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Battle in Toulouse

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Parfois il ne faut pas aller très loin pour se retrouver dans une rue en proie à des affrontements violents entre forces de l’ordre et casseurs. Ce samedi 1er novembre, ces scènes invraisemblables se sont déroulées à quelques centaines de mètres de chez moi… Ce jour-là, une manifestation en l’honneur de Rémi Fraisse, jeune militant écologiste tué par un tir de grenade il y a quelques jours, a dégénéré, au point de transformer le centre ville de Toulouse en champ de bataille…

Récit d’une journée plus que mouvementée.

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Tandis que je m’avance vers la place du Capitole, point de rendez-vous de la manifestation, je commence à compter les camions de CRS et autres gendarmes mobiles, stationnés à proximité. Après avoir salué quelques collègues journalistes, je pars faire un petit tour de reconnaissance dans les rues avoisinantes. Aussitôt entrée dans la rue de Rémusa, premier check-point des forces de l’ordre. Alors que je montre ma carte de presse, un groupe de manifestants se fait fouillé et l’un d’entre eux à la très mauvaise idée de résister, notamment lorsqu’un policier tente de lui arracher des mains son petit mégaphone rouge vif. Plaquage au sol, mur de collègues pour éviter la photo qui dérange. Apparemment, les consignes sont strictes : empêcher les débordements, d’entrée de jeu. Ironique lorsque l’on sait que les affrontements vont durer plus de 5 heures et de façon aussi bien sporadique qu’anarchiste dans les rues de Toulouse…

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Après une heure de regroupement sur la place du Capitole, un cortège se met en place et part dans l’une des rues bloquées par la police. Premières intimidations de la part des manifestants, jets de projectiles, réponses des hommes en armures : premier jet de lacrymo.

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Le cortège fait demi-tour. Alors que toutes les rues partant de la place semblent condamnées, les manifestants continuent de scander des slogans virulents, face aux cordons de CRS. Tout à coup, le cortège se remet en route pour emprunter une rue… déserte de toute force de l’ordre. Etonnant, et surtout inquiétant ! Un flot de personnes cagoulées et visiblement très énervées s’engouffre dans cette rue commerçante… Alors que certains placardent des feuilles mentionnant des messages liés à la mort de Rémi Fraisse, d’autres, à visage bien couvert, commencent à taguer les murs avec des messages plus radicaux et anarchistes.

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La « manifestation », qui n’en est alors plus vraiment une, arrive au croisement de la rue de Metz, où attendent les CRS… L’escalade de violence débute. Jets de pierre, poubelles brûlées… Le cortège poursuit sa route en direction du palais de justice. Mais alors que nous arrivons au niveau de la place du Salin, les CRS ouvrent les hostilités en repoussant brutalement les assaillants. Le bruit des grenades lacrymogènes projetées en l’air est à peine couvert par l’hélicoptère de la gendarmerie qui suit le groupe depuis le Capitole. J’ai l’impression d’être dans un film de guerre, je me rapproche des hommes cagoulés qui jettent des pierres et manque de me faire toucher par une grenade avant de décrocher du fait de la fumée qui pique méchamment les yeux et qui m’empêche de les garder ouvert dans le viseur de l’appareil. Le temps de reprendre mes esprits, je repars en direction de l’épais nuage de fumée pour tenter de capturer le moment où un manifestant shoote au pied dans une grenade. Les forces de l’ordre gagnent du terrain, je les laisse me dépasser et je les suis.

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Casqués, mais sans armures, il s’agit bien de la BAC, la brigade anti-criminalité, qui gaze généreusement tout ce joli monde. Des confrères arrivent, et je me rend compte que j’étais tout seul au début de cette courte mais intense scène d’affrontement. J’essaie de prendre de l’avance et je me mets à courir vers les premiers rangs de policiers. Dans sa course, l’un d’entre eux fait tomber son flashball… Nous essuyons des jets de pierre. Alors que je cours vers la fumée, un pavé explose à mes pieds. Je commence à me demander si l’on est davantage en sécurité du côté des policiers…

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J’arrive à Esquirol. Il y a beaucoup de monde. Heureusement les magasins ont verrouillé leurs portes et même abaissé leurs grilles. De l’autre côté, les clients, consternés, observent ces scènes de guérilla urbaine. Les casseurs continuent de tout taguer et tout détruire sur leur passage. Ils s’en prennent alors à une agence bancaire du Crédit Mutuel. Après avoir défoncé la porte à coup de pierres et de pieds, ils explosent les caméras de surveillance avant de saccager l’intérieur. Un tag « Tiens, tes agios » trône sur le mur en brique de l’agence.

