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Quand la photographie peut changer le monde

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Tout juste récompensé pour ses 30 années de travail, James Nachtwey est plus qu’un photographe de guerre. «Au cœur de son travail, il y a les injustices du monde : la famine, la pauvreté, la maladie, les violations des droits de l’homme », a déclaré Kira Pollack, directeur de la photographie du Time. « Plus que tout autre photographe, il est capable d’exprimer l’espoir dans le milieu de la souffrance humaine ».

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Comme a son habitude, c’est en complète humilité mais non sans éloquence que James Nachtwey a tenu un discours assez incroyable sur la place du photojournalisme dans un monde en constantes crises. Voici la retranscription ainsi que la vidéo.

« Recevoir ce genre de reconnaissance est un immense honneur – mais je ne suis qu’un des nombreux journalistes qui se sont engagés à couvrir les conflits et de révéler les injustices sociales, qui ont étécachés ou ignorés, mais qui ne demandent qu’à être corrigées. C’est le travail combiné de nous tous, ensemble, qui construit la masse critique de renseignements et de connaissances qui crée le changement et contribue à rendre le monde un meilleur endroit. Et je tiens à dédier ce prix à ceux qui ont été réduits au silence par l’emprisonnement ou en donnant leur vie.

Nous sommes le peuple, le premier lien avec la réalité dans une chaîne journalistique de collaboration. Chacun de nous est un seul esprit, une seule sensibilité – une paire d’yeux et une paire d’oreilles – un seul cœur – se déplaçant à travers le monde réel en temps réel, à raconter les histoires qui arrivent aux gens.

Nous naviguons entre les dangers, nous endurons des épreuves et nous avons les cœurs brisés par ce que nous voyons, encore et encore, parce que nous croyons que les opinions des gens ont de l’importance – que notre société ne peut pas fonctionner correctement sans les informations que nous fournissons et sans les histoires que nous racontons.

Notre travail vise à révéler les meilleurs instincts de nos lecteurs – la générosité, la compassion , le sens du bien et un sentiment d’identification aux autres – sur le plan humain, à travers les cultures, au-delà des frontières de la nationalité – et peut-être le plus important, le refus d’accepter l’inacceptable.

Nous questionnons les puissants. Nous demandons des comptes aux décideurs. Nous aidons à forger des liens avec les personnes que nous rencontrons sur le terrain. Et une fois que la conscience de masse évolue dans un sens partagé, le changement ne devient pas seulement que possible ; il devient inévitable. »

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Le témoignage d’une photographe de guerre et d’amour

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Lynsey Addario est une photojournaliste de 41 ans qui a connu la plupart des conflits du 21e siècle. Elle a couvert la guerre en Afghanistan, en Irak, au Darfour, au Congo, en Haïti, et en Libye (elle était d’ailleurs l’un des quatre journalistes du New York Times enlevés en Libye en 2011).

En plus de couvrir les guerres pour la presse, Lynsey est passionné par les droits de l’homme et la thématique du rôle des femmes dans les sociétés traditionnelles. La photographe vient de publier un nouveau livre sur sa vie et son travail, intitulé « It’s What I Do: A Photographer’s Life of Love and War ».

(Credit: Lynsey Addario/ Corbis Saba)

Dans ce livre, Lynsey retrace les 15 dernières années de sa vie de témoin de la guerre et ses conséquences les plus horribles. La photojournaliste a déjà donné un certain nombre d’interviews, autant de témoignages inspirants et importants. Voici un extrait publié par le Time.

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7 astuces pour faire de meilleures photos avec son smartphone

Le smartphone peut être un formidable appareil photo : petit, discret et aujourd’hui doté de plusieurs applications permettant de créer des effets étonnant. Cependant, il ne faut pas vous en tenir uniquement qu’au filtre Instagram ou Hispamatic pour faire de superbes photos. Il existe plein de petits trucs et astuces pour améliorer ses images.

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Dans une vidéo, deux petits génies du site web COOPH (The Cooperative of Photography) nous explique comment faire :

– Des panoramiques astucieux
– Des panoramiques en mode travelling
– Un zoom avec des jumelles
– De la photo macro avec de l’eau
– Créer un réflecteur de lumière avec un accessoire de voiture
– Fabriquer un trépied en carton et prendre des photos à distance avec les écouteurs pour remplacer une télécommande
– Prendre des photos sous l’eau

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« Pro Photographer, Cheap Camera », quand l’appareil photo ne compte plus

« Tu as un super appareil photo, tu dois faire de belles photos ! » Si comme moi vous en avez assez d’entendre cette phrase, j’ai une solution à vous proposer, bien plus efficace que de vous énerver ou juste vous taper la tête contre le mur. Cette solution est accessible en quelques clics sur YouTube.

Il s’agit d’une petite émission de la web tv basée à Hong Kong « DigitalRev TV », nommée « Pro Photographer, Cheap Camera ». Comme son nom l’indique, elle met en scène des photographes professionnels, reconnus dans le monde entier, et des appareils photos complètement hors normes et d’une qualité plus que médiocre. Il en résulte néanmoins des photos incroyables et surtout une morale définitivement claire et inaliénable : ce n’est pas l’appareil photo qui fait la bonne photo, mais bien le regard et le talent du photographe.

A méditer !

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Les 40 ans de voyages photographiques de Salgado dans un documentaire

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Le sel de la terre – Wim Wenders et Juliano Ribeiro Salgado – 2014

Synopsis :

« Depuis quarante ans, le photographe Sebastião Salgado parcourt les continents sur les traces d’une humanité en pleine mutation. Alors qu’il a témoigné des événements majeurs qui ont marqué notre histoire récente : conflits internationaux, famine, exode… Il se lance à présent à la découverte de territoires vierges aux paysages grandioses, à la rencontre d’une faune et d’une flore sauvages dans un gigantesque projet photographique, hommage à la beauté de la planète. Sa vie et son travail nous sont révélés par les regards croisés de son fils, Juliano, qui l’a accompagné dans ses derniers périples et de Wim Wenders, lui-même photographe. » (source : Allociné)

Mon avis :

