à l’époque évidemment, maintenant j’en parle moins parce que je suis moins concernée. Mais ce que je trouvais d’intéressant dans un magazine, c’est qu’on hiérarchisait l’information. Alors que quand tu es toi tout seul, devant ton ordinateur et que tu vas chercher l’information sur internet, tout est un peu au même niveau. Et c’est pour ça que nous on insistait beaucoup, je dis nous parce que je travaillais avec Jean-Christophe BECHET aussi, on insistait beaucoup sur la partie culturelle de la photographie parce qu’il me semblait que là on pouvait apporter quelque chose qu’internet n’apportait pas. C’est vrai maintenant qu’avec internet, on peut se renseigner, il y a de très bons sites et de très bonnes infos. Donc on peut vraiment acquérir comme ça une bonne connaissance. Mais il me semble que la différence entre un magazine papier où il y a un sommaire avec une hiérarchie, de l’information, différents traitements et tout ça, je pense que ça apporte quand même quelque chose de plus il me semble. Si le magazine est bien fait! C’est toujours pareil.

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

Quels conseils tu donnerais à un photographe qui se lance dans le métier du photographe professionnel? Qui galère un peu, qui ne sait pas trop, qui doute? Toi avec l’expérience que tu as de ce métier-là ? 

Sylvie HUGUES, consultante en photographie:

Alors, dans quel domaine il veut travailler? Parce que si tu veux, le problème avec la photographie, c’est que on a un seul mot, pour pleins de réalités différentes. Ca n’a rien à avoir mais: on était à table tout à l’heure avec l’assistant de Peter LINDBERGH. Et bien le métier de photographe de mode n’a rien à avoir avec le métier de photographe dans une institution comme au Ministère par exemple. Ou photographe culinaire, ou reporter. C’est des réalités complètement différentes. Or on a toujours le même mot: photographe. On n’a malheureusement pas trouvé de termes plus appropriés pour définir un peu mieux le métier.

Qu’est-ce que je lui conseillerais ? Ce n’est pas facile. Je lui conseillerais de se spécialiser dans un domaine où il y a encore, il me semble, du travail. Parce que c’est vrai que ça devient vraiment difficile aujourd’hui la photographie, je pense qu’on peut le dire. Alors de l’extérieur, ce que moi je peux voir: il me semble qu’il y a encore du travail pour tous les photographes qui font du portrait, parce qu’on a toujours besoin de portraits de personnalités, d’écrivains, de personnages politiques, etc… pour illustrer, pour la presse, pour les sites internet etc… Je dirai si il ou elle a des affinités avec la mode, la pub, peut-être je pense que dans ces domaines-là il reste aussi du boulot. Il me semble aussi que la photo culinaire reste un domaine où on peut travailler. Mais je connais moins bien. Et après, pour tout ce qui est travaux personnels, ou reportages ou photos de presse, là je pense que c’est beaucoup + difficile. Donc il faut être curieux, il faut être tenace, il faut avoir des idées originales, il faut se démener. Et puis oui, le découragement, de toute façon ça fait partie du métier quoi j’ai envie de dire! Et voilà, mais c’est vraiment pas facile c’est sûr.

Après, je pense qu’il faut être quand même très curieux et faire des recherches, essayer de trouver.

Il y a aussi un autre domaine sur lequel je peux parler, parce que celui-là je le connais un petit peu. Maintenant que je travaille un peu aussi en galerie: c’est tout le domaine de la photo artistique, la photo qui est sur le marché de l’art. Et pour tous ceux qui pourraient s’intéresser à ça, parce que ça reste un espèce de fantasme. Beaucoup de photographes veulent rentrer en galerie. Hors les galeries, il y n’y en a pas tant que ça. Et la plupart du temps, elles ont 5-6 demandes par jour. Fin, j’exagère, mais ce n’est pas loin de ça.

