Comment travailler comme photographe de commande - Destination Reportage

Comment travailler comme photographe de commande

Salut à tous, et bienvenue dans le Podcast Photographe Pro 2.0 !

Je m’appelle Fred, et dans ce podcast, je vais partager avec vous des conseils et des stratégies pour vous aider à vivre de la photo.

Dans ce nouveau format, on va parler webmarketing, techniques de vente, réseaux sociaux à travers des interviews de photographes professionnels reconnus, et d’experts dans différentes thématiques qui vont vous aider à faire grandir votre activité de photographe.

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Pierre Morel fait partie de cette « nouvelle » génération de photographe, qui utilise énormément et à très bon escient les réseaux sociaux.

Mais Pierre est aussi un paradoxe dans le monde du photojournalisme car il travaille essentiellement en commande pour les médias.

A l’heure où l’on parle de précarité, de crise de la presse et de la nécessité de produire et financer ses propres reportages, ce jeune photographe parisien prouve qu’il est encore possible de partir en commande pour de grands magazines comme Paris Match.

Dans cet épisode du podcast, Pierre nous parle de son parcours, qui n’a pas toujours été évident et de son business.

Il nous parle aussi de son activité de photographe « corporate », c’est à dire pour les entreprises et les agences de communication. Il nous explique que ce genre de clients peuvent l’envoyer à l’autre bout du monde pour réaliser une commande photo.

Pierre est un véritable entrepreneur et dirige son activité comme un véritable chef d’entreprise responsable et également éthique. Il nous parle de sa vision de l’entreprenariat et du rôle social du photographe.
Dans ce long entretien, on parle aussi de stratégie marketing et comment y associer concrètement les réseaux sociaux pour que ce soit efficace en terme de retombées en chiffre d’affaires.

Il donne également des conseils pour les photographes qui se lancent ou qui veulent être plus visibles pour trouver plus de clients.
La question des tarifs sera également développée, ainsi que celle du positionnement dans son marché.

Bref, une belle leçon d’économie pour photographe qui a envie de travailler aussi bien pour la presse que pour les entreprises.

 

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Transcription écrite de l’épisode :

 

F : Est-ce que tu peux te présenter pour les gens qui ne connaissent pas ce que tu fais pour nous dire un peu ce que tu fais ? Qui tu es, comment tu bosses ?

P : Bonjour à tous. Moi, je m’appelle Pierre Morel. J’ai 30 ans. Ça fait 10 ans que je fais le métier de photographe professionnel. J’ai commencé ce métier en faisant une formation à l’EMI-CFD il y a 10 ans — l’École des métiers et de l’information — qui est une école basée à Paris. C’est une école qui m’a appris en 6 mois à 8 mois à devenir un professionnel du photo-journalisme. Depuis ce temps-là, j’exerce mon activité à Paris, dans ma région d’origine qui est le Rhône-Alpes et aussi à l’étranger. En travaillant principalement sur de la commande à la fois pour des journaux qui sont des titres aussi variés que Paris Match, Okapi, du-jour.fr (un site internet), des institutions, donc on parle de mairies, de collectivités territoriales, etc. qui ont besoin d’images. Et puis des entreprises, des marques, des grands groupes du CAC40, des petites PME, etc. Donc, une très très grande variété de clients qui me font confiance depuis une dizaine d’années, qui me permettent d’exercer ce métier.

Je suis un photographe qu’on appelle « indépendant ou pigiste ». J’ai différents statuts sociaux et fiscaux. Je suis sur le marché indépendant. Je suis membre d’une agence, d’un collectif de photographes sous forme associatif qui s’appelle « Divergence Images » qui compte 108 photographes qui nous sert à diffuser nos images dans la presse. Et je suis aussi représenté depuis 3 ans par un agent Frédéric Rossi via son agence « La company ». Puis lui me représente auprès des clients corporate, etc. Donc voilà, c’est une activité un peu diversifiée que je fais avec grand plaisir depuis 10 ans, qui marche plutôt bien depuis 5 ans. Mes sujets de prédilection sont vraiment sous la forme de reportage. Je travaille beaucoup sur la politique, la société. Une petite spécialisation de mon origine venant des Alpes, je fais beaucoup de photos de montagne, de ski, etc. Après, on va dire que je suis surtout appelé pour un regard reportage, un regard plutôt optimiste et positif sur les activités d’entreprises ou sur des sujets qui parlent de transition, etc. Je ne suis pas un grand reporter à partir aux quatre coins du monde sur des sujets sensibles, je suis vraiment plutôt sur la France ou sur des prods qui sont faites en Europe ou dans d’autres pays, mais plutôt sur des sujets que j’appelle « gentils ». Ce n’est pas forcément des sujets qui changent le monde, mais qui participent à le représenter à leur manière.

F : D’accord. Tu vis principalement de la presse ? Ou de ton activité de corporate ?

P : Alors j’ai vraiment une double casquette depuis mes débuts. Une double casquette qui s’est toujours plus ou moins équilibrée. C’est à dire entre une activité de presse, de travaux pour les journaux, des entreprises de la presse française (la presse quotidienne, la presse web, la presse magazine) qui représentent environ 30 % de mes revenus. Ce sont des revenus sous forme de salaires « pigiste ». Donc des revenus qui sont chargés « par des cotisations sociales ». C’est du net qui me permet d’avoir … de presse et une protection sociale. Ensuite, j’ai une activité vraiment Entreprise individuelle via le statut d’auteur-photographe affilié à la Gesa depuis quasiment mes débuts qui lui me rapporte plus d’argent en termes de chiffre d’affaires. Puisqu’il concerne beaucoup plus de clients avec des montants beaucoup plus importants. Le tarif journée pour une entreprise est beaucoup plus important de 2 à presque 10 fois plus qu’une entreprise de presse. Donc, ça fait gonfler le chiffre d’affaires.

J’ai une double activité. Je vis depuis 4 ans (si je ne dis pas de bêtises) exclusivement de la photo. En tout cas de l’activité générée par la photographie. Avant ça, ce qui m’a permis d’avancer dans ce métier, c’est des aides sociales. RSA activité pendant quelques années à mes débuts, les aides au logement ou de l’aide parentale pendant 2 ou 3 premières années d’activité avec mes parents qui, heureusement, sont là. Ils avaient la possibilité de me dépanner des fois quand il avait des trous de paiement quand je suis lancé, etc. Et depuis 4 ans, je suis totalement autonome par rapport à mon activité, mais ce n’est pas une activité qui aurait été permise sans le système parental que j’avais autour de moi. Et sans le système républicain, le pacte social qu’on a dans ce pays-là avec les aides qui permettent à des jeunes de se lancer dans des activités comme celle-ci.

F : Je t’ai connu surtout via les réseaux, j’ai regardé ton travail et j’ai vu que tu partais régulièrement en commande. Aujourd’hui, on part soit en commande pour un magazine. Soit on fait les sujets, on les amorce nous-mêmes, on les produit nous-mêmes pour ensuite les vendre. Toi, tu es dans quelle logique ?

P : Moi, je suis vraiment un photographe de commande. Maintenant, j’ai même plus tendance à me définir comme prestataire de la photographie. Donc, ce n’est pas du tout un mot très noble, mais un mot qui me correspond bien. C’est-à-dire que je réponds aux besoins d’une rédaction ou d’un client par rapport à un sujet qu’ils ont envie de faire, une histoire qu’ils ont envie de représenter, etc. C’est un système qui me va plutôt pas mal. C’était ma manière de fonctionner. Je sais que dans le métier en tout cas de photo-journaliste, ce n’est pas le système majoritaire. Souvent les photographes viennent avec de grands sujets. On a tous une volonté de raconter certains sujets, de travailler vraiment sur certaines thématiques, de porter des sujets avec beaucoup d’empathie envers leur sujet. Moi, je suis assez détaché. Ce qui m’intéresse, c’est plutôt ce qu’on va me proposer. J’adore la contrainte et le cadre de la commande. C’est-à-dire d’avoir un brief, une imposition. Et finalement, c’est peut-être aussi un manque de confiance en moi.