Difficile de choisir entre la rubrique « photographie » ou « voyage » pour ce film assez incroyable. Véritable Ode à la nature, l’oeuvre colossale de Salgado est bien mise en avant dans ce documentaire à la gloire du photographe. Mais même si vous n’êtes pas un fervent amateur des clichés noir et blanc du brésilien, je vous conseille quand même de regarder ce film. Vous y découvrirez une certaine vision de la photographie de nature et de voyage, celle d’un Salgado qui semble presque immortel et à la production inépuisable. Il faudra cependant mettre de côté la partie assez « mégalo » du personnage, qui veut « faire un hommage à la terre et à l’univers » et explique qu’il est finalement très simple de replanter une forêt… Ne nous voilons pas la face, Salgado reste une incroyable exception dans un univers de la photographie qui ne peut même plus être considéré comme étant « en crise » tellement la situation est problématique…

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Mais même pour un photographe qui peine à vivre de ses images, il est très intéressant de se documenter et s’inspirer de grandes figures de la photographie comme Salgado. Sa façon de composer, de construire ses images, la force de son noir et blanc, les histoires qu’ils racontent, sont autant de sources d’inspirations et d’enseignements qui permettent de nourrir son regard.

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Pour aller plus loin :

=> Ma sélection de films sur la photographie et le voyage

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Dans l’intimité d’un photographe de guerre à la retraite

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Salaud on t’aime – Claude Lelouch – 2014

Synopsis :

« Un photographe de guerre et père absent, qui s’est plus occupé de son appareil photo que de ses 4 filles, coule des jours heureux dans les Alpes avec sa nouvelle compagne. Il va voir sa vie basculer le jour où son meilleur ami va tenter de le réconcilier avec sa famille en leur racontant un gros mensonge. »

Mon avis :

J’inclus ce film dans la sélection « photographes de guerre ». Même si le casting laisse perplexe lorsque l’on découvre l’affiche et le synopsis, une fois devant l’écran, ça devient un peu plus clair. Mais le plus fort dans l’histoire, c’est que Lelouch arrive à faire un film sur un reporter de guerre, même à la retraite, sans montrer une seule image de guerre, tout en arrivant à mettre en lumière les ravages que cette dernière à fait sur le bonhomme. Très gros rebondissements et très forte décharge émotionnelle, ce film a surtout le mérite de dresser le portrait d’un reporter de guerre à la retraite, ce qui est malheureusement assez rare ! A voir !

Pour aller plus loin :

=> Ma sélection de films sur la photographie et le voyage

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Eric Bouvet : « Tout le monde ne peut pas être photographe »

Eric Bouvet Toulouse 2014

Dernièrement, j’ai eu la chance et le plaisir d’interviewer le photographe Eric Bouvet, un grand nom du photojournalisme, ancien de l’agence Gamma, cinq fois lauréat du « World Press Photo » et également fascinant globe-trotter.

Cela fait plus de 30 ans que tu es photographe professionnel, pourquoi avoir choisi ce métier ?

Eric Bouvet : J’ai commencé la photographie comme amateur avant de véritablement en faire mon métier. Lorsque j’étais à l’école, j’étais bon en dessin, j’aimais bien l’histoire, l’aventure, ce qui se passait dans le monde… Je me suis toujours intéressé à l’image fixe. J’ai appris la photographie en autodidacte, en lisant des bouquins et à l’époque, le magazine « Photo Reporter ». Je rêvais en regardant les photos de ces photographes. Mon leitmotiv a rapidement été de rentrer à Gamma.

Tu intègres cette prestigieuse agence à seulement 20 ans, comment cela s’est déroulé ?

En fait, je suis entré à Gamma par ce qu’on appelle la « petite porte », c’est à dire le labo. Tous les jours, j’arrivais à l’agence à 5h du matin pour plonger les films de tous les photographes en mission dans le monde entier ! Et puis ce qui était complètement incroyable, c’était d’avoir les clés de l’agence et de l’ouvrir tous les matins !

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© Eric Bouvet 

Et puis tu es devenu photo-reporter…

Oui. Cette période n’a pas duré longtemps, car on m’a rapidement donné ma chance et j’ai enfin pu « prendre les Boeings ». A l’époque, tu étais le « King » quand tu montais dans un 747 ! C’était tout simplement incroyable d’être parachuté à l’autre bout du monde, les gens te respectaient.

Aujourd’hui, on dit que le photojournalisme est un métier plus dangereux qu’avant, mais ce n’est pas vrai. Avant, tu partais seul, sans moyen de communication et pendant plusieurs semaines sans donner de nouvelles.

Avec le recul, je ne sais même pas comment j’ai fait pour me sortir de situations dingues.

Quel a été le reportage qui t’a le plus marqué ?

C’est sans doute la mort de la petite Omayra en 1985 lors de l’éruption du volcan Nevado del Ruiz en Colombie… J’ai fait 5 minutes de photos et je suis allé vomir… En rentrant, on m’a insulté, mais pourtant j’ai fait le choix de ne faire que du plan large, à l’inverse des autres…

Tu es ce que l’on appelle un « témoin de l’Histoire » car tu as vécu et photographié de grands événements marquants, quel regard portes tu sur ces dernières années ?

Aujourd’hui je suis réellement photographe car je commence à bosser plutôt bien. Avant je ne me rendais pas compte de la force de l’image.

Je ne suis pas heureux de ce que j’ai fait, par rapport à ce que j’ai donné physiquement et psychologiquement. Aujourd’hui je me sens plus mûr et j’ai des regrets de ne pas avoir eu ce regard plus tôt.

Que penses-tu de la jeune génération de photo-reporter ?

D’abord ces jeunes sont pour la plupart bien meilleurs que moi. Ils sont arrivés avec internet et le numérique et ont tout bouleversé. A la fois ils me bouffent et en même temps me nourrissent. C’est grâce à eux en partie  que j’évolue. Ils sont plus mûrs que moi à mon époque, car ils sont mieux informés. Il y avait moins d’images à l’époque.

Quand tu commences ce métier, tu regardes ce qui a été fait, tu te nourris des images des autres et ton oeil les critique, les analyse, les digère, et tu te dis, c’est ça que j’aime ou que je n’aime pas. Et puis, la photographie, c’est des modes. On ne photographie pas de la même façon dans les années 80 qu’aujourd’hui, et c’est tant mieux. Les tendances évoluent également dans les magazines.