Donc pour réussir à percer dans ce milieu-là, il faut vraiment pour le coup avoir une politique. C’est un peu dommage de dire ça, mais c’est vrai, puisque la photo par définition est un multiple. Mais là, il faut avoir une politique de raréfaction de la photographie. Et c’est pour ça qu’il y a une espèce d’engouement actuellement pour les procédés anciens. Même les daguerréotypes, puisque ce sont des procédés qui donnent une unicité à l’épreuve photographique. Et ce que recherche le marché de l’art, c’est cette unicité là en fait beaucoup. Et l’argentique reste encore assez prédominant, dans ce domaine-là. Donc je dirais de ne pas négliger ça puisque c’est important.

Et puis oui, de s’armer de courage. Beaucoup de photographes veulent faire des livres, mais pas faire des livres pour faire des livres. Il faut être aussi sincère dans ce qu’on fait. Voilà, c’est pas parce qu’on a fait une série qu’on va faire un livre! Il faut peut-être y mettre un peu + de soi, d’expérience, de recherche. Je ne sais pas, malheureusement je n’ai pas la clé, je n’ai pas la solution mais voilà, il faut essayer d’être original, sincère, curieux quoi d’une certaine manière. Et puis peut-être aussi avoir une famille riche (rires), ou un compte en banque bien fourni. Parce que ce n’est vraiment pas facile!

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

Parlons un peu de la galerie justement. Admettons que je sois photographe. J’ai envie de faire du tirage, j’ai envie d’être distribué en galerie et vivre de ça. C’est quoi les étapes à suivre? Qu’est-ce que je dois faire, c’est quoi la marche à suivre?

Sylvie HUGUES, consultante en photographie:

Ah! Alors, c’était ça la question surprise de la fin ? (rires). Non, c’était pas ça ? (rires). Elle arrive bientôt ? (rires).

Alors pour être en galerie, d’abord il faut bien connaître ce milieu-là. C’est un peu comme si tu vas voir un éditeur: t’es photographe, tu veux faire un livre et tu te dis « Ah ben je vais aller voir un éditeur ». Si tu ne connais pas la production de l’éditeur, si il a une spécialité, les auteurs qu’il a édité etc, tu y vas au casse-pipe quoi !

Donc c’est pareil, la galerie il faut connaître un peu qu’est-ce qu’elles vont promouvoir, quels types d’artistes, pourquoi. Un peu connaître l’histoire de la galerie, et puis essayer de rencontrer les directeurs de galeries un peu en dehors du milieu où ils sont. Faut pas y aller avec son appareil photo et son book par exemple! C’est absurde! L’appareil photo, cette foire internationale de la photographie où tout le monde est très occupé à vendre, et du coup ce n’est pas les lieu pour ça. Vaut mieux peut-être se concentrer sur les festivals, essayer de rencontrer des gens dans les lectures de portfolios, parce que là ils sont un peu + disponibles. Après, il faut aussi je pense être sincère dans ce que qu’on fait, de la même manière. Et puis malgré tout, tout en étant sincère, regarder un peu ce qui se fait. Et puis surtout penser que le galeriste est avant tout un marchand. C’est quand même quelqu’un qui a en face de lui un client, le collectionneur. Et il faut quand même se dire : « Bon, si je fais des photos et que je veux être en galerie, est-ce que moi-même je fais des photos qui sont des photos qu’on a envie de mettre au mur ? ».  Tout simplement. Parce qu’un reporter de guerre, à priori, si il dit « Je vais aller en galerie », il va peut-être avoir un petit problème quoi! Je ne pense pas qu’on ait envie d’avoir accrocher des photos de guerre au mur. Ou alors, des photos peut-être mises en scène, ou un autre type. Voilà, il faut penser que c’est un marché. Le marché de l’art, c’est un marché avant tout. C’est de l’art certes, mais c’est aussi un marché. Il faut donc se poser ces questions là de forme, d’encadrement, de taille de tirage, de numérotation. C’est tout un univers le monde de la galerie. Donc c’est assez particulier, il  faut bien se renseigner là-dessus. Il y a certainement pleins d’autres choses à dire.

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

Comment tu te formes, pour quelqu’un qui ne connaît pas par exemple?