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La violence gagne en intensité. Les forces de l’ordre chargent des deux côtés de la rue. L’horreur : un manifestant est projeté par terre, roué de coups. C’est alors qu’une passante d’une soixantaine d’année commence à interpeller l’un des policiers qui se défoulent sur l’homme déjà pris à partie par trois de ses collègues casqués et en armures. Et puis c’est elle qui se retrouve à terre, matraquée, menottée.

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Les casseurs sont repoussés dans la rue Saint-Rome. Le mouvement se disperse et je perd de vue les cagoules. Après quelques minutes de courses dans les rues aux alentours, je les retrouve, en plein quartier Saint-Georges. Certains commencent à s’en prendre à nouveau à une agence bancaire. C’est la BNP qui est visée cette fois. Difficile de prendre en photo cette scène, car je reste sur mes gardes. Je suis le seul photographe dans le coin, seuls les badauds sont témoins de cet acharnement matériel avec leurs téléphones. Je ne voudrais pas qu’ils décident de ne pas avoir de photos de ces destructions dans la presse, ni voir un contingent de la BAC débouler derrière en courant, matraque à la main… Prudemment, je continue de les suivre.

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Arrive alors l’épisode final, et le plus impressionnant : Jean Jaurès. Nous arrivons au square Charles De Gaulle quand finalement, la BAC débarque. Mais ils ne sont qu’une poignée, une dizaine tout au plus, et clairement dépassés. Rapidement, les militants arrivent à les encercler. Insultes, slogans violents, ils sont clairement humiliés, devant des passants et clients des commerces des alentours qui ne comprennent même pas ce qu’il est en train de se passer. La scène est délirante. Je décide alors de filmer afin de rendre compte de cette situation, compliquée à photographier (même en passant à 8000 ISO). Un jeune homme est touché. Allongé par terre, il est entouré par des manifestants qui insultent les policiers. Blessé sur le flanc par un tir de flashball, il est transporté dans un restaurant avoisinant.

Et puis, c’est le début du grand n’importe quoi…

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Les allées Jean Jaurès se retrouvent sous un feu nourri de grenade lacrymo, visant aussi bien les passants que les militants, qui répondent avec des jets de bouteilles en verre, jetées également à l’aveugle. Avec des confrères photographes, nous manquons de justesse d’en recevoir une sur la tête.

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Les forces de l’ordre tentent alors une nouvelle tactique. Ils se regroupent, sélectionnent une cible, tirent quelques grenades, courent vers cette dernière, et après l’avoir plaqué au sol, l’amène violemment vers leurs véhicules. Je photographie l’arrestation de trois jeunes militantes, dont une que je reconnais, et qui m’avais offert un café dans sa caravane sur la zone de Sivens il y a deux semaines de cela. Je suis sous le choc de la voir, mains sur la tête pour se protéger des coups de matraque, elle qui n’a rien lancé, sinon son poing en l’air pour scander des messages à propos de Rémi Fraisse. Je me concentre à nouveau et fonce vers elle pour shooter cette scène. Mais un policier avance vers moi, une lacrymo à la main et pointé sur mon visage. Je lève mon boitier en l’air et lui hurle que je suis journaliste. In extrémis il me laisse reculer.

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Cette invraisemblable bataille se poursuit encore plus d’une heure sur les allées Jean Jaurès. Personne ne comprend pourquoi la circulation n’est pas coupée par les nombreuses forces de l’ordre qui semble complètement dépassées. Des projectiles ricochent sur les voitures et manquent de toucher des personnes âgées qui n’ont pas la chance de courir pour échapper aux nuages de gaz. Soudain des tirs partent en plein milieu des allées, mais cette fois les projectiles atterrissent en plein dans la bouche de métro, à plusieurs mètres du contingent de manifestants. Ces derniers commencent à applaudir les policiers pour ce « tir cadré », en guise de moquerie. Moins drôle, trois femmes d’une cinquantaine d’années sont enfermées dans l’ascenseur du métro, juste dans le nuage de gaz…

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Voyant que la situation se calme relativement, je décroche pour envoyer mes images à Paris. J’apprendrai ensuite dans la soirée que le reste des militants s’étaient regroupés sur la place du Capitole pour calmer le jeu, puis les choses auraient dégénéré et les forces de l’ordre auraient chargé…

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Plus de 5 heures de grand n’importe quoi dans Toulouse.

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