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Justement, est ce que tu penses que les magazines de grand reportage et de voyage ont perdu de l’intérêt du fait de la démocratisation de la photographie ?

Les gens continuent à lire des magazines comme « Géo » ou « 6 mois » parce que c’est bien fait. Mais force est de constater que les gens ne profitent plus du moment.

Il n’y a qu’à observer un concert : tout le monde à son téléphone en l’air ! Ou dans un car de touristes, il y a des photos dans tous les sens.

Nous sommes inondés d’images, notamment sur Facebook, c’est à vomir ! Tout le monde à besoin de montrer qu’il est là avec ses photos…

Quel est le problème ? La technologie ?

C’est bien la technologie, c’est formidable de ramener des souvenirs, mais ce n’est pas une raison pour faire n’importe quoi.

Le numérique c’est le gratuit, c’est le consumérisme, c’est appuyer sur un bouton, encore et encore. Mon leitmotiv, c’est de n’appuyer qu’une fois, parce que je n’ai pas envie de perdre du temps sur l’ordinateur. Cela ne m’intéresse pas de tourner autour de mon sujet.

Quels conseils donnerais tu au voyageur qui veut prendre de meilleures photos ?

Ne pas s’embêter avec le matériel ! Prenez un appareil léger pour prendre de petites images pour le plaisir. L’objectif ne doit pas être de chercher à refaire une carte postale et de ramener des kilomètres de trucs mal faits.

Et puis, ce n’est pas parce qu’il ne fait pas beau que le souvenir va être mauvais. J’ai fait mes meilleures photos par mauvais temps.

Mais le plus important, c’est de respecter la lumière. A cause des logiciels comme Photoshop, les gens déclenchent en pensant qu’ils vont retravailler leurs images, ce qui donne des choses mauvaises, sans contraste…

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 © Eric Bouvet – « Burning Man »

Tu donnes des cours de photographie à travers des « workshop », peux tu nous en parler ?

Je donne des conseils à des groupes de 6 à 12 personnes en fonction des lieux. Il n’y a pas de niveaux demandés, d’ailleurs je trouve cela absurde car comment peut-on se donner une note soi-même ? L’essentiel c’est le partage et la découverte.

A ce jour, j’ai eu plus de 600 stagiaires. Cela coûte 185 euros la journée à Paris pour les sessions de groupe et 350 euros en session individuelle. Je suis très content de pouvoir partager mon expérience, même si cela fait que je fais de moins en moins de prises de vue.

Certains pensent que tu es un privilégié du fait de ta carrière et de ta reconnaissance dans un univers de la presse en crise…

C’est difficile pour tout le monde et ce n’est pas parce que je connais les rédacteurs photos des magazines que je travaille plus que les autres ! J’ai deux enfants en fac, un loyer à payer et un frigo à remplir.

Aujourd’hui je ne peux plus bouger le petit doigt, il n’y a plus de garanties pour les reportages, je reste chez moi et je regarde les autres partir…

Il me faut donc me motiver et trouver des sujets différents. Faire autre chose… Mais c’est comme dans tous les métiers, on pousse les vieux dehors…

C’est à la fois compréhensible mais difficile à accepter. Surtout quand les rédacteurs photos te disent qu’ils te font plus confiance car je suis toujours rentré avec une histoire et que je sais raconter. Quand on est jeune on a moins d’expérience pour le récit, c’est normal. Même chose pour l’éditing, ça s’apprend avec les années.

Tu as quand même reçu de nombreux prix prestigieux, comme par exemple le World Press Photo ou le Visa d’Or pour ne citer que ces deux…

Je n’ai jamais couru après les prix, mais j’aurais pu en avoir plein d’autres. Je suis super content lorsque j’en reçois un, mais ce n’est pas ça qui va me donner du travail… Peut être que pour un jeune c’est différent, car ça va le propulser.

Eric Bouvet Toulouse 2014

Tu travailles essentiellement avec deux appareil Fujifilm, pourquoi ce choix ?

Pour moi la liberté est le plus important. Je peux me promener partout avec mes deux petits boîtiers, je n’ai presque pas besoin de sac, c’est l’idéal ! Cela me permet de faire des images qui me conviennent.

Je n’utilise quasiment qu’un 35mm et un 50mm pour ne pas détruire la scène que je photographie. Cela me permet de vivre ce que je photographie, je suis avec les gens, je vis avec eux.

Est ce que tu fais partie des photographes professionnels qui utilisent leur smartphone pour photographier ?

Très rarement. Je l’utilise pour me souvenir d’un truc ou pour mettre une bricole sur Facebook. La focale de l’appareil photo d’un téléphone ne me correspond pas. Il y a des gens qui pensent être des artistes grâce aux applications comme « Hispamatic », mais je les mets au défi de faire les mêmes images sans le filtre.

Tout le monde ne peut pas être photographe, construire une histoire, savoir regarder, tout simplement. Moi je ne suis pas architecte, ni médecin, ni comptable, ni plombier, ni aucun autre métier, je suis photographe.

Plus d’information sur Eric Bouvet et son travail : www.ericbouvet.com

 

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Guerre des photographes : amateurs VS professionnels

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En écrivant cet article, je sais pertinemment que je ne vais pas plaire à tout le monde. Mais ce sujet mérite de s’y arrêter et comme toujours, je ne prétends pas détenir la vérité, les commentaires (pertinents) sont les bienvenus à la fin de ce post !

Un photographe est par nature un être qui a du caractère, de l’égo et qui ne respire pas toujours l’humilité. C’est un fait. Et c’est tant mieux, parce que la photographie est un moyen d’expression, un art à part entière qui demande presque tout le temps une prise de position. Même un photographe de presse est rarement objectif…

On peut remarquer cela sur les réseaux sociaux, espace qui a libéré la « parole », et sur lequel des groupes et autres pages ont été créés justement pour parler photo… et critiques photos. Un sujet revient de façon régulière et à chaque fois en filigrane : celui du statut de photographe professionnel.

Comment définir ce statut ? Qui est photographe professionnel ? Mais au fait, qui est photographe ?

Ces questions peuvent paraître stupides, et pourtant elles font débat. Un débat souvent virulent.

