UPP : Défendre les droits des photographes - Destination Reportage

UPP : Défendre les droits des photographes

Salut à tous, et bienvenue dans le Podcast Photographe Pro 2.0 !

Je m’appelle Fred, et dans ce podcast, je vais partager avec vous des conseils et des stratégies pour vous aider à vivre de la photo.

Dans ce nouveau format, on va parler webmarketing, techniques de vente, réseaux sociaux à travers des interviews de photographes professionnels reconnus, et d’experts dans différentes thématiques qui vont vous aider à faire grandir votre activité de photographe.

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Sandra est photographe d’action. Son sujet de prédilection à elle, c’est l’armée, la police et la sécurité civile. J’ai déjà eu l’occasion de l’interviewer pour mon blog destination reportage et vous l’avez déjà aperçu dans quelques vidéos de ma chaîne YouTube, notamment à Visa pour l’Image.

Mais Sandra est aussi la nouvelle secrétaire générale de l’UPP, l’union des photographes professionnels. Cette association professionnelle de défense des photographes défend nos droits et il était important d’en parler dans ce podcast.

Dans ce nouvel épisode, Sandra nous présente l’UPP et détaille ses missions.

On va voir concrètement ce que fait cet organisme pour les professionnels de la photo, qu’ils soient auteur, artisans, plasticiens ou photojournalistes.

On parle droit des photographes mais aussi et surtout droit d’auteur et vous allez très probablement apprendre pas mal de choses sur la question.

Par exemple, à votre avis, le libre de droit est il conforme au droit français ?

Ou encore, que signifie exactement la mention DR que certains journaux usent et abusent en signature des images publiées ?

On va également parler marketing et business car Sandra est une entrepreneuse talentueuse et pleine de bons conseils.

Je vous invite vivement à vous renseigner sur l’UPP et éventuellement de rejoindre cette association afin d’aider à défendre nos droits.

En attendant, je vous souhaite une bonne écoute.

 

Vous pouvez écouter et télécharger cet épisode du podcast sur iTunes en cliquant ici !

 

 

 

 

Si tu es photographe et que tu veux vivre de ta passion, ou que tu es déjà professionnel mais que tu veux de l’aide et des conseils pour mieux te vendre, mieux vendre tes photos ou tes services et t’offrir comme moi, le luxe de choisir tes clients, alors tu peux t’inscrire à cette nouvelle newsletter.

 




Transcription écrite de l’épisode :

 

Fred : Bonjour à toi et merci de nous recevoir pour cette interview sur ce que c’est l’UPP. Puisque Sandra, en plus d’être photographe d’action, on a déjà discuté de ça lors d’une interview sur le blog, tu es également, depuis pas si longtemps que ça, secrétaire général de l’Union des photographes professionnels. Et ça m’intéressait de discuter avec toi pour les auditeurs de ce podcast sur ce qu’est l’UPP. Et concrètement quelles sont les missions de cette association ? C’est bien une association ? Du coup voilà, est-ce que tu peux nous dire un peu qu’est-ce que c’est l’UPP ? Et quels sont les intérêts pour un photographe indépendant de rejoindre cet organisme ?

Sandra : Alors l’UPP, c’est une association professionnelle de défense des photographes et de leur droit. L’UPP je vais vous la faire courte, mais sur la partie historique en fait, on est sur une association qui s’est construite par strates au fil des regroupements d’associations professionnelles. Le dernier regroupement en date, c’était le rassemblement de l’UPC (Union des Photographes Créateurs) qui défendait les auteurs et de l’ING RPC Freelance qui défendait les photojournalistes. En 2009, ces deux associations de défense des photographes ont choisi d’unir leur force et de rejoindre une seule association : l’Union des Photographes Professionnels.