Sylvie HUGUES, consultante en photographie:

Faire une école de photo, par exemple ? (rires). Je regarde à gauche parce qu’ il y a Jean-Christophe BECHET qui a fait l’école d’Arles, mais l’école de photo d’Arles, oui elle forme à ça. Après, on peut aussi se former tout seul. Surtout, il faut aller voir beaucoup d’expositions, il faut acheter des livres de photographes, il faut se plonger dans les livres, avoir une culture photographique importante. Ne serait-ce que pour ne pas refaire ce qui a déjà été fait par exemple. Ou essayer voilà, de s’imprégner, de s’inspirer. Je pense que la culture photographique, là en l’occurrence, c’est vraiment très important. Et ça passe je pense par le fait d’aller voir beaucoup d’expositions et de se renseigner sur les photographes, d’acheter leurs livres, de se plonger dans cet univers-là.

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

Tu as donné des conseils pour un photographe qui se lance, mais c’est quoi les qualités d’un photographe qui connaît le succès, qui arrive à vivre de ses photos, à vendre des photos?

Sylvie HUGUES, consultante en photographie:

Ecoute, moi j’ai l’impression qu’aujourd’hui, il n’y a plus de recette vraiment. D’abord, je pense qu’être jeune photographe aujourd’hui c’est plutôt une qualité entre guillemets. Dans la mesure où il y a quand même une espèce de course au jeunisme, puisque quand on est jeune photographe, il y a quand même pleins pleins de possibilités: que ce soit des concours, appels à candidatures, résidences qui sont accessibles aux jeunes photographes. C’est presque + facile pour les jeunes j’ai envie de dire aujourd’hui, de se lancer. Et si on a un compte Instagram, qu’on est un peu malin, qu’on est sur les réseaux

Sociaux et tout ça: je pense qu’on peut avoir de la visibilité immédiate, avoir un succès comme ça immédiat, quand on est jeune.

En revanche, la difficulté, c’est de durer en photographie. Et moi, je le vois bien dans les lectures de portfolios à la MEP que je fais. La génération des photographes qui ont entre 40 et 60 ans, celle-là elle souffre vraiment. Parce qu’elle n’est plus jeune, donc elle n’a plus accès à tous ces concours, toutes ces bourses, etc… Et elle n’est pas encore assez âgée pour être reconnue. Donc voilà.

Mais c’était pas ta question, ta question c’était « Quelles sont les qualités ? ». Alors les qualités, je te dirais qu’avoir quand même un petit peu de talent quoi! Et puis surtout je pense qu’il faut essayer de se démarquer. Parce que l’appareil photo numérique maintenant fait des photos qui se ressemblent toutes.

Donc moi, des fois en rigolant je dis que l’argentique, c’est l’avenir. Parce que l’air de rien, malgré tout, en argentique, ou avec des procédés divers, en réfléchissant aussi au support sur lequel on va imprimer ou faire ses tirages, ça permet peut-être d’être différent des autres et de se faire remarquer pour ça. Après, oui, il faut être curieux, il faut aller chercher, il faut trouver des sujets originaux. Peut-être qu’il faut aussi creuser là où on est, si on est en province ou dans une région particulière, plutôt que de se dire « Je monte à la capitale, je monte à Paris parce que c’est là où ça se passe ». Il faut peut-être rester au contraire dans son coin et labourer ce terrain parce qu’il y a certainement des opportunités sur place, et c’est peut-être + facile pour quelqu’un qui est sur place déjà, de connaître les acteurs importants de la région.

Après, il y a des tas de solutions, il y a beaucoup de résidences qui ont lieu en France, des résidences photographiques. Il y a beaucoup de concours, il y a quand même pas mal d’opportunités. Donc il faut se renseigner là-dessus, y participer, pour ne serait-ce qu’avoir des retours. Savoir aussi ce que son travail vaut.

Alors ce qui est un peu frustrant souvent, c’est que dans ces concours ou appels à candidature, en fait quand vous n’êtes pas pris, vous ne savez pas pourquoi. Et c’est pour ça que les lectures de portfolio c’est intéressant, parce qu’on a un rapport direct à la personne qui peut vous expliquer pourquoi le travail plaît, ou pas. Bon voilà, mais ça ne répond pas vraiment à la question que tu m’as posée mais bon, j’essaye! (rires)

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

Qu’est-ce que tu dirais par rapport à l’importance de l’editing ? Parce que c’est quand même une de tes spécialités aussi, une de tes compétences?