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Les photographes amateurs sont en train de détruire le métier de photographe professionnel.

C’est la conclusion de beaucoup de photographes vivant de leur production photographique aujourd’hui. Il est clair que la photographie est devenue accessible à tous. Le matériel est de plus en plus abordable et il est facile d’apprendre en quelques clics à s’en servir grâce à internet.

Par ailleurs, le statut d’auto-entrepreneur a bouleversé ce métier en permettant à des amateurs éclairés de faire de leur passion, une activité légalement rémunérée et ainsi un complément de revenu.

C’est justement cela le problème. Ce type de photographe, que l’on peut qualifier de « semi-professionnel », va proposer ses services de photographe à des entreprises ou des institutions, en plus de son activité principale. Première conséquence pour les photographes professionnels vivant à plein temps de leur activité : la perte de clients et de marchés. C’est la triste loi de la concurrence.

Plus grave cependant, ces « semi-professionnels » ne sont souvent pas au courant de ce qu’est un droit d’auteur ni des nuances de ce métier (justement parce qu’ils ne le considèrent pas vraiment comme un vrai métier). En prenant le statut d’auto-entrepreneur, ils se font rémunérés comme simples prestataires et ont tendance à casser les prix. Normal de leur point de vue, car ils n’ont pas la pression financière d’une personne qui vit à 100% de ses images. Du coup, une entreprise, même consciente de la différence de qualité d’une prestation de pro, choisira presque tout le temps le moins cher. Ce qui a pour conséquence une baisse généralisée des prix et donc la précarisation de TOUTE une profession.

Le « salarié-auto-entrepreneur passionné » a-t-il conscience de cela lorsqu’il propose ses services à prix bradés ? Peut-être, mais pourquoi s’en soucier lorsque l’on peut se vanter de « travailler comme photographe »…

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Les photographes amateurs ne détruiront pas le métier de photographe professionnel.

Ne soyons pas non plus trop négatif. La photo amateur n’est pas un scoop, loin de là. Dans mon mémoire sur le photojournalisme, rédigé dans le cadre de mes études à l’IEP, je reviens sur cette influence très limitée et surtout très ancienne.

De plus, on peut quand même penser qu’une entreprise, une institution et même un couple de fiancés préféreront faire appel à un vrai professionnel. Car même si le prix est un argument central pour tout choix de prestation, la qualité et la crédibilité le sont tout autant.

Au photographe professionnel de se démarquer et prouver qu’il est légitime (et de toutes façons, il n’a pas vraiment le choix !)

Un autre élément me fait penser que la guerre n’a pas vraiment lieu d’être. Une chose est sûre : tout le monde aimerait vivre de sa passion un jour. Par contre, ce n’est pas dit que tout le monde fera ce choix… et surtout, prendra ce risque.

« Wouaa tu es photographe ! »… « Mais tu arrives à en vivre ? » (Copyright Fred Scheiber) 😉

Je vois beaucoup de photographes amateurs autour de moi et sur le terrain, qui me disent vouloir « un jour en faire leur métier ». J’ai juste envie de dire : bon courage !

Je ne pense pas du tout que ce n’est pas possible, ou pas légitime. Tout le monde à le droit de faire ce qu’il veut et encore heureux ! Le problème, c’est que l’on n’a pas souvent conscience des réalités.

Cette année encore, en 2014, un sondage met en première place des « métiers de rêve », celui de photographe. Cela fait bien rire lorsque l’on voit comment est traité un pro par une entreprise ou une institution qui volent des photos, qui sous-payent, ou qui payent 6 mois plus tard…

Mais restons positif et optimiste. Aujourd’hui, tout le monde peut photographier. Compact à moins de 100 euros, Instagram, Flickr, etc… Jamais il n’y a au autant de photographies réalisées et surtout diffusées dans le monde !

Au final, c’est une excellente chose pour l’univers professionnel, car il y a une sensibilisation plus grande à la photographie. Cet art est accessible et les amateurs et autres passionnés peuvent facilement se renseigner, apprendre, s’éduquer et apprécier.

Au fond, la photographie c’est un partage. Lorsque l’on photographie, on décide de capter quelque chose pour soi, mais aussi pour les autres. Le fait qu’il y ait autant d’images de produites dans le monde est une très bonne chose car cela fait de la photographie un média populaire et apprécié.

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La guerre des photographes n’aura pas lieu

Le métier de photographe est en constante mutation, tout comme l’est le monde de la presse. Les photographes amateurs ou semi-professionnels y sont pour beaucoup dans cette évolution. C’est très regrettable pour un pro de perdre un client à cause d’un amateur. Mais c’est surtout regrettable que l’entreprise ou l’institution fasse ce choix ! Tout comme il est extrêmement regrettable de voir les titres de presse licencier des photographes et publier des images libres de droit (réalisées bien souvent par des amateurs).

Faut il pour autant profondément haïr et maudire le photographe de concert offrant ses images à la boite de production, ou le passionné qui remplie le book d’une mannequin (elle aussi amateur) à l’œil, ou encore le voyageur qui rempli les serveurs de Flickr de photos désormais légalement distribuables par Yahoo ?

Bien sûr que non.

Mais au-delà de leur dire simplement « bon courage », autant leur expliquer en quoi leurs envies et leurs choix, peuvent avoir des répercussions directes et dramatiques sur une profession qui peine déjà à évoluer dans le bon sens…

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Thomas Goisque : « Partager des aventures humaines et les mettre en images »

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Thomas Goisque est un grand reporter au sens le plus noble du terme. Voyageur, aventurier, ce photographe au long cours a fait le tour du monde avec ses boitiers afin de ramener les meilleures histoires et les plus belles images pour la presse magazine nationale. Rencontre.

Destination Reportage : Comment avez vous commencé la photo ?

Thomas Goisque : Après avoir terminé mes études de photographie à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs », je suis parti un an en Asie du Sud Est pour un reportage avec une association humanitaire. Je faisais alors mes premières photos de reportage. Ensuite, à mon retour en France, je suis devenu photographe du Gouverneur Militaire de Paris et je me suis engagé comme casque bleu pendant 6 mois, puis je suis parti à Sarajevo.

Qu’est ce que l’armée vous a apporté ?