Aujourd’hui l’UPP, c’est quoi ? Ça a vocation à être une organisation de défense des droits des photographes en France, de tous les photographes, quel que soit leur statut. Et c’est justement sur ce point-là qu’on a le plus de travail à faire parce qu’en France, vous pouvez faire le même travail, celui de faire des photos, vous êtes obligés d’avoir des statuts différents selon les personnes à qui vous vendez des photos. Si vous vendez des photos à un particulier, si vous faites de la photo de mariage par exemple, vous êtes obligés d’adopter un statut d’artisan. Ce que certains vont faire par le biais d’une entreprise commerciale, d’une autoentreprise. Si vous vendez des droits d’image — ça peut être les droits de reproduction, les droits de représentation pour les expositions, pour mettre une image en couverture d’un rapport d’activité d’entreprise — cette fois-ci vous vendez des droits, vous être auteur. Et vous choisissez le plus souvent un statut d’entreprise individuelle. Si vous vendez des images à la presse, vous êtes tenu d’être salarié, c’est la loi Cressard qui dit ça. Et si vous faites de la photo plasticienne, vos séries personnelles que vous exposez en galerie, etc., vous avez plus facilement tendance à dépendre de la Maison des artistes. Donc on a une très grande complexité des statuts, des règlementations fiscales, sociales, et la vocation de l’UPP aujourd’hui, c’est de fédérer tous ces photographes qui sont des gens différents. Qui sont tous en général assez individualistes ou isolés et de leur dire au sein de cet endroit — la Maison des photographes — vous êtes les bienvenus pour vous rencontrer, pour échanger et ensemble on est plus fort.

Ensemble on est plus fort ! Sur certains aspects, les combats des photojournalistes ne sont propres qu’aux photos journalistes. Et sur d’autres, on retrouve exactement les mêmes problématiques chez les auteurs, chez les plasticiens. Quand on parle par exemple du mépris des droits des auteurs sur Internet, c’est quelque chose qui va pourrir la vie d’absolument tous les photographes, peu importe leur statut. Donc l’intérêt de l’UPP aujourd’hui, c’est d’être présente sur ces combats et ça, c’est le volet le plus historique de l’UPP, cet aspect militant. L’UPP a des fonctions de représentation au sein des ministères notamment pour essayer de faire évoluer le droit, ce qui prend énormément de temps. Ce qui nécessite beaucoup d’énergie, mais pour un niveau qui est beaucoup plus pragmatique pour faciliter le travail des photographes professionnels. Pour ça, au sein de nos objectifs, pour l’année 2018, on a 3 grands thèmes de travail. Le premier, c’est la promotion de la photographie professionnelle, la valorisation du travail des photographes pros de France. Finalement, pourquoi faire appel à un photographe professionnel, peu importe son statut ? Simplement parce qu’il vous offre une qualité d’image, une qualité de service auquel un certain nombre d’entreprises, de particuliers, de gens ont besoin. Il y a un vrai savoir-faire. Il faut être capable de défendre cet aspect-là. Le photographe professionnel on le paie parce qu’il fournit un travail de qualité.

F : Et concrètement comment l’UPP elle intervient dans cette défense du photographe ?

S : Eh bien, ça va se passer alors par certaines actions militantes qui sont plutôt la dénonciation d’appels d’offres qui sont à la limite de la légalité, la dénonciation de concours. Donc tout ça, on est dans des actions qui sont en réaction en fait, des réactions à des conduites qui sont ou bien illégales ou bien immorales. Ce sont les collectivités qui, de temps en temps, organisent des concours photos qui en fait sont simplement des appels d’offres déguisés pour que les photographes amateurs candidatent, cèdent leur droit d’exploitation de leur photo à l’organisateur du concours pour une durée indéfinie, pour des usages indéfinis et ne les rémunèrent pas, vu qu’il s’agit d’un concours. Mais du simple fait de leur participation, donc cèdent leur droit. Ça va être le fait d’interpeller le ministère de la Culture en disant : « Attention, vous avez parfois certains de vos camarades, services d’état, qui font appel à des photographes professionnels et leur expliquent ensuite que les photographes ne sont plus titulaires de leur droit ». Ça va être de défendre le droit de certains salariés qui sont photographes et qui pour autant restent titulaires de leur droit. Donc voilà, il y a une partie punitive qui consiste à dire, qu’est-ce qui se passe et à quel moment vous êtes dans l’illégalité. Et il y a une partie qui est beaucoup plus positive, qui consiste à mettre en avant le travail des gens qui marche bien. On a au sein de cette espace « Maison des photographes », on a une galerie qui est la première galerie réellement associative sur laquelle on va faire tourner des expositions chaque mois pour présenter le travail des photographes. Là pour l’inauguration de la Maison des photographes, on avait affiché le travail de Aglaé Bory et Elena Chernyshova qui sont deux jeunes photographes, dans l’idée d’assurer leur promotion, dans l’idée de leur mettre le coup de pouce au démarrage. Donc on a cet ensemble d’actions qui sont tantôt positives pour montrer les gens qui marchent, pour montrer les livres qui sortent. On a un magazine que je vais te proposer qui s’appelle le « Cahier de la photographie », qui met en avant certains points de vue des photographes, le travail de photographe, une chronique juridique qui sont faits en partenariat avec la SEF, ce genre de chose. Et on a un aspect qui est plus militant et engagé en disant quand les choses ne vont pas…

F : Et vous êtes entendus en règle générale par le ministère, par tous ces acteurs-là ?