Sylvie HUGUES, consultante en photographie:

J’anime un stage sur ce sujet-là effectivement, à Arles. Qu’est-ce que je peux dire sur l’editing? Et bien il est capital, surtout qu’avec le numérique maintenant, on fait beaucoup + d’images qu’avant. Parce que la photo par définition maintenant, en numérique, elle est gratuite quoi. Avant, tu achetais un film, ça avait un certain prix. Et puis maintenant ça coûte encore + cher donc tu faisais attention quand tu déclenchais. Aujourd’hui, on multiplie les prises de vue parce que voilà, et puis il y en a beaucoup qui se disent je vais rattraper avec Photoshop. Ca c’est à mon avis, un peu le défaut. C’est d’autant + important d’être bon en editing. Mais ça veut dire quoi être bon en editing ? Ca veut dire réussir à se défaire des photos dont on sent qu’on les aime, pour telle ou telle raison, ce qu’on appelle l’image mentale. Parce qu’on a vécu la scène, on a transpiré et c’était difficile, et que voilà, t’as réussi quand même la photo. Et là, la photo ben elle ne marche pas quoi. Et t’as réussi à te défaire de cette photo-là au bénéfice d’une autre, et savoir juger quelle est la meilleure photo des 2 ou dans un ensemble. Quelles sont les photos qui iraient le mieux ensemble pour constituer une série, ou une narration ou un chemin de fer pour un livre. Tout ce boulot-là d’editing pour moi il est devenu mais vraiment ultra important quoi!

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

En repensant à Réponses Photo: un des problèmes, peut-être que c’est un faux-problème nous diras-tu des photographes professionnels: c’est de trouver une excuse, de dire qu’il y a trop d’amateurs qui viennent piquer le boulot des professionnels. Et ça se ressent quand on voit les professionnels spécialisés qui donnent quand même beaucoup d’importance aux photographes amateurs en leur donnant des prix, en les mettant en avant. Quel est ton point de vue sur ça, sur cette petite « guerre » ?

Sylvie HUGUES, consultante en photographie:

Y a-t-il vraiment une guerre ? Fin je ne sais pas… Moi je crois que malheureusement, photographe c’est de moins en moins devenu un métier. Parce que franchement je pense que beaucoup de photographes, la plupart du temps maintenant ils ne vivent pas que de leurs photos. Ils donnent des cours, ils animent des stages, ils font pleins de choses par ailleurs. Même certains montent des festivals, fin tu vois ils ont ces activités-là à côté qui leur permettent de vivre. Je pense que les photographes qui vivent vraiment que de la photo, il y en a de moins en moins.

Donc je crois que si guerre il y a, elle est foutue, fin je veux dire elle est gagnée. Je veux dire par là que nous, quand j’étais au magazine, les amateurs on s’apercevait que souvent ils  étaient bons. Parce que d’abord, quand ils faisaient de la photo, ils faisaient vraiment de la photo pour leur plaisir. Ils investissaient beaucoup d’argent dans leur matériel, parce que c’était vraiment leur hobby, leur passion. Donc ils étaient quelques fois mieux équipés que certains professionnels, faut le voir ça quand même.

Et puis c’est vrai que maintenant, avec le numérique, ça a facilité beaucoup la prise de vue. Avant, les professionnels avaient une vraie façon (ils l’ont toujours hein) de travailler. C’était beaucoup plus compliqué, ils avaient une expertise qui aujourd’hui s’est un petit peu perdue avec le numérique. C’est peut-être déplacé sur l’apprentissage de Photoshop, l’ITroom, le traitement d’images un petit peu effectivement. Mais quand même, globalement il y a moins je crois de frontières entre le professionnel et l’amateur. Puisque en fait, j’ai envie de te dire que même le professionnel il est aussi d’une certaine manière amateur, puisque beaucoup de professionnels font des travaux personnels aussi. Et se font connaître par leurs séries personnelles.

Donc je ne sais pas ! Honnêtement, on peut peut-être nous jeter la pierre, je parle de moi à l’époque où j’étais à Réponses Photo et où effectivement on publiait beaucoup d’amateurs. Mais on publiait aussi beaucoup de professionnels, beaucoup de photographes de Magnum. Je ne saurais pas répondre à ça mais je n’ai pas l’impression qu’il y ait vraiment une guerre.