C’était une opportunité d’expérience et cela correspondait avec ce que je voulais faire, à savoir partager des aventures humaines et les mettre en images. L’armée est un milieu que je connais bien, j’en connais les codes. C’est important lorsque l’on est sur le terrain, c’est important de savoir comment réagir. Et puis, il faut dire que cela m’a permis de réaliser un reportage de huit pages dans le Figaro Magazine et de faire un livre. J’ai également obtenu le prix Marc Flament du Ministère de la Défense en 1995.

Thomas Goisque publication

Aujourd’hui, arrivez vous à vivre de ces voyages et de vos reportages ?

J’en vis depuis plus de 20 ans. Mais c’est de plus en plus difficile car aujourd’hui j’ai cinq enfants… Et puis, c’est de plus en plus difficile d’intéresser les magazines. C’est encore plus dur pour ce qui est de l’édition. C’est plaisant de pouvoir publier son travail dans un livre, mais cela ne fait pas vivre les gens.

Vous avez plusieurs livres à votre actif, notamment avec l’aventurier Sylvain Tesson. Comment l’avez vous rencontré ?

J’ai rencontré mon ami Sylvain à l’occasion d’un reportage pour le Figaro Magazine. Il s’agissait d’un reportage sur la marche des évadés du Goulag en Sibérie.

Vous avez parcouru le monde avec vos appareils photos, cela fait il de vous un « voyageur professionnel » ?

J’ai réalisé des reportages dans le monde entier par opportunité. Je n’ai pas de leçons à donner sur le voyage. J’essaye simplement de vivre de mes photos. Je pense que c’est lié à mon enfance et d’une profonde envie d’aventure. Au fond, je n’ai jamais été un grand passionné de photo, c’est venu assez tard. Pour moi l’appareil photo était l’objet qui pouvait me permettre de voyager.

Thomas Goisque site internet

Quel regard portez vous sur le métier de photojournaliste et de grand reporter ?

Je pense que c’est devenu un métier impossible. Cela fait 25 ans que je travaille et j’ai des connections dans la plupart des rédactions, mais c’est cependant de plus en plus difficile. Il y a eu une transition dans les rédactions. Les journalistes ont été remplacés par des personnes tenus par les financiers, et qui ne comprennent pas par exemple que lorsque l’on part en Irak, il faut payer un fixeur…

Quel est votre meilleur souvenir de reportage ?

Sans aucun doute notre aventure avec Sylvain Tesson autour du Lac Baïkal en side-car…

Thomas Goisque Lac Baïkal

                  

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[Grand écran] « Dieuzaide, regards en partage »

Jean Dieuzaide

Récemment, j’étais invité à la première d’un documentaire sur Jean Dieuzaide, réalisé par Philippe Roussilhe sur une idée de Jannick Ser. Avant d’être diffusé sur l’antenne de France 3, c’est au musée des Abattoirs de Toulouse que ce 52 minutes a été présenté pour la première fois sur grand écran.

Inutile de faire état de mon enthousiasme quant à ce petit événement, s’inscrivant dans une période faste pour l’héritage de Jean Dieuzaide. En effet, 2014 est une belle année anniversaire de l’oeuvre de ce grand photographe, qui en a inspiré tant d’autres. C’est d’ailleurs l’angle de ce documentaire. A travers le regard de trois photographes reconnus, Philippe Guionie, Hervé Lequeux et Anne Rearick, les auteurs parlent de Jean Dieuzaide, mais avant tout de photographie.

Philippe Guionie

C’est de mon point de vue (de photographe), la force de ce documentaire. Qu’est ce que la photographie ? Quel est l’intérêt de l’acte photographique ? De grandes questions, dont au final chacun a ses propres réponses. C’est cependant intéressant d’avoir celle du Toulousain Philippe Guionie. Son travail, que l’on retrouve dans la presse, les galeries d’art et sur son site internet, est empreint de l’héritage de Jean Dieuzaide, même s’il clame haut et fort dans ce film, qu’il ne se revendique jamais d’un seul « courant ».

Au delà de ce regard croisé sur la photographie, on apprend qui était Jean Dieuzaide. Ce grand Toulousain, talentueux et généreux, précurseur et voyageur, intervient à travers des archives audio et vidéo dans ce documentaire. Des anecdotes et des « explications » de photographies célèbres, comme celle de « la petite fille au lapin » ou de « la Gitane » viennent enrichir ce document si important pour la mémoire de la photographie.

Ce documentaire est produit par « Les films Figures Libres » et sera diffusé sur France 3 Sud Ouest le vendredi 26 septembre 2014 à 22h30, puis sur France 3 Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon le samedi 27 septembre 2014 à 15h20.

Je vous invite vivement à le regarder et partager votre point de vue sur ce film dans les commentaire de cet article 😉

Crédit photo : Jean Dieuzaide / Philippe Guionie

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Jean-Marc Lacabe : « la diffusion de la photographie en France doit beaucoup à Jean Dieuzaide »

Jean Marc Lacabe

Actuel directeur du Château d’Eau, Jean-Marc Lacabe, remplace Michel Dieuzaide en 2001, à la tête de cette institution de la photographie fondée par Jean Dieuzaide il y a maintenant 40 ans. Rencontre avec un passionné de photo d’art.

Destination Reportage : En tant que directeur du Château d’Eau, quelle est votre mission ?

Jean-Marc Lacabe : Ma mission est strictement éducative, car une telle structure s’adresse d’abord au public. Nous avons une programmation assez ouverte, cela va des photographes historiques aux nouveaux talents. Je considère que c’est le passé qui éclaire le présent et l’avenir, mais si on ne tient pas compte des nouvelles générations, on s’éteint. Nous avons une mission d’éveil. Mais nécessairement le pendant de cette position est l’aide à la création.

Comment cela se traduit-il concrètement ?

Nous aidons à la création et à la production. Exposer ses œuvres au Château d’Eau est une forme de reconnaissance, il arrive que cela soit un tremplin. Nous avons deux salles dans la « grande galerie » dans la tour, et une petite galerie au sous-sol, dans laquelle sont justement présentés de jeunes artistes.

Cet objectif était il celui de Jean Dieuzaide lorsqu’il a créé ce lieu d’exposition il y a 40 ans ?