S : Alors sur certains aspects, on a été entendu. Maintenant, il ne faut pas oublier que les combats qui sont menés sont souvent des combats qui durent longtemps. Comme tu es photojournaliste, tu le sais sans doute, la loi Cressard est le résultat de combats qui ont été menés par les associations de photojournalistes à l’époque. Tu dois à l’ING RPC Freelance, tu dois le fait aujourd’hui que ton patron soit obligé de te salarier quand il te paie des photos pour un magazine ou une entreprise de presse. Ce sont les genres de combats qui fatalement prennent du temps. On avait la lutte contre la mention DR. Ça a mis pas mal de temps. J’étais jeune photographe au moment où ça se passait et finalement, je me rends compte qu’aujourd’hui on a changé nos priorités, mais à l’époque effectivement, il y avait un vrai usage abusif de la mention DR ou Droit Réservé qui permettait, entre autres, aux utilisateurs de presse, mais pas seulement de récupérer la photo n’importe où, n’importe quand. En disant : « Mais ce n’est pas grave, je mets DR et puis je ne la paie pas tout simplement ». C’était tellement facile ! Le photographe a-t-il le droit au respect de son nom, de sa qualité de son œuvre. Eh bien, non, je mets DR et finalement on est tous photographes. C’était un combat qui avait lieu il y a une petite dizaine d’années. Et donc finalement, on n’entend plus parler simplement parce qu’effectivement la mention est moins souvent présente. Elle était utilisée de façon très abusive, et depuis que des textes des lois ont été rapportés alors je ne sais plus c’était la proposition, je ne serai pas capable de te dire quel numéro, mais on était monté au créneau, on avait invité nos adhérents à écrire, à leur député, à leur sénateur, et ça avait marché. On avait eu un retour à ce niveau-là qui imposait aux entreprises — je ne veux pas dire des bêtises, je crois que c’était de mettre de côté l’argent correspondant à l’usage de la photo pour pouvoir le donner au photographe — s’il se faisait connaitre. Ça, ça avait été ce qu’on avait demandé, et au final, ce qui avait été obtenu, c’est que les entreprises de presse à partir du moment où elles se finançaient notamment avec de l’argent public, les subventions à la presse – s’engageaient à limiter au maximum le recourt à la notion DR.

F : Parce qu’initialement la mention de DR, est-ce que tu peux nous dire en quelques mots à quoi ça correspond ?

S : Alors la mention DR, elle a été inventée au départ pour permettre aux gens d’utiliser notamment des photos d’archives dont on ne connaissait pas forcément l’auteur pour dire au lecteur, je ne connais pas l’auteur de cette photo. Maintenant, je sais que cette photo existe parce qu’un auteur la prise à une époque. Donc si son auteur ou ses ayants-droit se font connaitre, alors qu’ils se fassent connaitre de mes sévices et je leur règlerai les droits qui leur sont dus. C’était un moyen de dire que la photo n’était pas libre de droits. J’aurai tendance à dire qu’aujourd’hui, notre problématique en tant que photographe professionnel, c’est plutôt de se battre contre cette appellation « Libre de droits », là où il y a 10 ans, la problématique c’était de se battre contre une appellation « Droit réservé ».

F : Pourquoi il y a ce combat aujourd’hui contre la notion de Libre de droits ?