Mais, quand j’ai une commande, la légitimité de faire le sujet elle est apportée par le commanditaire. Il se dit : « Ça doit passer dans mes pages ». Donc, je me dis que le sujet est légitime par rapport aux clients ou aux besoins. Il m’est arrivé des fois de proposer des sujets. Mais je me dis : « Bon, qu’est-ce qui fait que ce sujet est légitime ? » Je ne sais pas. Il y aura plein de manières de le faire, mais j’ai la confiance ou l’envie de porter ça. Voilà !

Après, avec le temps, je pense que c’est intéressant pour n’importe qu’elle photographe ou créatif. C’est que finalement les commandes que je fais aujourd’hui correspondent à ce que j’avais envie de faire, aux sujets que j’avais envie de traiter. Je me suis fait par exemple identifier auprès des rédactions parisiennes comme un photographe venant de la montagne. Et donc, j’ai des commandes en lien avec le milieu de la montagne. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas tant le sujet en question à chaque fois, mais c’est les thématiques ou la façon dont je vais pouvoir travailler. Travailler sur le milieu de la montagne, ça, c’est très bien. Travailler sur des histoires positives aussi, ça m’intéresse. Et finalement, il y a beaucoup de journaux qui me font travailler sur ce genre de chose. Et après, il y a toujours ce côté challenge d’une commande, de passer du coq à l’âne et de ne pas être spécialisé sur un truc.

Donc, moi j’ai ce luxe-là. Je sais que ce n’est pas forcément le plaisir pour beaucoup de mes confrères et consœurs de travailler à la commande parce qu’il y a des contraintes de temps, il faut apprendre à travailler vite. Donc ça, c’est vraiment une richesse, notamment en presse, c’est arriver à sortir une histoire en une journée ou une demi-journée. Il y a des contraintes d’editing ou de mise en page parce que sur une prod », un reportage d’une journée, on ne va utiliser peut-être que 2 ou 3 de tes photos. Sur un editing, sur un rendu de photo, toi, tu auras rendu 20-30 photos. Donc, ça peut vraiment être frustrant. Il faut vraiment pouvoir être détaché à ça et aimer ce travail de commande. Aujourd’hui, je n’ai pas proposé une seule idée depuis 2 ans, je pense. Ce n’est pas du tout comme ça que je fonctionne, c’est plutôt un travail de commande.

F : Justement, peut-être que les photographes sont aussi un peu bloqués par ce côté « il faut répondre à la commande ». On est aussi un peu frustré peut-être dans son développement du sujet, la façon dont on va être traité. Ça va être vraiment pour un client particulier, donc on est un peu bridé. Moi, ce que j’entends le plus quand je parle aux photographes, ils se plaignent de ne pas avoir de commandes, tout simplement ! Parce que le marché est peut-être un peu plus resserré qu’à l’époque. Ou il y a moins de budgets dans la rédaction, et encore moins pour la photo. Et du coup, on envoie peut-être un peu moins les photographes en commande. Surtout ceux qui vivent en province, ce n’est pas forcément sur Paris. Qu’est-ce que tu penses de tout ça toi ? Qu’est-ce que tu penses du marché de la commande aujourd’hui par rapport à ce que tu as connu il y a peut-être 5 ans, même 10 ans ?

P : Pour être honnête, je ne serais pas en mesure de donner une vision objective de la situation. Savoir si c’était mieux avant ou pas. Il y a toujours tellement de biais. Le premier biais, c’est qu’il y a 10 ans j’étais un jeune photographe, en début d’activité, puis maintenant, je suis confirmé. Donc, j’ai, dans mon activité, que de la croissance continue depuis 10 ans. Mais, est-ce que cette croissance est liée à l’état du marché ? Ou juste à ma croissance personnelle parce que ça marche de mieux en mieux pour moi ? Je n’ai pas de mesure. Mais, j’ai l’impression quand même que le marché de la commande est toujours plus ou moins le même gâteau, de toute façon corporate. Je suis toujours surpris qu’il y ait autant de commandes en presse ou qu’on m’envoie des fois à l’étranger, qu’on envoie encore des photographes, etc.

En entreprise, des fois… En 2014, on m’a envoyé à San Francisco, on m’avait prévenu 3 jours avant pour un annonceur qui s’appelle Samsung. Donc une grande entreprise via une agence de com française ! Ils m’ont prévenu comme ça, trois jours avant en me disant : « Ah ! » Je n’ai jamais bossé avec cette agence, on m’avait recommandé leur nom. « Fais-nous un devis pour partir à San Francisco quatre jours pour photographier un restaurant 3 étoiles en mode reportage carte blanche ! ». Ils avaient aussi envoyé une équipe vidéo avec moi, etc. Un gros budget ! Et trois jours après, je reçois mes billets d’avion comme à la grande époque des années 70 ou 80. Donc, des prods comme ça existent. Pas forcément toujours en presse, mais ! Des fois, pas très rationnel parce qu’à San Francisco, en tout cas, aux États-Unis, il y a parmi les meilleurs photographes du monde et du coup ils peuvent très bien trouver des gens sur place.

Mais, voilà ! Au bout de 10 ans, ce que je me dis, c’est qu’il y a toujours un besoin photographique original (ça, c’est clair !) sur un certain marché qui est plutôt un marché de niche, un marché prémium. On a toujours besoin de portrait parce que le portrait d’un PDG, d’une personne, etc. ce n’est pas quelque chose qui va se trouver en microstock. Les entreprises ou les journaux qui veulent avoir une plus-value, qui veulent montrer qu’ils ont vraiment un regard original soit sur l’actualité, soit sur leur produit, etc. Donc, ils ont besoin de passer commande pour avoir un contenu original. Ce qui va compter pour avoir des commandes, je pense ce qui va vraiment faire la différence, c’est le professionnalisme. Donc, pas tant la qualité des photos, parce qu’elle est devenue quand même assez équivalente. Et aujourd’hui, il y a un pool de photographes de qualité assez énorme et importante sur le marché notamment français et même international. Maintenant, on trouve des photographes partout. Non seulement c’est avoir la capacité à répondre aux commandes et être proactif par rapport à ça qui va vraiment faire qu’on va être recommandé. Et je pense que c’est ça qui va vraiment faire la différence.

Moi, ça fait 10 ans que je fais ce métier, depuis deux ou trois ans je dois louper 15 ou 20 plans par an parce que je ne suis pas disponible. Donc, ça tourne bien ! Là, j’en profite. Après, ça pourrait peut être changé un peu, les modes peuvent changer, etc. Ce qui est important, c’est de ne pas de mettre tous les œufs dans le même panier. Et puis, d’aimer la commande. C’est vraiment ce qui va faire la différence. C’est sûr que si on n’aime pas trop la commande et qu’on y va en n’étant pas très content, ce n’est pas forcément quelque chose qui va encourager les clients à vous en donner.

Après, il y a des aspects commerciaux qui font que j’ai plus de commandes, d’avoir un agent comme j’ai depuis 3 ans. C’est une sorte de commercial. Donc, c’est quelqu’un qui reçoit des appels d’offres, qui reçoit des demandes et qui va ensuite les dispatcher vers ces photographes qu’il représente. Donc ça, moi ça me permet d’avoir toujours de volume important de photographes.