Oui. L’idée était d’apporter la connaissance de la photographie au public, montrer des œuvres qui constituent des repères pour les gens.

château d'eau Dieuzaide

A partir du 10 septembre, une exposition sera consacrée à Jean Dieuzaide et Robert Doisneau, pourquoi ce choix ?

Cela semblait évident de faire quelque chose sur Doisneau qui fut le premier à être exposé en 1974 au Château d’Eau. Et encore plus évident d’inclure Jean Dieuzaide. La diffusion de la photographie en France lui doit beaucoup. Notamment à travers ce lieu d’exposition permanent.

Quelles sont vos ambitions pour le Château d’Eau ?

Le raser et construire une pyramide dédiée à la photographie sur la place du Capitole à la place ! (Sourire). Je souhaite maintenir et redonner de l’énergie à ce bâtiment. On y montre des choses que d’autres lieux ne montrent pas, ou qui ne sont pas toujours ouverts aux émergents.

Aujourd’hui il y a de très nombreux événements dédiés à la photographie en France, notamment plusieurs festivals…

Il y a certes une prolifération importante de festivals, mais c’est bien d’avoir des lieux qui calment cette frénésie. La rencontre avec l’art nécessite du temps et de la réflexion ! Aujourd’hui il y a beaucoup de productions photographiques car la technologie le facilite. Il y a de plus en plus de gens qui ont besoin de trouver un moyen de se distinguer. D’ailleurs Pierre Bourdieu l’avait déjà souligné dans « Un art moyen, Essai sur les usages sociaux de la photographie ».

Le Château d’Eau est très réputé dans l’univers de la photographie en France et dans le monde…

Je constate en effet que pour les jeunes générations de photographes, c’est encore un lieu qui compte. Je me rends compte de la légitimité du Château d’Eau, même hors de France ; il arrive souvent que de jeunes photographes étrangers viennent me solliciter pour des lectures de portfolio. Il y a peu de centres photographiques forts en France. D’ailleurs, notre centre documentaire est le deuxième plus important de France ! Historiquement, la photographie a trouvé sa place à Toulouse. Par exemple la troisième Société de photographie, après Londres et Paris, s’est créée ici. Pourtant, on pourrait espérer que le Château d’Eau ait plus de moyens de se développer. Il manque de place et de budget. Seule la ville supporte les activités de cet établissement.

Plus d’information sur le Château d’Eau

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Dieuzaide et Doisneau de nouveau réunis au Château d’Eau

Jean Dieuzaide au chateau d'eau Toulouse Photo Courrière

Cette année nous fêtons les 40 ans du Château d’Eau, toute première galerie municipale dédiée à la photographie en France. En 1974, c’est Robert Doisneau qui a ouvert le bal en étant le premier à y être exposé. Depuis, les plus grands et les plus talentueux photographes du monde y sont passés au moins une fois. Beaucoup ignore que c’est Jean Dieuzaide un photographe toulousain et ami de Robert Doisneau qui a fondé cette institution aujourd’hui mondialement connue et reconnue. Le 10 septembre prochain, une exposition hommage Dieuzaide/Doisneau sera présentée au public afin de rendre hommage au créateur de la galerie ainsi qu’à son ami de toujours et son alter égo parisien.

Michel Dieuzaide, le fils du photographe et pendant un temps directeur du Château d’Eau, présente cette exposition inédite qui a pour but de montrer l’approche identique des deux photographes humanistes à travers leurs travaux.

J’ai eu la chance de feuilleter le superbe catalogue de cette exposition avant même qu’il parte chez l’imprimeur, et je peux vous dire que cette exposition promet d’être incroyable !

Dieuzaide Doisneau

En 1968, lors d’un vernissage à la Bibliothèque Nationale de la rue de Richelieu à Paris, Jean Dieuzaide s’était publiquement offusqué de voir des photographies présentées sans cadres, sur des contreplaqués, dans un coin relégué de l’établissement… Il s’agissait d’une exposition consacrée à Robert Doisneau !
Le toulousain fit alors à son ami la promesse d’un jour venger cet affront.
En 1974, Jean Dieuzaide inaugurait à Toulouse La Galerie du Château d’Eau avec une rétrospective consacrée à son ami parisien. Parole tenue ! Doisneau y sera de nouveau exposé en 1979 et 1994.
Seuls des amis photographes ayant ainsi eu la faveur de transgresser la règle de l’exposition unique en vigueur dans ce lieu…
Alors que Robert était assez désabusé sur son métier et la considération qu’en avaient aussi bien les pouvoirs publics que le milieu de l’art, Jean Dieuzaide avec la persuasion qu’on lui connaît,et dans la lutte constante qu’il mena pour donner à la photographie ses lettres de noblesse,parvint à convaincre son ami de lui confier ses négatifs. La plupart des tirages furent faits à Toulouse dans l’atelier de la rue Erasme. Et l’exposition inaugura le Château d’Eau. Doisneau confia peu après que cette rétrospective fut pour lui, le seuil d’un nouveau départ dans la reconnaissance de son œuvre.
Mais il s’agissait d’un temps ou la concurrence entre les photographes n’existait pas. Plutôt assimilés à des artisans qu’à des artistes, ils se soutenaient mutuellement, chacun faisant profiter l’autre de ses astuces, ses découvertes, et autres tentatives…
Entre Robert et Jean, cette attitude corporatiste n’avait pas cours, et se doublait d’une profonde estime réciproque. On mesure le tissage lent et sûr de cette amitié, à l’importante correspondance qu’ils ont entretenue, et aux rencontres régulières lors de vacances, de reportages, ou de salons consacrés à la photographie. Le toulousain eut le prix Niepce en 1955, et le parisien en 1957. Jean Claude Gautrand réalisa la monographie de Jean Dieuzaide en 1992 (Editions Marval), il vient de publier celle de Robert Doisneau (Editions Taschen).
La fréquentation assidue de chacune des deux œuvres a progressivement donné une évidence à la réalisation de ce projet. Non dans l’idée de les comparer, mais plutôt de montrer, combien deux hommes pratiquant le même métier à la même époque, avaient pu avoir, au travers de la photographie, une approche identique de leur temps et des humains qu’ils côtoyaient. De troublantes correspondances qui se sont le plus souvent faites sans que l’un n’ait connaissance des travaux de l’autre…
Il s’agit donc bien d’une attitude qui relève de la combinaison entre la pratique d’un métier à une certaine époque, et l’indéniable dimension humaine qui était la leur. Voilà où ce livre à deux voix peut avoir un sens, pour l’histoire même de la photographie. C’est du moins dans cet esprit
qu’il a été conçu, offrant le témoignage d’hommes, d’artistes, qui ont su donner à leur métier un engagement total. Créant ainsi les prémices d’un art que tout le monde aujourd’hui s’accorde à reconnaître comme majeur. Puisse cette trace d’amitié poser sur l’avenir incertain, un rai de lumière qui force l’adhésion des jeunes photographes à la noblesse de ce métier.