S : Alors le premier combat, c’est simplement parce que ce n’est pas conforme aux droits français. Pour la faire très très courte, le droit des auteurs consiste en 2 grandes catégories. Les droits moraux et les droits patrimoniaux. Les droits moraux sont incessibles et inaliénables. C’est-à-dire qu’en tant que photographe, quand tu fais une image, que tu sois professionnel ou pas d’ailleurs, c’est ce qui est magnifique dans le code de la propriété intellectuelle français, à partir du moment où tu fais une image, tu es son auteur. Et donc, il y a une obligation de mentionner ton nom auprès de l’image. Ce n’est pas un cadeau que ton éditeur te fait quand il met ton nom au bas de la photo. C’est juste la stricte application du code de la propriété intellectuelle. Donc ça c’est la première catégorie, le droit moral, le fait que c’est toi Fred Marie qui a fait une photo, qui en est l’auteur. Et la deuxième catégorie de droit, ce sont les droits patrimoniaux. Ce sont les droits de reproduction, de représentation et ce sont les droits que les photographes vont vendre pour gagner leur vie. Voilà ! Il semble assez évident dans l’esprit général que la Sacem pour la musique ait le droit de collecter de l’argent à chaque fois qu’une musique passe à la radio et se charge de les retransférer ensuite aux différents producteurs qui les dispatcheront entre les différentes personnes qui ont travaillé sur un morceau de musique. Pour ce qui est de la photo, c’est pareil ! C’est-à-dire que le droit de représentation, c’est le fait de pouvoir montrer une photo, ça va être le droit d’exposer un photographe quand on a la chance de regarder l’exposition d’une cinquantaine de photos d’un photographe. Finalement, c’est certes la promotion du travail d’un photographe, mais c’est aussi un devoir de le rétribuer pour le travail, pour le plaisir, ou pour l’information qu’il nous donne quand il organise sa galerie donc ce sont les droits de représentation. Par extension, c’est aussi le droit qui prévaut lorsqu’il concerne Internet. Si vous utilisez une photo d’un photographe sur votre site Internet, vous lui devez des droits de représentation pour toutes ces personnes qui arrivent sur la page de votre site Internet et qui voient cette photo. Et on a une deuxième catégorie de droit au sein des droits patrimoniaux qui sont les droits de reproduction et cette fois-ci, c’est le nombre de reproductions qu’on peut tenir dans ses mains, le nombre de reproductions matérielles d’une photo. Votre brochure qui est tirée à 2000 exemplaires, donc il y a 2000 feuilles de papier sur lesquelles, il y a une photo. Les droits patrimoniaux, le photographe peuvent les vendre, peuvent les donner aussi. Il y a une latitude qui est totale à ce niveau-là. Maintenant, le code de la propriété intellectuelle prévoit qu’une cession pour être valide doit être limitée dans le temps et dans l’espace et que son prix de cession quand elle n’est pas gratuite, son prix doit être proportionnel à l’usage qui est fait. À partir du moment où le code de la propriété intellectuelle français a gravé dans le marbre le fait que l’indemnisation d’une cession devait se faire d’une façon proportionnelle, le libre de droits avec un paiement forfaitaire est donc illégal. Donc en gros, c’est la raison pour laquelle nous ne sommes pas pour le libre de droits.

F : D’accord. Alors l’UPP moi, je l’ai découvert avec la fameuse grille tarifaire proposée par l’UPP qui est une sorte de petit livré, des barèmes de l’UPP qui permettent d’avoir une idée de combien coute les l’utilisation ou la cession de ces droits patrimoniaux, mais la critique que beaucoup de gens font à ce barème c’est qu’il est déconnecté de la réalité et qu’en général, moi le premier, quand je me réfère au barème, je vais casser un peu ces prix-là. Parce que quand on voit que les droits de la photo devraient être facturés pour plusieurs centaines d’euros pour un usage web, telle ou telle fréquence de site web, c’est quand même quelque chose qui ne sera jamais respecté par ce site web, du coup qu’est-ce que tu penses de ça, peut-être de ces critiques qui sont en fait à l’égard de l’UPP ?

S : Alors est-ce que les barèmes sont perfectibles ? Oui, assurément. D’ailleurs, on est en train de travailler là en 2018 à les faire évoluer notamment pour faire rentrer de nouveaux usages. Ça va être par exemple la photo 360, la vidéo, la photo par drone. Donc pour faire rentrer ces nouvelles activités que des photographes font parce qu’on a tous vocation à évoluer avec notre marché, avec le monde d’aujourd’hui. Voilà, ces barèmes seront mis à jour pour mieux prendre en compte les usages. Après en ce qui concerne tes remarques pour ce qui est des barèmes, et notamment de barèmes Internet, effectivement ils peuvent être perfectibles sur certains points par exemple qui ne sont pas du tout pertinents. Quand on va voir une entreprise qui nous dit : « Je veux récupérer votre photo pour la mettre en couverture de ma page Facebook ». Eh bien, oui, mais je rentre dans quoi comme catégorie diffusion, donc on va les faire évoluer. À ce niveau-là, notamment pour prendre en compte cette dimension « réseau social ». Sachant qu’elle est un petit peu compliquée parce qu’il n’y a pas de droit à l’oubli sur les réseaux sociaux. Il y a le moment ou tu publies ta couverture Facebook. Mais 6 mois plus tard même si tu as changé ta couverture, elle reste quand même dans les archives du compte Facebook. Et ça ne pose pas de problème particulier, il faut juste y penser. Pour ce qui est des tarifs de site Internet, pour ma part j’aurai tendance à trouver que sur certains aspects ils sont trop bas. Je vends à titre personnel. Donc moi Sandra Chenu, je vends mes droits Internet plus chers que les barèmes de l’UPP, qui ne sont pas forcément adaptés, qui ne prennent pas ces comptes pour moi du type de client qu’on a en face. Il vient à s’en dire que si tu vends ta photo à une petite PME française dont le bassin d’attractivité et sa région n’est pas forcément beaucoup plus, tu ne vas pas vendre la photo, le même tarif que si tu la vends à une PME à peine plus grosse dans le travail et l’immense majorité du chiffre d’affaires est fait à l’export par exemple. Et ça, c’est des choses qui ne sont pas assez représentées au sein de ces barèmes UPP. Après on est actuellement en plein groupe de travail dessus. Et tous les photographes qui souhaitent nous rejoindre pour les faire évoluer en se basant sur leur expérience sont grandement les bienvenus.