F : Il y a beaucoup de photographes qui se disent : « Je ne sais pas me vendre. Ce n’est pas mon métier. Il faut que je me trouve un agent pour le faire ». C’est une obligation, tu penses, d’avoir un agent quand tu débutes ? Ou est-ce que c’est un coup d’accélérateur ? Comment tu le vois ?

P : Dans ce métier, on a la liberté d’être freelance et de choisir comment on va s’organiser par rapport à ce qu’on a envie de faire dans ce métier. Je ne dirais pas qu’il y a une obligation. Mais, ce qui est bien, ce qui est important, c’est toujours de montrer son travail et d’avoir des gens qui répondre aux besoins que tu as à l’instant T. Avant d’avoir un agent, moi, je l’ai eu au bout de sept ans d’activité professionnelle, j’aurais peut-être pu l’avoir un peu tôt. Mais il fallait que ça matche aussi. C’est quelqu’un que je connaissais déjà d’avant parce qu’il m’avait fait travailler. On commence toujours par de petites choses dans ce métier. La Company, donc mon agence. J’ai d’abord été photographe making-of de ses photographes à lui quand j’avais 20 ans. Il m’a demandé de venir sur deux ou trois shooting, comme ça. Il me faisait travailler sur de tout petits plans avec de petits budgets. Puis, il y a quelques années, il m’a rappelé et m’a dit : « Bah tiens ! J’ai l’impression que ça y est, tu as muri. Maintenant, tu es mature, tu es un photographe où il a un peu plus de consistances dans ton travail. Est-ce qu’on se rencontre ? » Donc, pendant un an, on a discuté et ensuite, il m’a engagé.

Donc, ça, c’est une chose ! Mais avant de faire ça, que ce soit dans mon école ou après, dans mes débuts d’activités professionnelles, je suis quand même allé voir des gens qui étaient capables de me donner des coups d’accélérateur. Ces gens-là, c’est les iconographes par exemple. Il m’est arrivé de payer des iconographes pour m’aider à consulter mon site web ou à me démarcher. C’est aussi aller à défaut d’être soi-même agent, c’est aller faire des lectures de portfolios qui sont des éventements gratuits. Gratuit dans les doubles-sens ! Souvent, gratuit financièrement, parce que ce sont des rendez-vous organisés souvent dans des festivals où des acheteurs d’images, iconographes dans les journaux, galeristes vont venir voir les travaux de manière souvent gratuite. Mais, c’est gratuit aussi dans le sens où tu peux présenter librement ton travail, une série, un travail en cours, un editing, ton book, avoir un avis précis. Et un peu comme un speed-dating, la personne en face ne va pas te juger ou te démolir ou te dire : « Stop ! Toi, tu ne continues plus la photo ». Non, c’est un peu un test et moi, je fais encore beaucoup, même après 10 ans de vie, des rendez-vous comme ça avec des gens que je continue à voir régulièrement. Et ça, c’est extrêmement important et c’est vraiment ce qui va faire la différence pour se faire connaitre.

Donc, voilà ! Aller voir des gens, travailler avec des gens qui vous aident à représenter votre travail, le montrer. Peut-être l’agent était nécessaire dans une époque où il n’y avait pas d’autres moyens de promotion possible. Aujourd’hui, avec internet on a plein de canaux possible pour diffuser soi-même travail, se créer une audience qui peut être ensuite monétisé directement ou indirectement. Donc, avoir plusieurs milliers de followers sur Instagram, c’est potentiellement, dans ces milliers de followers, des clients potentiels, des directeurs artistiques, des directeurs d’agences, des éditeurs photo qui vont se dire : « Tiens, c’est bien ce qu’il fait ! » Tenir un blog, aller dans des festivals, avoir une petite expo ou faire une petite revue, etc. Donc, tout ça, c’est des petites choses importantes pour se démarquer.

F : Toi, ta boite à outil marketing aujourd’hui c’est quoi ? Est-ce que tu vois le marketing comme une vraie « arme » pour trouver des clients, pour vivre de ton activité ?

P : Ouais, je pense que c’est nécessaire. Il faut déjà que ça te fasse plaisir. De faire plaisir, de faire ta promotion à toi ou à ton travail ou à ton collectif (si tu fais partie d’une collectif). S’il n’y a pas cette notion de plaisir, si tu fais sur la contrainte par exemple un compte Facebook ou un compte Instagram dans le sens où ça te fait chier, etc., il ne faut pas le faire. Ce n’est pas parce qu’un tel ou des photographes qui « réussissent » ont un compte Facebook, il va falloir le faire. Il faut que le plaisir reste au cœur du truc — pour tout dans la vie je pense —, mais à fortiori, encore plus dans ton activité. Si ça ne te fait pas plaisir, fais-le faire par quelqu’un d’autre. Là, ça devient pertinent de payer un community manager ou quelqu’un qui va le faire pour toi, mais il ne faut pas se forcer. Se faire plaisir, la première chose !

Et la deuxième chose, partir de soi et de ce qu’on fait vraiment. Ça, c’est assez simple pour le photographe parce qu’on a une matière de production déjà visuelle qui est un type de contenu qui marque vraiment dans la base du marketing. Donc, visuellement, c’est plus facile de vendre, de partager des photos que de vendre des produits bancaires ou une activité de consultant informatique. Du coup, on a une matière première extrêmement riche, c’est une super bien de faire du marketing avec ça parce qu’on a tout de suite les images à disposition. En plus, on a tous les droits parce que c’est les nôtres. Et on peut raconter plein d’histoires autour. On a un média et une pratique professionnelle qui véhicule énormément de fantasmes et de plaisir auprès d’autres gens. Dans ma stratégie marketing, moi, je me dis toujours : « Mes photos sont ma matière première, et je vais raconter des histoires autour de ça ». Je vais m’en servir en les publiant régulièrement sur des blogs, sur mon site, sur mon Facebook… en montrant aussi des coulisses, des backstages, etc. L’idée, ce n’est pas d’être sur tous les canaux (notamment réseaux sociaux). Moi, je me sépare les choses et de trouver après les choses qui te ressemblent sur le fond avec tes photos puis après, sur la forme en adoptant un ton.

Ma mère est artiste-peintre, et quand on était petit, on faisait des concours de peinture — j’habitais un petit village dans le département de l’Ain — elle me disait : « Tu vas voir les autres enfants vont faire des cartes postales avec des couchers de soleil pour leur projet de peinture », parce que c’est l’image d’Épinal. Elle m’a dit « Toi, sois original ». Et c’est là que j’ai appris le premier mot d’originalité que je ne connaissais pas. J’avais six – sept ans, elle me disait : « Non, il faut vraiment que tu fasses un truc à toi. Il faut que tu fasses des peintures un peu comme tu veux. Ne fais pas la carte postale que vont faire tous les autres enfants du village ». Et ça ne manquait pas ! Moi, je faisais un truc peut-être plus abstrait ou peut-être plus poétique qui me ressemblait vachement. Et j’ai gagné deux fois le concours de peinture de ma vallée, avec des tableaux qui ne ressemblaient à rien, mais parce que finalement, ça me correspondait plus. Puis c’était différent par rapport à la majorité des gens. Je pense que dans tout ce qu’on fait dans la vie, à fortiori dans une activité créative, il faut vraiment se dire : « Je fais un registre différent, je tape à côté ». Et c’est comme ça que d’un point de vue marketing, tu vas réussir à susciter l’intérêt des clients. Parce qu’ils vont sentir que tu es original, que tu as un truc en plus, un « supplément d’âme » qui fait qu’ils vont venir vers toi pour te faire travailler.