Michel dieuzaide – Castelvieilh, Eté 2014

Photo : Jean Dieuzaide au chateau d’eau Toulouse (crédit : Courrière)

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Sur les pas de Dieuzaide, un nouveau mariage de funambules !

Sur les pas de Dieuzaide

[=> Suite de notre série d’été sur le photographe Jean Dieuzaide]

Il y a 60 ans, un couple de funambules se disait «oui» sur un câble, à plusieurs mètres au dessus de la place du Capitole à Toulouse.
Ce jour là, près de 20 000 personnes ont assisté à cette cérémonie pour le moins acrobatique. Parmi eux, un photographe a décidé de prendre le risque d’avoir LA photo que personne ne pouvait avoir.

Le 22 mai 1954, Jean Dieuzaide escalade une échelle de corde et, équipé de son boitier argentique, grimpe sur les épaules du père de la mariée avant de s’élancer à son tour mais sans sécurité, sur le drôle de fil, afin de réaliser un cliché qui fera le tour du monde. L’événement sera alors relaté dans le célèbre newsmagazine « Life » !

60 ans plus tard, l’équipe de funambules toulousains «Pyrénaline» s’apprête à reproduire cet événement marquant afin de rendre hommage au photographe qui créait il y a 40 ans à Toulouse, le Château d’Eau, la première galerie en France destinée uniquement à la photographie.

Cet événement hors du commun aura lieu sur la place du Capitole, le 11 octobre prochain, à partir de 16h !

Un documentaire est en cours de réalisation afin de raconter l’histoire de cette photo et revenir sur l’exploit photographique de Jean Dieuzaide. Afin de produire ce film et cet événement, l’association à l’initiative du projet est à la recherche de financement et de partenaires ! Une campagne de financement participatif est actuellement en cours. Rendez-vous sur ce lien pour soutenir le projet :

=> http://surlespasdedieuzaide.com/devenez-partenaire/

Vous êtes tous conviés à ce nouveau mariage de funambule afin de revivre cet événement incroyable et ainsi être sur la nouvelle photo !

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Le mariage des Diables Blancs

mariage des funambules

[=> Suite de notre série d’été sur le photographe Jean Dieuzaide]

Le 22 mai 1954, les habitants de la Ville rose se sont massés sur la place du Capitole. Il n’est pas question d’un événement politique ou sportif, mais d’un mariage, entre deux funambules. Jean Dieuzaide est alors aux premières loges de cette cérémonie aérienne… sur les épaules du père de la mariée !

C’est l’événement de l’année pour les Toulousains, qui sont près de 20 000 à être présents sur la place du Capitole. Ce jour-là, deux acrobates de la troupe des « Diables Blancs » ont décidé de faire d’une pierre deux coups en se mariant dans l’espace aérien toulousain et en profiter ainsi pour faire un énorme coup de pub.

La veille, Jean Dieuzaide calcule son coup. Il ne veut pas d’une photo des funambules, vue d’en bas. Ce qu’il souhaite, c’est avoir la foule derrière eux. Le photographe demande alors au père de la marié s’il est possible de grimper sur ses épaules le jour J. Celui-ci lui propose un essai… sur le trottoir. Le test étant concluant, ce dernier s’embarque alors pour son exploit photographique le plus fou de sa jeune carrière de photojournaliste.

Tandis que Betty et Roger s’avancent l’un vers l’autre, costumés et balancier en main, le jeune « Yan » grimpe difficilement une échelle de corde, son Rolleiflex autour du coup. Une fois en haut, le père de la mariée lui annonce qu’il ne peut pas se baisser et qu’il faudra grimper sur ses épaules. Dans un dernier effort tétanisant, Jean se hisse sur le funambules et se retrouve dans le vide, sans sécurité.

« Je me suis concentré sur mon travail, gardant l’oeil dans le viseur pour ne pas succomber à la frayeur » – confiera-t-il plus tard.

L’exploit plait à la foule, qui acclame le photographe. Tandis que la photo de Dieuzaide, prise sans flou de bougé et un cadrage parfait, fera le tour du monde, la performance du Toulousain sera relaté dans le très célèbre magazine « Life« .

mariage funambules

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Jean Dieuzaide, un aventurier de la photographie

jean dieuzaide

[=> Suite de notre série d’été sur le photographe Jean Dieuzaide]

Photographier c’est prendre des risques. Afin d’obtenir le cliché que l’on souhaite, il faut savoir sortir de sa zone de confort et affronter des obstacles. Jean Dieuzaide l’avait bien compris et son incroyable carrière est là pour le rappeler. Ce photographe humaniste a souvent mis en danger sa vie pour avoir LA photo qu’il voulait et a du faire face, jusqu’à sa mort, à ses détracteurs.

Photographe acrobate

Rien n’arrête Jean Dieuzaide. Ce passionné d’aviation, depuis son enfance, demande à laisser la soute de l’avion ouverte tandis qu’il effectue, tranquillement, les pieds dans le vide, ses photographies aériennes. N’ayant apparemment pas le vertige, il a le reflex de prendre de la hauteur, dès qu’il le peut. On le voit se hisser en haut de la cheminer de l’ONIA (futur AZF), sans sécurité, ou encore grimper une échelle de corde sur la place du Capitole et s’asseoir sur les épaules d’un funambules pour immortaliser le mariage des Diables Blancs, toujours avec ses chaussures en cuir…

jean dieuzaide

Citant Robert Capa, son maître, il brave le danger pour ramener les meilleurs photos dans son atelier de la rue Erasme, là où l’attendent sa femme et ses enfants.