F : Oui, j’imagine. C’est super intéressant ce que tu dis sur… C’est bien de recadrer sur le côté : « On ne vend pas une photo », ça ne veut rien dire de vendre une photo, on vend les droits de l’utilisation de l’image. Aujourd’hui, c’est un peu les actifs. Une photo c’est un peu un actif d’un photographe parce qu’il va revendre de façon illimitée s’il veut la photo, enfin l’utilisation de l’image, potentiellement sauf si c’est les tirages numérotés, etc. Mais ça reste quand même une sorte d’actif. Il y a eu déjà dans le podcast, notamment un photographe qui tombe très bien en photo d’art qui disait que ça peut-être pas mal aussi de temps en temps de ne pas trop être casse-pied avec ça par rapport à son client sur le fait de dire dès le premier rendez-vous de dire « Attention, je vous vends des droits photo, c’est pour 2 ans, c’est dans tel pays, telle utilisation, c’est tel tirage de votre magazine, du coup, c’est tel prix » et du coup, face à soit on a aussi un interlocuteur qui veut juste que ça soit simple par moment et qui parfois un peu à bafouiller, tu vois ce que je veux dire. Pour un photographe c’est compliqué à comprendre aussi parce qu’on veut juste échanger nos photos contre de l’argent. Et même si potentiellement sur le long terme, on peut toucher les droits dessus, etc., en plus on parlera plus tard dans un prochain épisode du podcast — je fais du teasing — sur les sociétés d’auteurs avec la SCAM et la SAIF — là, ce n’est pas trop le débat, mais est-ce que parfois ce n’est pas aussi bien de ne pas trop se concentrer sur la question des droits d’auteurs, des droits d’utilisations des images.

S : Moi je pense que ce n’est pas exactement cet état d’esprit là qu’on se doit d’avoir. En tant que photographe professionnel, on est quelque part un prestataire de communication pour les entreprises. Et donc ces entreprises sont nos clients. Donc ce qu’il faut garder à l’esprit c’est quoi le besoin du client ? Et effectivement tu as complètement raison, le gros des acheteurs que je rencontre vont dire : « Ah non, mais moi ce que je veux, c’est de la session forfaitaire ». Parce que la session forfaitaire c’est facile. C’est facile pour eux, c’est beaucoup plus simple à gérer et finalement ils vous paient une fois un chèque, peu importe le nombre de zéro qu’il y a sur le chèque. Ils vous paient une fois et après ils savent qu’ils sont tranquilles. D’un autre côté, il y a tout un travail de pédagogie et d’éducatifs à faire vis-à-vis des clients en leur disant « Écoutez, moi je peux vous céder toutes les droites pour une durée illimitée, il n’y a pas de problème. Mais comme potentiellement ça veut dire que vous pouvez aussi bien faire une gigantesque campagne d’affichage sur tous les panneaux 4×3 pendant 10 mois dans la France et le monde entier, eh bien, vous vous doutez bien que ça sera plus cher. » Et donc je leur propose un tarif. En général les acheteurs me répondent : « Ah non, mais c’est complètement prohibitif. Vous vous ne rendez pas compte. » Et à ce moment-là il faut leur expliquer que oui c’est complètement prohibitif simplement parce que potentiellement, les usages qu’ils peuvent faire sont eux aussi complètement prohibitifs. Souvent ça se termine par une simple remarque en disant « Non, mais moi, tout ce que je voulais c’était une photo pour faire un quart de page au sein du rapport annuel de mon entreprise. » Bon eh bien, alors si c’est un quart de page au sein d’un rapport annuel qui est tiré à 100 ou 200 exemplaires, eh bien, forcément le tarif ne va pas être très élevé et c’est normal. Donc après, on peut réussir à appliquer la loi tout en donnant une certaine forme de souplesse qui est nécessaire pour nos clients en disant : « Eh bien, OK, je vous donne par exemple tous les droits de communications publicitaires pour une durée d’un an » et quelques soit le nombre d’affiche ou de panneau ou ce genre de chose, comme ça ils peuvent voir leur plan média, leur plan d’affichage après coup. Ils ont déjà réglé aux photographes les droits, ils savent que pendant un an, ils font ce qu’ils veulent dans ce périmètre-là de la photo. Moi, je pense que c’est une bonne solution, c’est un compromis entre faire un point par point exclusif en disant qu’il y a autant d’affiches au format 4×3, autant au format 2×2, autant elles sont à tels endroits parce qu’il ne faut pas oublier les affiches aussi. Entre une affiche que vous allez afficher en plein cœur de Paris et une affiche que vous allez mettre sur une petite route au milieu de la campagne Normande ou pas grand monde passe devant, vous n’aurez pas la même diffusion quelque part de l’image.