F : C’est ce que disait Steve Jobs. Il disait : « Il ne faut surtout pas essayer d’être meilleur que les autres, il suffit d’être différent des autres ». Toi justement, dans ton activité, tu as une activité qui est quand même commerciale. Même si tu travailles, tu touches des droits d’auteur, tu es dans une logique créative tout le temps, tu travailles pour la presse, tu as quand même une « entreprise » ? Tu es quand même entrepreneur ?

P : Ouais. J’aime un terme que j’ai découvert récemment, d’entrepreneur culturel. C’est vrai que cette logique d’entrepreneur, elle n’est pas venue tout de suite pour être honnête. Moi, je viens d’une famille d’artiste. Avec d’un côté un architecte et de l’autre côté, comme je vous l’ai dit une mère artiste-peintre. Elle est peut-être à l’opposé de cette logique d’entrepreneur parce que c’est vraiment une artiste totale, elle vit pour son œuvre et tout ça. Du coup, moi j’ai vu les dégâts que ça pouvait provoquer d’un point de vue économique, même si elle en vit, elle est reconnue dans son travail, etc., mais ce n’est pas du tout une bonne gestionnaire. J’ai grandi dans un milieu artistique où finalement, ce n’est pas un milieu forcément d’entrepreneurs. Mais avec des gens quand même passionnés, avec une façon d’appréhender la vie.

Ensuite, quand je me suis lancé il y a 10 ans, ce qui a fait que je suis devenu un entrepreneur culturel, c’est différentes expériences. Une des plus marquantes, c’était de partir — j’ai vécu en Serbie il y a 5 ans —, de rencontrer une personne avec qui j’ai vécu 5 ans qui s’appelle Katarina… une architecte serbe. Et de vivre en Serbie m’a permis de voir, de prendre du recul par rapport à la France et de me rendre compte qu’on avait un pays formidable. Déjà d’une part très riche parce que j’ai vécu dans un pays un peu plus pauvre et avec beaucoup moins de ressources. Et un pays avec surtout un secteur culturel extrêmement fort avec une société prête à payer pour la photographie, avec plein de dispositifs. Et puis aussi d’avoir quelqu’un derrière qui me poussait et me dit : « Arrête de faire l’artiste qui ne veut pas gagner des sous, mais vas-y, gagne ta vie » parce qu’elle venait d’un pays où il fallait avoir faim pour réussir. Elle me disait : « Moi, j’ai envie que tu aies une vraie vie, que tu aies un vrai métier, qu’on achète un appartement. Que ce ne soit plus juste une passion comme ça, cool ! »

Donc, je suis revenu il y a 5 ans de Serbie. Et c’est vraiment… à ce moment-là, il y a eu un changement dans ma tête parce que je me suis dit : « En France maintenant, faisons un vrai métier, dépasse le métier-passion pour en faire vraiment un business. Et aussi, décoince ta relation par rapport à l’argent ». Parce que je me suis rendu compte finalement des grands problèmes du milieu artistique, c’est qu’intérieurement, beaucoup de gens imaginent que quand on gagne des sous, on galvaude notre travail, on fait perdre sa qualité. Aujourd’hui, on critique, on parle d’artistes commerciaux en France. Notamment, dans le secteur de la musique et on plaint un peu ceux qui ont du succès, ce qui est complètement une hérésie parce qu’un artiste tant mieux qu’il gagne de l’argent. Et c’est une hypocrisie totale parce que d’un autre côté, il y a énormément d’auteurs et de créateurs en France qui se plaignent de ne pas avoir de moyens. Dès que tu en as un peu on dit que ton art, il est pourri. Dès qu’on trouve qu’un art a un tout petit peu de succès, ça en enlèverait la qualité. Il faut arrêter ce double discours, il faut se dire : « C’est très bien de gagner des sous ».

Il faut en gagner plein avec ce métier, faire des chiffres d’affaires parce que c’est une vraie valeur la photographie ». Surtout que si ce n’est pas nous qui prenons cet argent de la valeur qu’on crée, c’est d’autres gens qui en profitent en plus : des plateformes, des galeristes, des directeurs d’une institution, etc. Donc, nous, les créateurs de contenus, on doit faire du chiffre, on doit garder la valeur sur notre truc.

Donc, ces expériences personnelles, de voir d’autres pays, beaucoup de lecture aussi en me tournant vers la culture anglo-saxonne que j’ai découverte en vivant à l’étranger, en apprenant à parler anglais. En regardant un peu comment les Anglo-saxons, notamment les Anglais et les Américains — je me répète un peu (rires) — abordaient ces questions-là en étant vraiment très business. Et du coup, on a eu des débats passionnants. En abordant ça un peu comme Robin des bois en se disant : « De toute façon tout l’argent que tu vas pouvoir réussir en ayant une stratégie très business, ça sera que plus de moyens de liberté pour être vraiment dans la création ». Et ça, c’est un changement d’état d’esprit qui a fait que j’ai augmenté mes tarifs, je me suis mis à lire beaucoup de choses sur le partage de mes créations, etc.

Et j’ai commencé à me dire : « Pour que les gens paient pour ton travail, il va falloir que tu paies pour ton travail à toi ». Si tu n’es pas prêt à payer pour des choses, les gens ne vont pas être prêts à payer pour toi. Ça veut dire investir notamment dans une comptable par exemple, c’était un des premiers postes de dépenses. Me dire : « Voilà, je suis une entreprise », investir dans un bureau. Alors là, on est en train de faire pour nos auditeurs un interview dans un espace partagé que je partage à Paris avec une dizaine de créatifs, on s’apporte des choses, on a des collaborations, etc. C’est un investissement de l’ordre de 300 € par mois. Quand j’ai pris mon bureau, je me rappelle, je n’avais pas les sous pour le payer. Mais je me suis dit : « Tiens, c’est risqué, mais j’investis parce que ça y est, j’ai mon entreprise et tout. Et je veux me mettre en condition de comprendre que j’ai des frais. Investir dans des outils professionnels ». Donc, voilà il faut être prêt à payer. Et finalement, comme par magie l’argent est venu parce que tu considères ça comme un vrai métier.

Pour sortir un peu de ce côté très business, être entrepreneur culturel, c’est aussi développer une stratégie. Aller chercher des clients, diversifier ses activités, très important ! C’est du 360. Je veux dire la photo, il y a plein de cartes que je peux jouer. Avec un seul projet, j’ai une photo. Par exemple, je vais le portrait d’un PDG pour un journal, je vais ensuite prendre le mail du service com de l’entreprise du PDG pour lui revendre les photos une fois la parution faite. Et ensuite, je vais les mettre sur mon agence. Je vais remonétiser encore mes photos. Dans mon modèle d’activité aujourd’hui, j’ai des sous qui me viennent de mon appart sur Airbnb, je le loue, je suis propriétaire de mon logement à Paris. Quand je pars en reportage, c’est aussi une rentrée d’argent dans mon activité de photographe parce que mon lieu privé n’est pas occupé, ça fait partie des sous qui me permettent de continuer cette activité-là. Je donne des formations dans des écoles, je pourrais faire des workshops, je pourrais faire des livres…

Donc, on a vraiment plein de valeur qui est monétisable. On est dans une idée d’entreprise et après il y a plein de petites choses qui permettent de se sentir bien et de réussir, c’est de prendre des vacances, dire « Stop » aussi. Et ça, c’est vraiment important parce que plus j’ai détaché mon métier de ma passion, mieux ça a marché. Plus j’arrêtais de bosser à 20 h et recommencer le matin frais à 8 h, mieux ça a marché. Plus j’ai pris des vacances, mieux ça a marché et mieux j’étais efficace, etc. Et souvent quand on fait un métier passion comme la photographie, au début on se lance corps et âme, on fait des reportages, etc. Ce qui est très bien ! Mais, après, il va falloir vraiment prendre du recul et se dire c’est un vrai job, tu dois faire de l’argent pour te sentir bien et être heureux finalement in fine.