Photographe bâtisseur

Révolté du traitement que l’on inflige aux photographes de son époque, il décide de prendre l’initiative de créer lui même la première galerie photographique municipale de France. Le Château d’Eau de Toulouse devient alors l’une des salles d’expositions les plus réputés au monde. Pendant des années, il gère lui même cette institution, la finançant avec ses propres deniers, jusqu’à ce que la mairie de Toulouse en prenne la gestion.

Son atelier photo situé au 7 rue Erasme est également une petite entreprise qui tourne presque 24h sur 24 ! Il va jusqu’à employer une demi douzaine de personnes pour gérer le tirage, l’archivage et la vente de sa production. A l’époque de l’argentique et de la machine à écrire, il parvient à concilier (non sans difficultés), travail, vie de famille et projets photographiques, jusqu’à ce que la maladie le prive de sa passion.

dieuzaide

Photographe visionnaire

« Voir la vie dans un brin d’herbe ».

Jean Dieuzaide est un personnage complexe, aussi bien attaché aux traditions qu’au progrès. Ce père de famille intransigeant et longtemps considéré comme un photographe humaniste « classique », a, pour le citer, « le courage de ses opinions » et révèlera sa « part d’ombre » à travers son travail expérimental et abstrait sur « le Brai ». Tandis qu’il est en reportage (et accessoirement en voyage de noces) dans les mines de Carmaux, il trouve l’inspiration à travers des photographies de ce sous-produit de la houille dont sont extraites la glycérine et l’asphalte et prenant alors des formes « sensuelles ».

dieuzaide

Face au scepticisme et aux critiques de ses collègues de l’époque, le Toulousain va jusqu’au bout de son expérience et exposera ce travail à de nombreuses reprises, entre Toulouse et Paris.

« Le brai a collé à ma chair jusqu’à m’en rendre fou ; un autre moi-même se débattait dans ces quelques carrés de glu ; un malaise démoniaque serrait ma gorge, provoquat mes sens, et m’incitait, en me précipitant dans cette ronde infernale, à photographier avec un plaisir malin, ici, là, et déjà plus loin, de peur de ne plus avoir le temps de saisir cet insolite »Jean Dieuzaide

aventure brai Dieuzaide

Photographe courageux

Au delà de ses acrobaties et autres exploits photographiques, Jean Dieuzaide a surtout eu le courage de ne pas se plier à la pression sociale de son époque. Il en paiera d’ailleurs très cher le prix. Tandis que son ami photographe humaniste et parisien, Robert Doisneau connaîtra le succès, Jean sera discrédité et oublié par ses pairs, principalement pour avoir fait le choix de ne pas vivre dans la capitale. Le parisianisme poussé de l’époque aura eu raison du Toulousain, amoureux du terroir gascon et des paysages régionaux.

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Un très bon conseil pour faire de meilleures photos

Apprendre la photo n’est pas évident. Cela demande du temps et un investissement financier important (et oui, ça coûte cher la photo !). Aujourd’hui, j’aimerais partager avec vous un conseil qui m’a énormément aidé dans mon parcours de photographe autodidacte et qui a fait que j’ai très rapidement progressé en photo.

Ce conseil, c’est « entraîner son oeil ».

Alors vous allez me dire « oui c’est bien joli, mais qu’est ce que ça veut dire, et comment on fait ? »

Concrètement, voici quelques activités incontournables pour devenir un meilleur photographe.

Aller voir des expositions photos

C’est le conseil Numéro 1 pour apprendre à faire de meilleures images. Pourquoi ? Parce qu’en regardant le travail des autres (et en plus des meilleurs), vous aller vous imprégner d’idées et trouver l’inspiration. Je ne dis pas qu’il faut « pomper » le style des autres photographes, mais en nourrissant votre oeil de beaucoup d’images, vous allez trouver votre propre style.

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Voir des expositions photos n’est vraiment pas difficile. Il suffit de sortir un peu et vous renseigner sur internet. Même dans les plus petits villages de France, il y a fréquemment des expositions organisées dans les locaux municipaux ou dans certains magasins. La plus part du temps c’est même gratuit ! Alors pourquoi vous en priver ?

Lire l’article : « Pourquoi il faut aller à Visa pour l’image »

Lire Polka et le National Geographic

Pour ceux qui ne veulent pas sortir de chez eux pour en prendre plein les yeux, il reste la solution « magazine ». Crise de la presse ou non, la photographie de presse se porte toujours bien et certains magazines diffusent chaque mois de superbes reportages dans leurs pages. C’est le cas en France de Polka ou encore le célèbre National Géographic.

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Par ailleurs, ces magazines donnent aussi des informations sur les expositions en cours et à venir. Vous y apprendrez également des faits historiques et vous aurez aussi l’occasion de vous évader à travers des récits de voyage, alors tous à vos kiosques (numériques ou physiques!)

Surfer sur le net

Vous ne voulez pas sortir de chez vous et vous ne voulez pas acheter de magazine ? Vous êtes difficiles à convaincre ! Heureusement, vous ne trouverez pas de parade à ce dernier argument (sauf bien sûr si la photo ne vous intéresse pas). Internet est une galerie d’image sans frontières et presque sans limite. Vous y trouverai les sites web des magazines dont je vous parle, mais aussi les portfolios en ligne de photographes (par exemple le miens [auto-promo]) et vous pourrez également trouver pleins de tutoriels et autres blogs sur l’apprentissage de la photographie (comme par exemple celui de Laurent : apprendre-la-photo.fr)

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Prendre des photos

Un dernier conseil qui semble évident… et pourtant ! Aujourd’hui, tout le monde peut prendre des photos à n’importe quel moment de sa journée, avec son smartphone. Plus fort encore, il est possible de retoucher et diffuser sa photo sur les réseaux sociaux en quelques secondes ! Considérez ça comme un entraînement et essayer de capter des moments drôles, beaux, touchants, scandaleux, amusants, etc… et essayez de nouvelles choses (cadrage, composition, etc).

Bref, entraîner son regard est un travail de longue haleine, qui se fait au quotidien et presque de façon inconsciente.

Dites moi ce que vous pensez de ce conseil dans les commentaires !

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