F : Alors on sort carrément de notre boulot de photographe ? Parce que si on commence à réfléchir aux implications que ça peut avoir pour notre client en termes de communication et de marketing sachant que certains photographes ont du mal avec leur propre stratégie marketing, pour se vendre eux-mêmes, ça reste un peu compliqué non ?

S : Je pense que c’est le job d’un photographe d’être un expert de la communication. Et c’est son job aussi de faire ce qu’il faut vis-à-vis du client pour lui expliquer : « Non, attendez, je ne vous ai pas sorti un tarif de 10 000 € qui vous semble prohibitif, simplement je l’ai sorti de mon chapeau comme ça. Vous m’avez prévu des catégories d’usages, vous m’avez prévu une durée d’usage, une diffusion, qui est énorme, donc légalement parlant, la diffusion est énorme, le tarif est énorme. Si finalement vous m’expliquez que ce dont vous avez besoin, c’est juste une diffusion qui est très restreinte, mon tarif sera très restreint.

F : Donc ça c’est quelque chose à faire dès le départ en demandant quand on nous demande qu’on est photographe, on reçoit régulièrement des demandes pour me dire combien ça couterait d’avoir votre image pour notre site Internet pour vendre nos produits, etc. Et moi, ce que je fais c’est que je demande l’utilisation de l’image et là en fonction de ça, je construis mon devis.

S : Eh bien, oui, c’est ça ! C’est-à-dire qu’à un moment, on ne peut pas vendre une photo. On ne vend pas une photo, on vend un droit. À partir du moment où on vend un droit, il faut qu’on soit capable de le quantifier. Et pour le quantifier, ça va être de dire, est-ce que la photo, elle va être diffusé dans le monde entier ? Juste en Europe, juste en France ? Juste dans la région ou juste dans la ville ? Ça, ça donne quand même une bonne idée de la diffusion. Après votre flyer, vous allez l’imprimer à combien d’exemplaires ? 100 exemplaires ? 100 000 exemplaires ? Ça change complètement les choses. Dans le cas d’un site Internet, les 3 gros critères, ça va être la fréquentation du site Internet, son caractère commercial ou pas, est-ce que l’entreprise fait de la vente sur son site Internet ? Ou est-ce qu’au contraire il s’agit par exemple d’une association, d’une institution, une structure qui ne réalise pas de vente ? Si l’image est positionnée dans le header ou sur la page d’accueil, dans lequel cas, elle est très visible et elle participe vraiment à la visibilité de l’entreprise. Au contraire si elle est dans d’autres pages. Et après certains vont prendre en compte la taille de l’image au sein d’un site Internet. On se doutera bien qu’une image qui fait plein écran vis-à-vis d’une image qui fait une vignette dans un coin ne va pas être vendue au même tarif.

F : Les photographes qui viennent te voir, ici, à la Maison de la photo, c’est ça ?

S : Maison des photographes.

F : Maison des photographes à Paris dans le 10e, les gens qui viennent ici, principalement, ils viennent pour quoi ? Quand ils viennent poser des questions ou quand ils ont des problèmes, c’est quoi principalement ?

S : Alors, les raisons de venir à la Maison des photographes ou les raisons de rejoindre l’UPP ? Parce que ce n’est pas exactement la même chose.