De toute façon, ça va se ressentir sur la création. Tous ces trucs-là que je vous raconte ce n’est pas du tout sexy, ce n’est pas du tout romantique, c’est à l’opposé, très loin de l’image du photographe baroudeur qui a des commandes, etc., mais je pense que c’est vraiment essentiel et c’est de la cuisine interne. C’est des choses comme ça.

Tous les mois avec ma comptable, on fait des bilans financiers, on compare par rapport à l’année dernière, la « croissance » du chiffre d’affaires. Quelles sont les dépenses qu’on va avoir ? Ça, c’est des choses importantes. Et aussi, être entrepreneur culturel, je pense que c’est aussi respecter sa chaine de valeur et c’est imposer de bonnes pratiques. C’est aussi de payer correctement les gens avec qui on travaille ? S’entourer d’assistants. Là en ce moment, j’ai quelqu’un qui est en stage avec moi. C’est aussi apprendre à déléguer et se donner les moyens d’avancer, etc., de payer ses logiciels par exemple. D’éviter de faire du black ou des choses comme ça. Donc, vraiment pour faire un cercle vertueux qui, je pense après, se répercute sur notre activité. C’est un peu mon dada et mon mantra.

F : C’est super intéressant ce que tu dis parce qu’en fait tu t’es formé, tu t’es autoformé à ça. Tu as changé de mindset. Tu as changé d’état d’esprit avec des lectures de ce qui se passe dans le milieu anglo-saxon qui est complètement différent de ce qu’on a France. Comme tu dis, en France quand tu gagnes de l’argent, tu es aperçu comme le mec qui a raté un peu le coche en faisant : « Je vais me faire du fric et ne plus vivre de ma passion, vivre ma passion ». Aujourd’hui, qu’est-ce tu conseilles à quelqu’un qui se lance pour avoir cet état d’esprit là ? Parce que tu n’apprends pas forcément ça en école de photo, tu n’apprends pas ça à la fac, même en école de commerce. Parfois, tu découvres les trucs que tu peux apprendre en ligne, dans des formations auprès de marketeurs américains que tu ne trouveras jamais dans les écoles de commerce. Comment aujourd’hui un photographe peut se former selon toi ? Comment il trouve ces informations hormis les articles que tu trouves sur le medium ?

P : Donc, déjà effectivement, c’est une démarche très personnelle. C’est beaucoup lié à la politique tout ce que je raconte parce que l’idée d’être entrepreneur culturel, ça doit venir de soi et c’est quelque chose dans une position assez individuelle, de la façon dont on envisage la vie, les rapports sociaux et l’économie aussi. Moi, je suis très à gauche, cette idée-là de freelance qui va faire du chiffre, etc., elle n’était pas historiquement présente dans les milieux politiques que je fréquente. Et du coup, en s’en sortant un peu, en allant chercher un peu des choses ailleurs, des inspirations déjà, ça permet de prendre ce qu’il y a de bon à prendre dans l’idée d’être un entrepreneur culturel. Ça ne veut pas dire que c’est le plaisir partout. C’est déjà… en explorant un peu ça…

Ensuite, concrètement, il n’y a pas trente-six-mille recettes ! Mais vivre à l’étranger, je trouve, c’est la meilleure chose à faire en tout cas pour un jeune photographe. De préférence dans un pays anglo-saxon, ou ailleurs. Mais ça… dans la société aujourd’hui, les jeunes le font. Passer 6 mois, 1 an, 2 ans, voire plus dans une activité à l’étranger, c’est radicalement… ça permet de changer beaucoup beaucoup de choses. Effectivement, dans beaucoup de pays, il y a un état d’esprit beaucoup plus entrepreneurial qui évolue. Autre chose, sortir de son milieu professionnel créatif. En fait, il y a 5 ans, en plus de rencontrer et de vivre en Serbie, j’ai vécu avec une architecte qui m’a fait rencontrer des graphistes, des startups, des designers, des gens qui font des hackerspace, etc. Donc, ouvrir son champ des possibles, faire des collaborations avec d’autres gens, ça permet de se rendre compte, de sortir du milieu de la photo, mais que tu es avec des gens qui ont des fois, les mêmes problématiques, mais qui des fois, sont dans des secteurs plus porteurs donc, ils sont plus orientés business.

Il y a un blog que je lis beaucoup sur le graphisme qui s’appelle « Le blog de Marie et Julien », c’est des graphistes. Finalement, ils disent un peu la même chose que moi en tant que photographe, ils ne font pas le même métier, mais ils parlent de stratégies, comment se vendre, comment faire son blog. Donc, il y a beaucoup de ressources qui existent déjà dans d’autres milieux dont le secteur économique va beaucoup mieux. Ça, ça permet de trouver plein d’informations. Moi pendant longtemps, il y a 5 ans j’allais dans des apéros de startups le matin, dans des pépinières d’entreprises, j’allais essayer de me cultiver à la fois par ce qu’ils faisaient, mais surtout, comment ils le faisaient. Ça, ça donne de la motivation, de l’esprit positif, etc. Il y a quelques livres que je lisais aussi dont on pourra vous donner les références.

F : Quels sont les livres que tu pourrais proposer ?

P : Il y avait Rework qui m’avait beaucoup inspiré qui est un livre écrit en 2009 par deux personnes qui ont monté une startup pour un produit qui s’appelle Basecamp, un produit de gestion. C’est un livre très simple à lire en anglais qui explique un peu comment réinventer le travail. Parce que tout ce que je vous dis ce n’est pas réinventer la photo, mais c’est à chaque fois réinventé le travail. Récemment, j’ai trouvé un autre livre qui s’appelle en français (je le traduis), c’est : « Qu’est-ce que les écoles photo ne vous apprennent pas ? » Donc, c’est un livre en anglais — je suis tombé dessus l’autre jour à Londres — et qui apprend toutes ces petites choses qu’on n’a pas en école photo ou de cinéma ou d’art où on nous apprend à faire de belles images et tout ça, mais on ne nous apprend pas à être un bon professionnel et comment faire de l’argent avec votre art. C’est des petites lectures comme ça, des expériences, des festivals.

L’expérience, c’est très important, parce qu’on se rend vraiment compte par exemple, que pour gagner et de la valeur qu’on a… Moi, je me suis rendu, mais ça m’a mis du temps, et c’est surement avec la photo de mariage où je m’en suis rendu compte. En faisant de la photo de mariage, j’étais dans un rapport beaucoup plus décomplexé à l’argent parce que j’étais avec des particuliers et c’est un secteur qui va plutôt bien dans la photographie en générale, la photo de mariage, parce qu’il y a une vraie demande. C’est un secteur qui est très intéressant parce que comme il y a autant de mariés qu’il y a de couches dans la société. Enfin, il y a des mariages dans toutes les couches de la société et dans toutes les façons d’aborder la création. Tu te rends compte vite en faisant la photo de mariage, qu’en fait, quand tu es payé moins, tu vas être avec des gens qui ont moins de gout des fois. Et je vais faire du racisme de classe (je suis désolé), mais, des gens qui ont moins de gout, qui vont être plus chiant avec toi et qui vont exiger plus. Quand tu vas monter dans le budget, les gens vont te laisser plus de liberté, vont te respecter plus parce que finalement, ils vont donner plus de valeur à ce que tu fais. En faisant de la photo de mariage, je me suis rendu compte : « En fait, il faut que tu tapes haut dans tes prix ». Et encore ! Moi, je suis dans la moyenne, je suis dans des prestas entre 1200 et 1800 €, mais au moins tu vas t’éviter toute une partie de clientèle qui n’a pas les moyens de faire appel à toi, et qui considère même que tu n’as pas de valeur ». Je me suis rendu qu’en fait, c’est pareil en corporate, en commercial ou avec les journaux. À un moment, les clients te choisissent, mais c’est à toi aussi de te choisir tes clients.