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

Et tu ne penses pas que le fait que les photographes n’arrivent plus à vivre de leur métier central, qui est la prise de photographie et la vente de reportages, c’est lié ?

Sylvie HUGUES, consultante en photographie:

Non, ce n’est pas lié à ça. C’est lié à la mondialisation. C’est lié au fait que quand tu veux vendre un sujet que t’as fait au Groenland, qui t’as coûté une fortune, ben tu es en concurrence avec des photographes danois ou groenlandais qui sont sur place. C’est internet, c’est le numérique, c’est la mondialisation qui est le vrai ennemi du photographe en réalité. C’est pas l’amateur qui de toute façon lui, bon ben il va peut-être exploser un moment, et après de toute façon il aura son métier à côté donc ce ne sera pas vraiment un vrai concurrent il me semble.

Je pense que toutes les difficultés pour le photographe sont arrivées au moment où le numérique est arrivé, et internet quoi vraiment. Ca a été à la fois une opportunité, une chance pour se faire connaître etc. Mais c’est en même temps l’inverse, ça a tué beaucoup de photographes dont c’était le métier et qui se sont retrouvés face à des concurrents. Genre dans une entreprise on achetait un appareil photo numérique et ça allait bien, on donnait ça à quelqu’un. En même temps ce n’était pas une photo très intéressante, mais par exemple toute la photo de packshot, photos d’objets, elle a complètement disparue je crois au niveau professionnel. Parce que ben maintenant on achète un petit studio portatif, un appareil numérique ou même voir avec son smartphone et hop on fait la photo d’objets. Et voilà, donc c’est plutôt la technique qui a été l’évolution du numérique, qui a tué ce métier il me semble.

Fred, photographe professionnel & auteur-réalisateur du podcast:

Où est-ce qu’on peut trouver tes projets, c’est quoi tes actualités ?

Sylvie HUGUES, consultante en photographie:

Donc le prochain projet, et qui est d’importance, c’est que j’assure la direction artistique d’un festival à Cergy (Le Festival du Regard), à la ville de Cergy-Pontoise en région parisienne. C’est à environ 45 minutes de RER de Paris. Et c’est un thème différent j’allais dire chaque année. Mais en fait il n’a pas eu lieu en 2017, il a eu lieu en 2016 à Saint-Germain-en-Laye, sur la matérialité photographique.

Et là, en 2018, du 8 Juin au 8 Juillet, ça sera sur le thème « Adolescences ». Donc là j’ai choisi avec une autre personne, Mathilde TERRAUBE, qui est aussi directrice artistique, un certain nombre de photographes autours de ce thème. Et puis on a des lieux dans lesquels il faut qu’on imagine des scénographies. Il faut écrire le dossier de presse, s’occuper de la communication. C’est un boulot assez important, mais c’est vraiment passionnant à faire. Voilà, donc je suis essentiellement sur le Festival du Regard actuellement, + mes activités à côté.

J’ai une chronique dans Le Monde de la Photo, tous les mois, un petit billet d’humeur que j’aime bien faire. Et les lectures de portfolios à la Maison Européenne de la Photo, la master class avec Flore qui continue, on ouvre une 3ème session bientôt. Et voilà, c’est pas mal d’activités diverses et variées autours de la photographie, qui me passionnent.

– FIN de l’interview –

Cet épisode du podcast est maintenant terminé! Si ce dernier vous a plu, et que vous voulez le soutenir, il vous suffit de vous abonner sur iTunes et de laisser une note de 5 étoiles, ainsi qu’un commentaire. Cela ne vous prendra qu’une minute, et aidera grandement au référencement du podcast.

Enfin, un dernier mot pour vous dire que si vous souhaitez avoir plus d’informations et de conseils pour faire grandir votre activité de photographe professionnel, vous pouvez vous abonner gratuitement à ma newsletter du lundi, dans laquelle je partage chaque semaine des conseils très utiles. Le lien est en description de cet épisode.

Je vous donne rendez-vous dans le prochain podcast du Photographe Pro 2.0. 

À bientôt!

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