F : Dans un premier temps, les raisons pour lesquelles, ils viennent ici puis après pourquoi pas, rejoindre l’UPP.

S : La Maison des photographes, c’est un espace de galerie, j’en ai parlé. C’est un espace d’accueil et de convivialité. C’est aussi un moyen de se rencontrer, on organise régulièrement…

F : Oui, j’ai vu la chaise longue.

S : Voilà, la chaise longue par exemple. Les plantes ! Nos magnifiques salariés qui font un boulot d’accueil, et voilà qui sont le visage de l’association. C’est aussi des conférences, c’est aussi des ateliers, des débats, c’est le moyen de faire avancer la photographie. De temps en temps, c’est simplement le fait de se rencontrer, prendre le café, de boire quelques coups ensemble. Ça fait partie des choses qui construisent un peu de lien social.

Pour ce qui est de l’UPP, quand des gens viennent ici en général, ils ont des choses à nous demander. Ça va être la carte de photographe que l’UPP délivre, qui témoigne du fait qu’il s’agit bien d’un photographe professionnel. Ça va être les barèmes de vente de droits photo dont tu parlais tout à l’heure. Les barèmes sont disponibles à la vente, mais il y a certaines personnes qui choisissent de ne pas seulement acheter les barèmes, mais de rejoindre l’UPP pour tous les services notamment en termes de conseil légal, fiscal, juridique que l’UPP peut leur rapporter. La carte de l’UPP en plus de témoigner notre qualité de professionnel nous donne droit à un certain nombre de réductions notamment sur des services vraiment dédiés aux professionnels. Je ne sais pas quand ton blog sera diffusé. Mais par exemple, on vient de signer un partenariat avec Pixtrakk, un autre avec Factomos qui sont deux services qui permettent, pour le premier, à un photographe de découvrir les contrefaçons de ses images sur Internet et de se faire indemniser de façon quasi automatique. C’est Pixtrakk qui se charge de contacter un avocat, qui fait les démarches à sa place. Et Factomos, c’est un service de facturation en ligne qui gère complètement que ce soit le précompte ou l’affiliation pour les photographes auteurs. Ce sont des trucs un petit peu compliqués à mettre en place d’un point de vue compta. C’est très sympa quand même. Ça permet de vendre des droits d’auteurs, ça permet de vendre des prestations avec une TVA à taux réduit. D’être en bénéfice non commercial, et non pas en bénéfice industriels et commerciaux. Et donc il y a quelques contreparties dont le fait d’avoir quelques petites blagues comptables avec des prélèvements sociaux qu’on doit faire nous-mêmes sur nos factures, mais que les clients doivent régler eux directement à notre caisse de sécurité sociale.

F : Donc ça, c’est quelque chose en plus qui va être bientôt supprimé non ? La différence entre l’affiliation et l’assujettissement ?

S : Alors pour l’instant, c’est discuté, effectivement, on espère, on estime qu’en 2019, le statut de photographe assujetti et le statut de photographe affilié ne feront plus qu’un. On verra ce qu’il en est en 2019 !

F : Et l’UPP fait partie des gens qui luttent pour ça ?

S : Eh bien, l’UPP fait partie des gens qui essaient de faire évoluer le statut de photographe vers plus de simplification. Donc effectivement, je ne sais pas si t’as déjà vendu des photos à un client au précompte alors que tu es le premier auteur à qui ce client fait appel, mais c’est juste galère. Tu te retrouves avec un comptable qui t’appelle en disant : « Oui, madame Chenu je vous appelle, je ne comprends pas parce que j’ai une facture, le montant TTC, il est moins cher que le montant acheté. Comment vous m’expliquez ça, vous avez dû vous tromper, vous avez dû inverser les 2 montants ? » Non, mais alors en fait sur le montant hors taxe, je vais rajouter la TVA, mais je vais enlever les charges sociales. Parce que les charges sociales c’est vous qui faites un chèque à part et qui allez l’envoyer à mon système de cotisation sociale. « Ah non, mais vous ne voulez pas, moi je vous fais qu’un chèque à vous et puis vous vous chargez de l’envoyer à votre système social. » Ah oui non, mais ils ne veulent pas. « Non, non, mais écoutez-moi j’y comprends rien ça va me faire 4 lignes sur ma feuille comptable, moi, je veux juste un prestataire, une ligne, un chiffre au bout, je fais le chèque et on en parle plus ». Donc c’était assez difficile, il fallait faire preuve d’énormément de pédagogie. Mais ce n’est pas grave, on est photographe, on aime ce métier, donc on le fait, et avec le temps, on connait l’argumentaire qui va bien. Mais c’est vrai que, si à l’avenir, un jeune photographe pouvait s’installer en tant que photographe et ne pas tomber dans ces difficultés supplémentaires de bête organisation purement comptable et fiscal, ce ne serait pas plus mal et pour eux et pour nous. Il faut savoir que normalement, le photographe professionnel est plus facilement affilié qu’assujetti, et donc cette problématique-là ne se pose plus pour lui. La problématique se pose surtout pour les jeunes photographes en début d’activité.