Une des façons de les choisir, c’est aussi en augmentant les prix, en te respectant toi parce que tu te donnes une certaine valeur, tu vas te sentir mieux dans ton métier. Et ça, ça vient vraiment par l’expérience. De faire des tarifs et l’expérience de voir avec le temps. Moi, je sais que quand quelqu’un va me proposer ou va commencer à négocier une prestation, c’est que ça va mal se passer. Donc, je dis stop ou je montre très vite mon prix, etc. Et plus je demande des budgets hauts et je travaille avec des gens qui me payent très bien, plus j’ai la liberté totale de le faire. Et il y a des psychologues du travail qui ont étudié ça et qui ont dit : « Tous les métiers où tu es mal payé, les donneurs d’ordre (les clients ou les employeurs) considèrent mal la personne, lui font des conditions de travail plus difficiles, etc. » Donc, nous en freelance, on a plus ou moins ce luxe de pouvoir donner la valeur à notre travail. Et en mariage, il y a autant de types de photographes qui répondent à toutes ces prestations. Je pense qu’un photographe aujourd’hui doit se placer sur l’échelle de valeurs à la même manière qu’un restaurateur aujourd’hui. S’il veut avoir une clientèle de qualité, il va faire une offre qui correspond aussi à cette clientèle. Et il sera respecté par rapport à la cuisine qu’il fait. Aujourd’hui, il y a du fast-food en cuisine, il y a du fast-food de qualité. Il y a du gastro et du gastro pour beaufs, il y a du gastro pour intellos-bobos. En photo, ça peut être pareil. Moi j’ai envie de faire de la bistronomie en photo. C’est-à-dire, être dans des tarifs quand même honnêtes et travailler avec des clients qui me plaisent à partir de produit brut en faisant bien mon métier, en payant correctement les gens avec qui je travaille. Et voilà, en avançant comme ça petit à petit. Il faut se positionner, et ça, ça demande, je pense, de se détacher énormément de sa photographie. Je suis prestataire, je vends des marchandises. Et si je faisais du pain, je procèderais exactement de la même logique.

F : La question des tarifs, c’est un peu épineux parce qu’on peut se dire que quand on débute, comme toi il y a 10 ans, tu ne facturais pas pareil qu’aujourd’hui. Tu as changé d’état d’esprit OK, mais comment tu te positionnes sur des tarifs quand tu débutes parce que faire un mariage à 1800 € OK ! Ce serait même logique parce que comme ça tu attires aussi une clientèle comme tu dis, que tu as envie d’avoir. Mais quand tu débutes, que tu n’as pas de portfolio à montrer, je me mets à la place de quelqu’un qui débuterait et qui va se dire : « Je ne vais pas facturer à 1800 € parce que je n’ai pas trop confiance en moi, je n’ai pas trop la possibilité de montrer ça d’ailleurs. Et je suis presque prêt même à faire un mariage gratos dans le but de me faire ce portfolio », ça reste quand même un échange. Toi, tu dis quoi à cette personne-là ?

P : Que je suis passé par là, déjà ! Enfin, moi là, je parle avec l’orgueil de 10 ans d’expérience, mais mon premier mariage effectivement était pour ma demi-sœur qui se mariait et qui m’a donné 150 € comme ça dans la poche, il y a 10 ans quand je commençais. C’était de la famille et elle m’avait proposé de suivre ce premier mariage. Et c’est le premier mariage qui m’a permis d’avoir un book et puis c’était la famille. Souvent, ça se passe comme ça pour beaucoup de photographes. On commence de toute façon… C’est une pratique qu’on peut pratiquer déjà en tant qu’amateur ou sans la rémunérer, c’est la grande qualité… Donc, il ne faut pas culpabiliser ou se culpabiliser en disant : « Tiens, mince ! On commence avec des pieds plans ». Il y a plein de manières de faire un premier book, soit en assistant des fois un photographe de mariage, soit en ayant un petit mariage (souvent dans la famille) ou un baptême, etc.

Après, je pense qu’avec le recul, je regrette de ne pas avoir monté plus tôt mes tarifs, mais il faut y aller petit à petit. Il faut se dire plusieurs choses. Dans la vie professionnelle des fois si on commence trop bas que ce soit avec un client ou dans un secteur très particulier comme le mariage, les gens autour vont vous identifier à ce tarif-là. Et ça va être très dur de remonter ! Si tu pars avec une institution, une fondation, t’as… tout jeune et tu te dis : « Ah bah tiens, ils veulent faire plein de reportages toute l’année ! » Si tu commences à faire des reportages à 200-300 € la journée et que tu en fais pendant 10 ans, à un moment tu ne pourras jamais remonter. Donc, il faut se dire dans sa tête quand on est jeune photographe, autant commencer un peu haut. Forcément, tu n’as pas beaucoup confiance. Et ce qui est très dur aussi, le raisonnement qu’on a — en tout cas que moi, j’ai eu parce que j’ai bossé dans d’autres métiers avant, de la plonge, etc. — c’est de me dire : « Tiens, je vais toucher 300 € juste pour une journée de travail, ce qui est énorme, en faisant quelque chose que j’aime », et c’est très perturbant. Et ça parait déjà beaucoup quand on est un jeune photographe, pas forcément en âge, mais on se dit : « Tiens, on touche beaucoup de sous, tout de suite ».

Du coup, il faut décorreler. Déjà, c’est une facture ! Il y a plein de charges, de cotisations, il y a un cout de l’activité, etc., donc au final, c’est pas beaucoup, ça. Pour me rendre compte, d’avoir une comptable, ça m’a beaucoup aidé. Ça m’a aidé vraiment à calculer le cout de mon activité et de me dire : « En fait, si je facture 300 €, mon salaire net par rapport à quelqu’un qui ferait de la plonge, il est quasiment au SMIC voire moins finalement ». Avec toute la précarité qui est induite au fait d’être indépendant, ça peut s’arrêter du jour au lendemain. Ça te force déjà d’avoir une comptable, une vision sur ta comptabilité. Ton « cout de revient », il y a des outils en ligne qui te permet de le calculer. Ça permet de monter un peu tes tarifs, d’être dans tes tranches plus acceptables. Ça, c’est une première chose.

Discuter avec les autres confrères, ça, c’est très important. Se dire qu’on débute, on a peur parce qu’on se dit : « Ça va être trop », mais il faut demander, il ne faut vraiment pas hésiter, il y a des livres, il y a des ressources. Il y a un livre qui s’appelle « Tarif et devis pour photographe », des livres Delamarre qui sont très très précis là-dessus. Il y a des groupes Facebook qui existent, ne pas rester tout seul que ce soit en région ou… Connaitre un ou deux autres photographes, c’est bien d’avoir un petit mentor, etc. Voilà, demander aux confrères. Enfin, un milieu qui est très hétérogène avec plein de variation de tarifs. Donc, il faut demander. Si on a peur de se griller des fois, un truc que je faisais beaucoup au début, que je fais de temps en temps, c’est de faire des devis option aussi, voilà vous pouvez proposer un tarif correct et ensuite, tu mets une option en fonction de ce que voulait le client. Comme ça, tu ne te coupes pas forcément de la prestation directe, en proposant quelque chose qui te paraît très haut.