F : D’accord, je crois qu’on a fait le tour sur la question. Pour terminer, toi, pourquoi tu as décidé de rejoindre l’UPP et notamment prendre des responsabilités comme celle-ci ? Sachant que tu es quand même assez occupée avec ton métier de photographe à côté ? Pourquoi ce choix ?

S : En fait, j’ai rejoint l’UPP alors que je quittais mon école de photo. Parce que simplement j’ai des profs qui m’ont dit que par militantisme, il fallait adhérer à l’UPP. C’était déjà il y a une dizaine d’années. Je te remercie de ne pas te moquer sur ce point. J’ai dû passer deux ou trois ans à l’UPP avant de me rendre compte quand même que c’était une association qui était vieillissante. Qui était le reflet de lutte passée de personnes d’un certain âge et qui n’étaient plus photographes professionnels aujourd’hui. Donc après deux, trois ans, j’ai arrêté de payer ma cotisation. J’avais pris ce qu’il y avait à prendre, c’est-à-dire que j’avais les barèmes, j’ai assisté aux réunions d’information au début, etc. Et je n’y trouvais plus mon compte en tant que photographe professionnel.

Et il n’y a pas si longtemps que ça, il y a deux, trois ans j’ai commencé à me dire en même temps, en tant que photographe on est très isolé. Certes, humainement parlant, je discute avec des photographes dont toi, on ne se fait pas que se jeter des cailloux ni boire des bières. Eh bien, ça, c’était notre petit secret, mais c’est perdu. Ceci étant, on a qu’une seule association de défense des intérêts des photographes. Et c’est trop bête de ne pas la rejoindre, de la priver de cette légitimité-là en faisant simplement du délit de jeunisme ou d’anti-vieillisme, enfin je ne sais pas exactement. Donc j’ai décidé de retourner au sein de l’association et je me suis dit que finalement, une association n’est jamais que la somme de ce que ses membres veulent lui apporter. Et que si c’était l’association des photographes, et si c’était une association de vieux cons, c’est qu’il y avait que des vieux cons qui voulaient s’y investir. Il était aussi de notre devoir à nous tous, photographes professionnels aujourd’hui, malgré nos carrières parfois très bien remplies, de nous investir au sein de l’association, de faire entendre votre voix, de dire qu’on existe, c’est pour ça que quelques mois plus tard, j’ai présenté ma candidature pour être administrateur au sein de l’association. J’ai été élue et après avoir passé un an à mettre en place à mon niveau d’administrateur à essayer de mettre en place des outils pour faire évoluer l’association. Pour mieux répondre aux besoins des adhérents, pour mieux répondre aux besoins des photographes professionnels en France, pour mieux répondre aux besoins d’information du grand public. Je me suis portée candidate pour joindre le bureau et pour cette fois-ci pouvoir donner aux autres les moyens de s’investir au sein de l’association. Donc aujourd’hui, moi, je vois mon poste en tant que secrétaire général comme étant la personne à contacter en disant, mais : « Je suis photographe, je suis adhérent, j’ai envie de faire quelque chose pour l’ensemble des photographes. J’ai besoin d’un local… » Je vais contacter le bureau et le bureau mettre ces infrastructures à dispositions pour aider les gens à réaliser leur projet.

F : Eh bien, écoute je te remercie pour cet entretien, et je mettrais les liens dans la page, dans l’article sur le blog dédié à cet épisode vers l’interview qu’on avait fait. L’excellente interview qu’on avait faite !

S : (Rires) Avec ou sans Tigrou ? Parce que s’il n’y a pas Tigrou, ça ne m’intéresse pas.

F : On verra si on mettra Tigrou. Merci beaucoup Sandra.

S : Merci à toi.

Categories: Photographe Pro

Je m'appelle Fred et je suis reporter-photographe professionnel. En plus de mon…

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