Autre chose que je fais des fois sur certains, sur une vente d’image, j’applique une réduction aussi à mon devis. C’est-à-dire que je fais un devis très haut, le client est vraiment très sympa, il veut commencer ou il n’a pas trop de tunes. Donc, je lui dis : « Voilà, ça mon coco, c’est mon tarif en fait. Dans l’idéal, tu me payerais ça, moi je te fais 20 % ». C’est un avantage et en plus c’est de la psychologie un peu de manipulations, mais il a l’impression de faire une bonne affaire le gars. C’est de la stratégie commerciale de base, mais je pense qu’ils apprennent ça dans les écoles, dans les BTS commerciaux, etc. Il y a plein de petites choses comme ça, mais il ne faut pas attendre pour monter.

D’ailleurs, je le vois souvent, les photographes qui ont eu d’autres activités professionnelles avant, qui se reconvertissent dans la photo. J’en connais deux ou trois des profils comme ça qui sont des cadres, qui ont bossé dans de grandes administrations, qui ont eu des salaires à 3000 €, 4000 €, 5000 € par mois, voire plus. Eux, dès qu’ils se lancent dans la photo, ils sont très pragmatiques. Ils se disent : « On n’est pas un étudiant de 20 ans où on est content d’avoir 100 € par jour ». Non, ils se disent : « Il me faut 1000, c’est mon activité » et ça leur semble normal. Et c’est vrai que ce qui peut être très perturbant dans ce métier-là, il faut arriver à prendre du recul, c’est que pour exactement le même travail physique ou intellectuel ou la même photo, on peut être payé de gratuit ou de 10 € à 100 000 € ou potentiellement plus de 1000 €. Donc, ça fait des écarts assez compliqués à gérer, il n’y a pas de réponses à ça. Il faut juste en être conscient que vous avez de la valeur, il y a des gens qui ont intérêt à avoir votre valeur, votre produit, il a une valeur. Et il y a aussi des clients qui ne vont pas venir vous voir parce que vous n’êtes pas assez cher. Et du coup, ça va leur faire peur. Si vous voulez avoir une position premium, il faut y aller. Moi, si je vais dans un resto gastro et je vois que le plat est à 2 €, je me dis : « Il y a un vice quelque part ». En photo, c’est pareil. Faire une prestation et vendre un tarif correct. Aujourd’hui, dans le corporate, on est tous sur des tarifs entre 700 et 1500 € la journée. C’est aussi dire aux gens qui vont me faire bosser, là vous avez une qualité, quelqu’un qui paye ses charges, quelqu’un qui a une activité correcte, qui est assuré, etc. Parce qu’il y a plein de couts annexes à notre activité qui sont importants à voir.

F : Sans parler qu’en plus, le fait de facturer plus, ça permet de travailler moins parce que du coup gagne plus pour la même somme de travail que tu fais.

P : Ça, c’est très important, c’est aussi la même question du positionnement. Il y a des photographes, des photographes qui vont travailler sur l’immobilier, avec Airbnb ou des photographes d’agences par exemple, en presse. Soit à l’AFP donc ils vont être salariés, soit dans des agences staff, ils vont vraiment être dans une logique de volume. Eux, ce sont des photographes qui vont peut-être, pour l’AFP, gagner un salaire correct entre 2000 € et 4000 €, voire plus pour les anciens par mois. Donc, ça, c’est du salaire, c’est assuré. Ou des photographes type Airbnb ou ceux qui sont sur les marketplaces ou ceux qui font de la photo sociale, des portraits de comédien. C’est vraiment des photographes qui sont sur des petits prix de prestation, mais qui font énormément de volume. Du coup, ils travaillent énormément ! Il y en a qui sont très heureux de ça. Ils travaillent très bien ou de la photo événementielle à la louche. Mais, c’est une façon de faire. Moi, Pierre là où j’en suis, je me considère plutôt comme un photographe un peu artiste, photojournaliste, mais sur de la moyenne gamme, premium, artisan. Photographe bioéquitable ! Et moi, ce qui m’intéresse dans ma vie professionnelle, c’est de travailler moins en gagnant plus. Pour reprendre le célèbre adage d’un ancien président en le changeant un peu. Parce que l’idée dans la vie professionnelle, c’est quand même d’avoir du temps libre et d’être sur d’autres projets.

Je pense que c’est un positionnement qui est intéressant parce que tu travailles moins, tu gagnes plus. Tu fais des projets de plus en plus intéressants. Il faut vraiment faire attention à la logique de volume parce qu’on s’épuise très vite, en devient assez vite aigri. J’en connais plein des confrères et des consœurs qui se sont positionnés sur un prix bas de gamme d’entrée. Et du coup, si on n’est pas armé pour ça, on reste toujours, on est mal considéré, on fait des missions peu travaillées. Et du coup, c’est compliqué. Faire vraiment attention, comprendre, en tout cas vraiment comprendre ! S’il y en a qui ne comprennent pas, ils ont l’impression que c’est comme ça le marché de la photo. Non, non, c’est une question de se positionner.

F : Oui, c’est toi qui es acteur de ça ! Une dernière question, mais avant, j’en profite pour te remercier parce que c’est rare les photographes qui acceptent comme ça de parler aussi librement de leur activité. Donc, merci encore une fois. Je t’ai connu aussi parce que tu diffuses beaucoup d’informations sur tes réseaux, tu partages tout ça aussi très librement, tu écris des articles très longs, très bien documentés. Aujourd’hui, tu es également engagé dans une institution de la photo qui s’appelle l’UPP (L’Union des Photographes Professionnels), est-ce que tu peux nous en parler un petit peu ? Pourquoi tu fais partie de cette institution ? Et qu’est-ce tu y fais exactement ?

P : Alors moi, je considère qu’on fait un métier très hétérogène et que dans n’importe quel métier tu dois permettre à l’ensemble des membres de cette profession — les jeunes arrivés dans cette profession — de l’exercer dignement et correctement en ayant le maximum d’informations. Ça fait dix ans que je fais ce métier, je considère que j’ai une chance énorme. Ce qui m’intéresse, c’est de partager les bonnes pratiques et faire que les gens aussi pour faire un métier correctement dans une profession, tu dois te regrouper, tu dois échanger avec d’autres professionnels. Et ça, ça passe par des organisations qui sont à la fois là pour faire la cohésion entre les membres et aussi. Ensuite pour ces membres-là, défendre l’intérêt de la profession ou certaines questions liées au statut juridique, social, fiscal, à la liberté de la presse concernant le travail de photojournaliste via des organisations.

Et aussi parce que c’est des organisations — là, on va parler de l’union des photographes professionnels qui est une association — ce sont des organisations qui ont un droit vraiment effectif d’actions au niveau des institutions de notre république. Par exemple, l’UPP a des membres à la GSA, à la commission professionnelle, dans la gouvernance de la GSA. Parce que la GSA est gérée par des représentants qui viennent de différents bords, etc. On a des représentants aussi à l’AFDAS, l’organisme qui gère la formation professionnelle des auteurs. Très important, la formation ! Je fais un tout petit aparté. On a droit à la formation qui était permise d’ailleurs par notamment, des militants de l’UPP. Et ça permet à des photographes tout au long de leur vie de se former. Moi, je fais des formations de langue, j’ai appris l’autre jour à mieux utiliser mon flash, etc. Donc, ça, c’est aussi un truc très professionnalisant. Se dire : « Tiens, on ajoute de petites cordes à son arc ». Donc, l’UPP a vraiment un vrai rôle envers les pouvoirs publics, un vrai rôle effectif. Notre république, ce n’est pas juste les dirigeants et les professionnels en bas ou les citoyens. Il y a vraiment plein de corps intermédiaires qui permettent d’avoir des actions et c’est qu’en étant dans ces organisations, qu’on a une courroie de transmission vers les ministères principalement.

L’UPP est une organisation qui compte aujourd’hui 800 adhérents photographes, qui est vraiment la grande organisation des photographes professionnels français. On espère en avoir beaucoup plus ! Moi, je suis adhérent depuis 10 ans, je suis revenu au conseil d’administration cette année. C’est une organisation faite par et pour ses membres. Il y a énormément de la part des professionnels tous secteurs confondus. Souvent, on a tendance à critiquer les organisations, les syndicats. Moi, je suis aussi syndiqué au syndicat national des journalistes pour le SNJ, pour la partie journaliste. Parce qu’on a l’impression que ces organisations vieillissantes — ce qui est vrai parce qu’elles ne correspondent plus à l’état de la marche du monde aujourd’hui — qu’elle défend des combats d’arrière-garde, etc., ce qui est vrai aussi, je pense. Ceci étant, les gens, pour faire changer les choses dans la vie, ils ont besoin de s’organiser et de se structurer. Et du coup, ce sont de formidables outils. À l’UPP, il y a deux salariés. Elle est très active. Ils ont un lieu à Paris qui s’appelle La maison des photographes, près de la Gare du Nord. Il y a des expositions, etc. Donc, il y a des sources vives, ils ont un patrimoine financier, ils ont une expertise juridique, des fiches pratiques. Et ces organisations vont être que la somme de ce qu’en font les gens.

Donc, plus il y aura de jeunes photographes dans la profession, plus il y aura de photographes qui tournent, qui marchent et qui font bien ce métier — il y en a plein, mais ils se taisent et c’est malheureux, je les invite vraiment à partager leur bonne pratique, à tirer la profession vers le haut — plus il y aura des gens comme ça qui vont s’engager dans la structure, plus tu auras des organisations jeunes, attrayantes. Et qui vont aussi rendre attrayant ce secteur de la photo, le structurer encore plus professionnel et tout le monde va y gagner parce que ça fait une émulation collective et tout le monde gagne plus de sous. Soit indirectement en créant de valeur autour de notre profession, soit directement en ayant droit à la formation. En permettant peut-être à terme… L’UPP a de grands combats dans les prochaines années. C’est d’améliorer la fusion de La maison des artistes avec l’AGESSA et de faire disparaitre la distinction entre assujettis et affiliés. Donc, ça, c’est des combats qui vont avoir un impact concret. Et pour les mener, on a besoin de monde.

Voilà, moi, j’ai toujours considéré qu’une grande partie de la réussite aussi est de faire collectif. Et de s’engager dans ces structures-là ! Au moins d’y être adhérent, voire militant. Et ce n’est pas un investissement très cher. Beaucoup de photographes me disent… Aujourd’hui, la cotisation à l’UPP, même pour commencer elle est autour de 50-60 € quand on vient de se lancer. Après elle peut passer à 120 € si on est en collectif et 180 la plus chère. Mais c’est par an, et c’est un syndicat professionnel. Aujourd’hui, les photographes dépensent énormément d’argent dans leur matériel, dans leurs voyages, etc. Un photographe qui tourne aujourd’hui, ça ne doit pas être 180 € qui le retiennent. Et n’importe quelle bonne volonté en plus sera intégrée à ces organisations, même s’il n’a pas de sou pour payer les 180 €. Ils « préfèrent » des militants que des adhérents.

C’est nécessaire d’y être, c’est nécessaire d’être dans d’autres structures. Aujourd’hui, il y a plein de places d’échange numériques : des groupes Facebook… où on peut trouver de l’information quand il y en a besoin, des conseils juridiques, ne pas rester tout seul. L’internet permet aussi aux photographes en région de rencontrer d’autres confrères, d’échanger sur les tarifs, les bonnes pratiques, etc. Moi, je tiens à jour une page web que je vais vous mettre en lien où tous ces groupes-là sont recensés, tous les endroits ou les organisations qui permettent aux photographes de se fédérer et d’agir ensemble pour le bien commun.

F : Très bien ! Est-ce que tu veux éventuellement rajouter quelque chose ou on a fait le tour ? C’est un podcast très long, mais tant mieux, c’est super.

P : Moi, je suis très content dans ma vie et je très suis optimiste. Comment dire ! Je ne le fais pas par stratégie. Mais je sais que ça plait beaucoup à mes clients et aux gens avec qui je bosse. Ils sont contents de bosser avec moi et moi, je suis content de bosser avec eux. Souvent, les écueils comme font les photos-visiteurs, c’est qu’ils voient beaucoup de photographes arriver en pleurant, en disant : « Moi, je n’arrive pas à vivre, je n’arrive pas à faire ce projet-là. » Ou avec des sujets qu’ils sont déjà vu quinze fois sur les prostituées, les Roms, les migrants… toujours traités de la même manière. Donc, les iconos, les clients, ils en ont un peu marre de l’archétype du photographe. Mais si vous arrivez et si vous prenez la vie du bon côté — ça va paraitre un peu néolibéral et un peu Oui-oui, ce que je vais vous dire —, mais finalement, ça marche, ça marche mieux !

F : Néolibéral et Oui-oui, c’est quand même pas mal… (rires)

P : Ça ne veut pas dire que ce sera facile, parce que ce que j’ai oublié de dire, c’est que moi, ça marche pour moi. Parce que je suis jeune, je suis en bonne santé, je suis un homme, blanc et qui vit en France et qui est Français. Et toutes ces conditions te donnent un contexte qui te permet d’affronter positivement un métier de manière indépendante. Et ce serait beaucoup plus compliqué pour moi de tenir le même discours si j’étais une femme noire, handicapé, avec un Visa compliqué en France. Donc tout ça pour bien comprendre que le discours que je vous ai donné là, c’est un peu un idéal à atteindre que moi, je mets en place. Mais ce n’est pas un discours qu’on peut imposer à n’importe qui et on a toujours besoin d’avoir une république forte ou une société forte ! Et justement, l’intérêt de la solidarité entre les membres, c’est de permettre à ceux qui ont moins de chance de faire ce métier-là. Ceux qui ont un problème de santé, qui ont des enfants à charge et qui ont moins de souplesse, etc., de se dire : « Voici quelques clés que je peux essayer de mettre en place ». Des fois, ce n’est pas forcément plus cher !

Et ne lâchez rien, gardez cette notion de plaisir et dites-vous que vous avez de la valeur. Ça, c’est vraiment le plus important pour les photographes. Et quand ça marche, partagez votre bonne recette. Ça, c’est aussi très important. Comme ça, ça bénéficie à tout le monde, et vous en premier !

 

Fred
Je m'appelle Fred et je suis reporter-photographe professionnel. En plus de mon travail pour la presse magazine, j'aide les autres photographes, qu'ils soient amateurs ou professionnels. Mon métier de photographe m'amène à voyager un peu partout à travers le monde. J'en profite donc pour partager ces expériences et ces découvertes à travers des reportages et des carnets de voyage sur cette chaîne YouTube. Si vous êtes photographe amateur et que vous êtes à la recherche de conseils et d'astuces pour progresser en photo, faire de meilleures images et vous faire davantage plaisir en photographie, alors cette chaîne est faite pour vous ! ► Téléchargez gratuitement mon dernier livre « J’apprends la Photographie en mode Reportage" : http://bit.ly/pdfmethodephoto Aujourd'hui, j'arrive à vivre pleinement de ma passion : la photographie et j'aide des milliers de photographes à y parvenir eux aussi. Si vous êtes pro ou que vous souhaitez le devenir, je partage avec vous mes meilleurs conseils marketing et business pour trouver plus de clients, vendre plus de photos et vivre concrètement de ce fabuleux métier. ► Ressources pour photographe professionnel : http://bit.ly/ressourcesphotographepro
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